LOGINCélian
La pièce est froide. Pas du froid d'Elara, qui est une absence de chaleur, une page blanche, un silence qui accueille. Non. Ce froid est intentionnel. Calculé. Malveillant. La climatisation ronronne à plein régime, maintenant une température qui empêche de penser confortablement, q
Lucien baisse les yeux sur elle. Son visage se fend d'une tristesse infinie.— Prisme de chagrin. Le verre fond quand elle est triste parce que son chagrin émet une fréquence qui déstabilise la structure moléculaire de la silice. Ce n'est pas magique. C'est de la physique quantique appliquée à l'émotion. Ses larmes, littéralement, font vibrer les atomes de verre jusqu'à ce qu'ils perdent leur cohésion. Une enfant de huit ans qui peut désintégrer de la matière avec sa peine. Voilà ce qu'ils cherchent à reproduire. À industrialiser.— Mon Dieu, murmure Marc. Sa voix s'est brisée. Il porte sa main valide à son visage, frotte ses yeux comme pour effacer ce qu'il vi
CélianLa pièce est froide. Pas du froid d'Elara, qui est une absence de chaleur, une page blanche, un silence qui accueille. Non. Ce froid est intentionnel. Calculé. Malveillant. La climatisation ronronne à plein régime, maintenant une température qui empêche de penser confortablement, qui engourdit les extrémités, qui rappelle constamment que vous n'êtes pas chez vous, que vous n'êtes pas en sécurité, que vous êtes un sujet d'étude, une variable dans une équation glacée. Les murs sont en béton brut, peints en gris clair, une couleur choisie pour son absence d'émotion, sa neutralité clinique qui écrase l'âme. Les néons du plafond bourdonnent, agressifs, rendant chaque omb
Je tends la main vers le Puits. Pas pour le toucher. Pour le saluer. Pour lui dire que je le reconnais, mais que je ne lui appartiens plus.La brume se referme. Le gouffre disparaît. La voix de Kane est plus faible.— Tu as ce qu'il te faut. Maintenant, rentre. Ton corps t'attend. Ils t'attendent.— Et toi ?— Moi, je reste. Je garde le Puits. Pour que d'autres ne s'y perdent pas.— Merci, Kane.— Ne me remercie pas. Prouve-moi que j'avais tort. Prouve-moi qu'on peut être une anomalie et
Elle me regarde. Ses yeux gris sont calmes. Mais dedans, je vois quelque chose que je n'avais jamais vu. Une lueur. Minuscule. Fragile. Vivante.— Toi, dit-elle. Léna. Suzie. Marc. Tous. Je ne reviendrai pas pour moi. Je reviendrai pour vous. Et c'est ça, ma flèche.— Elara...— Tu m'as appris à ressentir autrement que par la douleur. Tu m'as appris à choisir. Laisse-moi choisir ça.La voix de Kane rit. Un rire sans joie, caverneux.— Elle a compris. Elle est prête. Préparez-vous. Il faut provoquer l'arrêt cardia
Iris frissonne. L'air autour d'elle devient plus froid. Je le sens sur ma peau. La température baisse de plusieurs degrés.— Il parle, dit Iris. Mais sa voix est différente maintenant. Plus grave. Plus lente. C'est la voix de Kane.Elle prend une inspiration, et quand elle parle à nouveau, ce n'est plus sa voix à elle. C'est une voix d'homme, rocailleuse, teintée d'un écho comme si elle venait du fond d'un tunnel.— Elara. Tu es toujours vivante. Quelle déception.Elara ne cille pas.— Kane. Dis-moi où est le Puits.
Célian encaisse. Il ne se défend pas. Il attend.Lucien s'avance.— Moi, je reste. J'ai lu dans l'esprit de cet homme avant qu'il meure. Marc me l'a montré. Ce type aimait sa femme. Pas sa fille. Il la voyait comme une erreur, un défaut de fabrication. Il espérait que le Programme la "répare". C'était un monstre ordinaire. Je ne pleurerai pas sa mort.— Moi non plus, dit Noé. Il dessinait des cages pour sa fille dans sa tête. Je l'ai vu.— Je reste, dit Marc. Évidemment.&m
CélianJe suis devenu un astre noir. Une étoile effondrée de souffrance. Chaque pas que je fais dans les rues assombries est une secousse sismique intérieure. Je ne suis plus un homme, je suis un phénomène. Les gens s’écartent inconsciemment sur mon passage, leurs nerfs vaguement avertis d’une prés
ElaraLa lumière à l’intérieur de l’entrepôt est clinique. Elle ne caresse pas, elle révèle. Elle tombe des hauteurs sur les capsules de verre, chacune un sarcophage vertical. Je marche entre elles, lente, hypnotisée.Les dormeurs c’est le mot qui vient, bien qu’ils ne dorment pas sont d’une séréni
CélianLe froid du trottoir traverse mon jean, remonte le long de ma colonne vertébrale. Je respire des cendres, des gaz d’échappement, l’effluve acide de la peur qui monte des gratte-ciels. Je suis un tuyau d’égout brisé. Tout coule en moi, rien ne sort. L’angoisse d’une mère dont l’enfant est à l
CélianJe recule comme si elle m’avait frappé. Le lien entre nous ondule, parcouru de spasmes de douleur qui sont uniquement les miens, maintenant. Elle ne les partage plus. Elle les observe, de loin, avec cette curiosité nouvelle.— Il veut quelque chose, Elara. Personne n’est comme ça. Personne.