ログインElara
Je rêve.
C'est un rêve ancien, un de ceux qui habitent mes nuits depuis l'enfance. Je suis dans le laboratoire. Les murs sont blancs, les néons bourdonnent, les capteurs collent à ma peau. Kane est là, derrière la vitre, il observe. Il note. Il attend.
Mais quelque chose est différent.
Dans ce rêve, Célian est à
Sa question me prend par surprise. Elle ne demande pas « et si je n'y arrive pas ». Elle demande « et si ça ne passe jamais ». Elle demande « et si je reste toujours celle qui souffre à cause de la lumière ».— Alors on restera dans le noir. Mais on restera ensemble.Je ne sais pas pourquoi je dis ça. Ce n'est pas une promesse que je peux tenir. Rien ne garantit qu'on restera ensemble. Rien ne garantit qu'on restera en vie. Mais elle a besoin de l'entendre. Et j'ai besoin de le dire.Elle baisse sa main. Ses yeux gris plissés par le soleil. Elle me regarde. Vraiment. Pas comme on regarde un étranger. Comme on regarde quelqu'un qu'on a choisi.— Tu es gentil, dit-elle.Personne ne m'a jamais dit ça. Jamais. Pas ma mère. Pas les rares amis que j'ai eus. Pas les anomalies que j'ai sauvées. Personne.— Non, dis-je. J
CélianLéna ouvre les yeux et je vois tout de suite qu'elle n'est plus la même.Pas seulement à cause de la couleur de ses iris. C'est autre chose. Une présence. Une densité. Avant, elle était là mais absente. Un corps habité par rien. Une coquille. Maintenant, elle regarde. Elle regarde vraiment. Et ce regard, il pèse.— J'ai faim, dit-elle.Sa voix est rauque. Elle n'a probablement pas parlé depuis des jours. Peut-être plus. Peut-être des semaines. Peut-être qu'elle n'a jamais vraiment parlé, juste répété les mots qu'on lui injectait.— On va trouver à manger, répond Elara.Elara parle doucement. Ce n'est pas sa voix habituelle. D'habitude, elle parle comme quelqu'un qui n'attend rien des autres. Plate. Neutre. Une voix qui dit « je suis là mais je ne participe pas &r
Je regarde Léna. Ses paupières bougent. Des mouvements rapides, comme si elle regardait quelque chose à l'intérieur d'elle-même. Elle regarde peut-être la grand-mère que j'ai inventée. Elle écoute peut-être l'histoire que j'ai créée pour elle. Je ne sais pas si c'est un mensonge ou un don. Je ne sais pas si je lui ai offert un souvenir ou si je lui ai volé la capacité d'en avoir de vrais.Célian se lève. Il s'approche de Léna. Il la regarde longuement, comme s'il cherchait quelque chose sur son visage. Un signe. Une menace. Une faiblesse.— Elle ressemble à personne, dit-il.— Elle ressemble à elle-même.— C'est ça, le problème. Elle n'a pas d'attaches. Pas d'histoire. Pas de nom avant celui que tu lui as donné.— Alors on va l'aider à en créer.Il se tourne vers moi. Il y a une fissure dans sa carapace. Je la vois. Je suis peut-être la seule à la voir. Cette petite faille par laquelle toute sa lumière s'échappe. Il la cache tout le temps, mais là, elle est grande ouverte.— J'ai peur
ElaraJe suis revenue, mais je ne suis plus tout à fait la même.C'est une sensation étrange que d'habiter son propre corps après avoir habité celui d'une autre. Mes membres sont les miens, mais ils me semblent plus lourds. Ma respiration est la mienne, mais chaque inspiration me rappelle que j'ai failli ne plus jamais respirer du tout.Célian est là, assis contre le mur, ses genoux remontés contre sa poitrine. Il me regarde comme si j'allais disparaître. Je connais ce regard. C'est celui qu'il avait au début, quand il ne croyait pas encore que je pouvais supporter sa douleur sans m'effondrer. C'est un regard qui dit : « Tu es un miracle, et les miracles n'existent pas. »Léna dort toujours. Son visage est paisible. Je ne l'ai jamais vue comme ça, même quand elle était enfermée dans cette pièce blanche, même quand elle me suppliait de la tuer. Avant, son visage était un masque de terreur permanente. Maintenant, c'est juste le visage d'une enfant fatiguée.— Tu lui as donné quoi, exact
Je prends les mains de la fille. Ses mains sont froides, trop fines, marquées d'innombrables piqûres. Je les serre entre les miennes.— Écoute-moi, dis-je. Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas ce que tu as vécu. Mais je sais une chose : Elara est la personne la plus forte que j'aie jamais rencontrée. Elle a traversé des années de vide, de solitude, d'être utilisée comme un réceptacle pour la douleur des autres. Elle a survécu à Kane. Elle a survécu à moi. Elle survivra à ça.— Elle est si lumineuse, murmure la fille. Dans le noir où j'habite. Elle est comme une étoile.— Alors suis sa lumière. Laisse-la te guider.La fille ferme les yeux. Ses paupières tremblent. Ses doigts se crispent sur les miens.— Je la vois, dit-elle. Elle est au fond de moi. Elle attend.&md
Nous nous habillons en silence. Rapidement. Nos gestes sont efficaces, habitués. Des années de fuite nous ont appris à être prêts en quelques secondes.— On devrait partir, dit Elara.— Oui.— Maintenant.— Oui.Nous ne bougeons pas.La présence se rapproche. Je la sens monter les escaliers, longer le couloir, s'arrêter devant notre porte.— Trop tard, dis-je.Elara serre ma main. Le fil entre nous se tend, prêt.La porte s'ouvre.---ElaraElle est jeune.C'est la première chose que je remarque. Elle n'a pas plus de seize ans. Peut-être moins. Son visage est lisse, presque enfantin, encadré de cheveux noirs coup&e