MasukLéna a raison. C'est ça, le pire pour quelqu'un comme Hélène. Pas la mort. Pas la maladie. L'invisibilité. Être une statisticienne qui compte les morts sans jamais être comptée.Hélène a les larmes aux yeux. Elle ne pleure pas. Mais elle a les larmes aux yeux. Elles tremblent au bord de ses paupières, prêtes à tomber, retenues par un reste de fierté.— Kane avait raison sur vous, dit-elle. Tous les trois.Sa voix est rauque. Broyée.— On est quatre, dit Marc depuis son coin.Sa voix est faible. Mais il a parlé. C'est la première fois qu'il parle sans qu'on lui adresse la parole. Il sort de son silence comme on sort de l'eau. Brutalement. En crachant.— On est quatre, répète Marc.Hélène le regarde. Elle le reconnaît peut-être. Peut-être que ses
Sa voix est calme. Trop calme. Comme quelqu'un qui a vu trop de chiffres pour encore être choquée par la réalité. Les chiffres, ça n'a pas d'odeur. Ça n'a pas de visage. Ça ne pleure pas quand on le torture. Les chiffres, ça se manipule sans remords.— Pourquoi êtes-vous là ? dis-je.— Parce que Kane m'a envoyé un message avant de mourir. Un dossier. Avec votre nom. Votre adresse. Et une liste.— Quelle liste ?Elle sort une clé USB de sa poche. Pas un geste brusque. Pas un geste furtif. Juste une main qui sort d'une poche et qui présente un objet. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. La clé USB est petite, noire, anonyme. Elle pourrait contenir n'importe quoi. Des photos de vacances. Des rapports fiscaux. Ou des vies.— Toutes les anomalies qu'il a libérées. Toutes celles qui so
ElaraLa nuit est tombée depuis trois heures quand on frappe à la porte.C'est un bruit sec. Pas hésitant. Pas timide. Quelqu'un qui sait ce qu'il veut. Quelqu'un qui n'a pas peur de se faire entendre. Dans ce quartier, à cette heure, personne ne frappe à une porte. On défonce. On cambriole. On menace. On ne frappe pas.Célian se lève immédiatement. Son corps se tend comme un ressort qu'on comprime depuis trop longtemps. Ses poings se serrent. Sa mâchoire se crispe. Je le vois basculer en mode combat. C'est instinctif chez lui. La menace appelle la réponse. Pas de réflexion. Pas de temps mort. Juste la survie.Marc, assis dans le coin, ne réagit pas. Il est parti loin, dans sa tête, à essayer de se souvenir de choses que le vide a effacées. Ses lèvres bougent. Il murmure des mots que je n'arrive pas à distinguer. Peut-&
Elle a retiré ses mains de mes tempes. Doucement. Précautionneusement. Comme si elle retirait des aiguilles. Ses doigts étaient rouges. Pas de sang. De chaleur. La douleur qu'elle avait prise était encore là, brûlante sous sa peau. Brûlante dans son sang. Brûlante dans son âme.Elle a expiré. Longuement. Profondément. Comme si elle libérait quelque chose qu'elle avait gardé trop longtemps. Comme si elle avait retenu son souffle pendant des années et qu'elle venait seulement de se rappeler qu'elle pouvait expirer.— Ça va ? a demandé Elara.— Je crois, a répondu Léna. Je suis fatiguée. Mais ça va.Sa voix était faible. Épuisée. Cassée. Mais il y avait une note de fierté dedans. Une petite victoire. Un petit « je suis encore là » à tous c
Sa voix était calme. Pas de vantardise. Pas d'hésitation. Pas d'enfance non plus. Juste une certitude. Une enfant qui sait ce qu'elle peut faire parce qu'elle l'a déjà fait. Parce qu'elle l'a fait dans le noir. Parce qu'elle l'a fait seule. Parce qu'elle l'a fait quand personne ne la regardait. Parce qu'elle l'a fait pour survivre.— Tu ne contrôles pas ton pouvoir. Tu vas tout aspirer. Toi comprise.— Alors aide-moi. Reste avec moi. Comme la dernière fois.Elara a hésité. Une seconde. Peut-être deux. Dans sa tête, des calculs. Des risques. Des probabilités. Des vies. Des morts. Comme Hélène. Comme tous ceux qui ont appris à compter les cadavres.Puis elle a hoché la tête.— Fais-le.Léna s'est agenouillée devant moi. Ses genoux ont touché le sol froid. Ses yeux gris se sont plant&ea
Ils étaient nombreux. Je n'ai pas compté. Leurs bottes claquaient sur le sol en béton. Leurs respirations étaient courtes, rapides. Ils avaient couru. Ils savaient qu'on était là. Ils nous attendaient peut-être.— Posez l'enfant, a dit le plus grand.Sa voix était grave. Autoritaire. Le genre de voix qui n'a jamais entendu de refus. Le genre de voix qui fait obéir sans réfléchir.— Non, a répondu Elara.Sa voix était plate. Neutre. Pas de défi. Pas de peur. Juste un fait. Une constatation. Comme si elle disait « le ciel est bleu » ou « l'eau est mouillée ».— Alors on va vous y forcer.Ils ont avancé. Leurs ombres grandissaient sur les murs blancs. Leurs matraques brillaient sous les néons. Cinq. Six. Peut-être sept. Peut-être huit. Je n'ai pas compté.
CélianJe hoche la tête. Le vertige revient, mêlé d’une excitation terrible. C’est ça, la convalescence ? C’est plus épuisant que la maladie.— Par où on commence ?Elle désigne le matelas poussiéreux.— Assieds-toi. Concentre-toi sur ce mal de tête de l’étage du dessous. Essaie de retirer un petit
CélianC’est un cataclysme.Quand elle s’ouvre, ce n’est pas l’aspiration douce et vorace d’autrefois. C’est un appel d’air brutal. La sphère de douleur en moi, cette étoile noire effondrée, se désagrège d’un coup. Elle se défait en lambeaux hurlants, en éclats de mémoire souffrante, en lames d’ang
ElaraMa main pend dans l’air froid, entre la chaleur irradiante de l’entrepôt détraqué et le froid de mort qui émane de Célian. Il ne la prend pas tout de suite. Il la fixe, comme si c’était une illusion, une dernière torture de son esprit saturé.Ses yeux parcourent la distance entre mes doigts e
CélianÇa passe !Un filament, un cheveu de connexion rétablit. Ce n’est plus notre vieux lien symbiote. C’est une brèche de fortune, percée à travers le mur du silence par le fer rouge de ma douleur.Et à travers ce filament, je ne lui envoie pas de mots. Les mots sont trop lents, trop pauvres. Je







