MasukElara
La première fois que ma langue la touche, elle sursaute. Un spasme qui parcourt tout son corps, des orteils à la nuque.
— C'est bon ? je demande.
— Je... je ne sais pas. C'est trop. Continue.
J'obéis. Ma langue explore, apprend, mémorise. La fente, le clitoris, les petites lèvres qui s'ouvrent comme une fleur. Son go
Le silence retombe. Épais. Suffocant. Même la climatisation semble s'être tue, comme si l'air lui-même retenait son souffle.C'est Noé qui le brise. Il lève son carnet, le tourne vers nous. Ses doigts sont couverts d'encre noire, presque jusqu'au poignet. Il a dessiné une montagne. Pas une montagne paisible de carte postale. Une montagne menaçante, déchiquetée, dont les pics sont des crocs. Au cœur de la montagne, une cage. Pas une cellule. Une cage, avec des barreaux épais comme des bras. Dans la cage, trois silhouettes. Floues. Indistinctes. Mais leurs postures hurlent la détresse. L'une est recroquevillée, bras autour des genoux. L'autre est debout, poings serrés, tête levée vers un plafond invisible. La troisième est assise, jambes écartées, tête penchée sur le côté comme une poupée cassée. Au-dessus de la montagne, un œil énorme, taillé comme un diamant. L'œil du Prisme. Froid. Inhumain. Omniscient.— Ils ont peur, dit Noé. Sa voix est un murmure étrangement adulte pour un garçon
Lucien baisse les yeux sur elle. Son visage se fend d'une tristesse infinie.— Prisme de chagrin. Le verre fond quand elle est triste parce que son chagrin émet une fréquence qui déstabilise la structure moléculaire de la silice. Ce n'est pas magique. C'est de la physique quantique appliquée à l'émotion. Ses larmes, littéralement, font vibrer les atomes de verre jusqu'à ce qu'ils perdent leur cohésion. Une enfant de huit ans qui peut désintégrer de la matière avec sa peine. Voilà ce qu'ils cherchent à reproduire. À industrialiser.— Mon Dieu, murmure Marc. Sa voix s'est brisée. Il porte sa main valide à son visage, frotte ses yeux comme pour effacer ce qu'il vi
CélianLa pièce est froide. Pas du froid d'Elara, qui est une absence de chaleur, une page blanche, un silence qui accueille. Non. Ce froid est intentionnel. Calculé. Malveillant. La climatisation ronronne à plein régime, maintenant une température qui empêche de penser confortablement, qui engourdit les extrémités, qui rappelle constamment que vous n'êtes pas chez vous, que vous n'êtes pas en sécurité, que vous êtes un sujet d'étude, une variable dans une équation glacée. Les murs sont en béton brut, peints en gris clair, une couleur choisie pour son absence d'émotion, sa neutralité clinique qui écrase l'âme. Les néons du plafond bourdonnent, agressifs, rendant chaque omb
Je tends la main vers le Puits. Pas pour le toucher. Pour le saluer. Pour lui dire que je le reconnais, mais que je ne lui appartiens plus.La brume se referme. Le gouffre disparaît. La voix de Kane est plus faible.— Tu as ce qu'il te faut. Maintenant, rentre. Ton corps t'attend. Ils t'attendent.— Et toi ?— Moi, je reste. Je garde le Puits. Pour que d'autres ne s'y perdent pas.— Merci, Kane.— Ne me remercie pas. Prouve-moi que j'avais tort. Prouve-moi qu'on peut être une anomalie et
Elle me regarde. Ses yeux gris sont calmes. Mais dedans, je vois quelque chose que je n'avais jamais vu. Une lueur. Minuscule. Fragile. Vivante.— Toi, dit-elle. Léna. Suzie. Marc. Tous. Je ne reviendrai pas pour moi. Je reviendrai pour vous. Et c'est ça, ma flèche.— Elara...— Tu m'as appris à ressentir autrement que par la douleur. Tu m'as appris à choisir. Laisse-moi choisir ça.La voix de Kane rit. Un rire sans joie, caverneux.— Elle a compris. Elle est prête. Préparez-vous. Il faut provoquer l'arrêt cardia
Iris frissonne. L'air autour d'elle devient plus froid. Je le sens sur ma peau. La température baisse de plusieurs degrés.— Il parle, dit Iris. Mais sa voix est différente maintenant. Plus grave. Plus lente. C'est la voix de Kane.Elle prend une inspiration, et quand elle parle à nouveau, ce n'est plus sa voix à elle. C'est une voix d'homme, rocailleuse, teintée d'un écho comme si elle venait du fond d'un tunnel.— Elara. Tu es toujours vivante. Quelle déception.Elara ne cille pas.— Kane. Dis-moi où est le Puits.
Nous nous habillons en silence. Rapidement. Nos gestes sont efficaces, habitués. Des années de fuite nous ont appris à être prêts en quelques secondes.— On devrait partir, dit Elara.— Oui.
ElaraJe rêve.C'est un rêve ancien, un de ceux qui habitent mes nuits depuis l'enfance. Je suis dans le laboratoire. Les murs sont blancs, les néons bourdonnent, les capteurs collent à ma peau. Kane e
Le souffle me manque.— Tu es sûre ?— Je n'ai jamais été aussi sûre de rien.Elle s'assoit. Ses mains trouvent mes épaules, me poussent doucement. Je bascule su
CélianMais je ne l'ai jamais regardé.Ses cicatrices sont différentes des miennes. Plus fines. Plus régulières. Des lignes parallèles sur ses omoplates, comme des griffures. Je les sui