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Chapitre 26 : Le Front Froid

Author: Darkness
last update Last Updated: 2026-02-12 19:10:16

Elara

Il est là.

Je ne le vois pas encore. Je le sens. Dans cette faille minuscule que j'ai laissée ouverte vers Célian, sa présence n'entre pas. Mais elle rôde autour, comme une eau sale cherchant une fissure.

— Combien de temps ? demande Célian.

Sa voix est basse, calme. Cette voix qu'il prend avant de faire un truc irréversible.

— Quelques minutes. Peut-être moins.

Je ne quitte pas la fenêtre des yeux. La pluie a redoublé. Elle ruisselle sur la vitre en nappes épaisses, déformant la rue dése
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    ElaraJe devrais savourer ce moment. L'homme qui nous a disséqués pendant des années, qui nous a maintenus dans l'ignorance et la douleur, est désorienté par ce que nous sommes devenus.Je ne savoure rien.Je regarde son visage et j'y cherche une trace de l'être humain qu'il a peut-être été, autrefois, avant que la mission ne le consume. Je ne trouve que des ruines. Des fondations solides, mais un édifice vide.— Vous auriez pu nous aider, dis-je. Au lieu de nous utiliser.— Je vous ai aidés.— Vous nous avez exploités. Vous avez pris notre douleur, notre folie, et vous en avez fait des armes. Des statistiques. Des publications.— C'était nécessaire.— Pour qui ?Il ne répond pas.Célian fait un pas. Pas vers Kane. Vers moi. Son épaule touche la mienne. La chaleur de son corps à travers les couches de tissu.— Vous n'avez jamais été malade, dit-il à Kane. Vous n'avez jamais senti la souffrance des autres s'infiltrer en vous sans que vous puissiez l'arrêter. Vous n'avez jamais perdu la

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    ElaraIl est là.Je ne le vois pas encore. Je le sens. Dans cette faille minuscule que j'ai laissée ouverte vers Célian, sa présence n'entre pas. Mais elle rôde autour, comme une eau sale cherchant une fissure.— Combien de temps ? demande Célian.Sa voix est basse, calme. Cette voix qu'il prend avant de faire un truc irréversible.— Quelques minutes. Peut-être moins.Je ne quitte pas la fenêtre des yeux. La pluie a redoublé. Elle ruisselle sur la vitre en nappes épaisses, déformant la rue déserte. Les réverbères balancent des halos jaunes, malades.— Il sait qu'on l'attend.— Il compte là-dessus.Célian s'écarte de la fenêtre. Je sens son mouvement avant de l'entendre, par ce fil ténu que nous avons tissé entre nous. Pas des images, pas des émotions brutes. Juste une conscience de l'autre. Une présence. Un ancrage.Il fouille dans son sac. En sort un carnet, un stylo. Il griffonne quelques phrases rapides, arrache la page, la plie en quatre.— Si ça tourne mal...— Ça va tourner mal.

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    CélianMes paroles résonnent, brutales. Je m’attends à ce qu’elle recule, qu’elle se referme.Elle ne le fait pas. Elle avance. D’un pas, puis deux. Elle s’arrête à quelques centimètres de moi. Je sens la chaleur de son corps, l’odeur de poussière et de pluie qui émane d’elle.— Peut-être qu’on s’est trompés, murmure-t-elle. Peut-être que le but, ce n’était pas de devenir « sains ». Peut-être que c’était de devenir conscients. De choisir. De ne plus subir.Sa main se lève. Lentement, comme pour ne pas effaroucher un animal sauvage, elle pose sa paume à plat sur ma poitrine, par-dessus mon pull. A travers le tissu, je sens la pression de sa main, le léger tremblement de ses doigts.— Baisse ton bouclier, Célian. Pas pour la douleur du monde. Pour moi. Laisse-moi entrer. Laisse-moi sentir ce que tu ressens, maintenant, vraiment. Et laisse-moi te donner ce que je ressens. Pas à travers un filtre. Pas comme une expérience. Comme un échange. Comme avant, mais en sachant.C’est une folie. C

  • SYMBIOSE    Chapitre 24 : Le Cœur de la Brèche 1

    CélianLes jours s’étirent, pareils à des ombres. Nous sommes devenus des fantômes dans notre propre peau.L’entraînement au silence absolu est une torture d’un genre nouveau. Ce n’est pas la douleur qui manque. C’est sa présence familière, son bruit de fond constant, qui laissait toujours un horizon, une direction : absorber, endurer. Maintenant, l’horizon est un mur blanc. Je dois maintenir le bouclier en permanence, sans faille, sans distraction. C’est épuisant. Comme retenir son souffle indéfiniment.Elara, elle, s’est éteinte. Littéralement. Elle passe des heures assise, les yeux ouverts mais ne regardant rien, réduite à une présence minimale. Parfois, je pose ma main sur la sienne, pour vérifier. Sa peau est tiède, son pouls lent. Mais derrière ses yeux, il n’y a plus ce prisme en activité, ces lueurs de compréhension rapide. Il y a de la volonté. Une volonté de fer pour rester sourde, muette, aveugle au monde émotionnel.Nous parlons peu. Les mots sont des risques, des perturba

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    ElaraJe touche mon sang, observe la trace rouge sur mon doigt. Preuve de limite. Preuve de vulnérabilité.— Il t’a attaquée ?— Il a contre-attaqué. Ma perception était une intrusion. Il a essayé de forcer mon verrou.Célian pâlit à son tour. L’idée que Kane puisse, à distance, tenter de reprendre le contrôle, de la réduire à nouveau au néant… Elle est là, palpable, dans la pièce.— Alors il sait. Il sait que tu es changée. Il sait où tu es ?Je secoue la tête, lentement, douloureusement.— Non. La connexion était trop brève, trop violente. Il a senti une anomalie, une résistance. Pas une localisation. Mais il sait que je ne suis plus sa pièce manquante.Célian s’accroupit devant moi. Son visage est empreint d’une inquiétude brute, non filtrée. C’est sa peur à lui. Pas celle d’un autre. Je peux la percevoir, cette peur. Elle arrive à moi, se déploie dans mon espace : une angoisse froide pour moi, mêlée à une colère sourde contre Kane, et en dessous, un fond de détermination protectri

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    ElaraCélian dort. Un vrai sommeil, pas cette inertie épuisée d’après-crise. Ses paupières tremblent faiblement, ses muscles du visage détendus. Je le regarde, allongé sur le matelas poussiéreux, et je mesure l’abîme. L’homme qui dévorait la souffrance avec une avidité masochiste dort, paisible, vidé de son poison. Je l’ai fait. Ou plutôt, nous l’avons fait.Je ne dors pas. Le besoin n’est pas là. Mon ancien vide, cette chambre stérile, s’est rempli d’une activité perpétuelle, discrète. Des échos. Pas des émotions, mais leurs traces, leurs fréquences résiduelles, qui viennent mourir contre les parois de mon être et se transforment en… en données. En compréhension. La colère de l’ivrogne dans la rue trois étages plus bas se déploie en une brève cartographie de frustration sociale et de honte. La tristesse de la vieille femme du rez-de-chaussée devient un léger frisson de mélancolie automnale, puis s’évapore. C’est constant. Automatique. Mon prisme fonctionne en sourdine, sans que j’aie

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