MasukNous nous habillons en silence. Rapidement. Nos gestes sont efficaces, habitués. Des années de fuite nous ont appris à être prêts en quelques secondes.
— On devrait partir, dit Elara.
— Oui.
— Maintenant.
— Oui.
Nous ne bougeons pas.
La présence se rapproche. Je la sens monter les escaliers, longer le coul
Elle me regarde. Ses yeux gris sont calmes. Mais dedans, je vois quelque chose que je n'avais jamais vu. Une lueur. Minuscule. Fragile. Vivante.— Toi, dit-elle. Léna. Suzie. Marc. Tous. Je ne reviendrai pas pour moi. Je reviendrai pour vous. Et c'est ça, ma flèche.— Elara...— Tu m'as appris à ressentir autrement que par la douleur. Tu m'as appris à choisir. Laisse-moi choisir ça.La voix de Kane rit. Un rire sans joie, caverneux.— Elle a compris. Elle est prête. Préparez-vous. Il faut provoquer l'arrêt cardia
Iris frissonne. L'air autour d'elle devient plus froid. Je le sens sur ma peau. La température baisse de plusieurs degrés.— Il parle, dit Iris. Mais sa voix est différente maintenant. Plus grave. Plus lente. C'est la voix de Kane.Elle prend une inspiration, et quand elle parle à nouveau, ce n'est plus sa voix à elle. C'est une voix d'homme, rocailleuse, teintée d'un écho comme si elle venait du fond d'un tunnel.— Elara. Tu es toujours vivante. Quelle déception.Elara ne cille pas.— Kane. Dis-moi où est le Puits.
Célian encaisse. Il ne se défend pas. Il attend.Lucien s'avance.— Moi, je reste. J'ai lu dans l'esprit de cet homme avant qu'il meure. Marc me l'a montré. Ce type aimait sa femme. Pas sa fille. Il la voyait comme une erreur, un défaut de fabrication. Il espérait que le Programme la "répare". C'était un monstre ordinaire. Je ne pleurerai pas sa mort.— Moi non plus, dit Noé. Il dessinait des cages pour sa fille dans sa tête. Je l'ai vu.— Je reste, dit Marc. Évidemment.&m
LénaOn roule depuis quatre heures. L'aube est encore loin. Le van est un tombeau roulant. Personne ne parle. Suzie s'est endormie contre Marc. Lui, il regarde droit devant, le visage vide, sa main bandée posée sur la tête de la petite fille comme pour la protéger. Ironique. Le monstre qui console sa victime.Célian conduit. Les jointures de ses doigts sont blanches sur le volant. Il n'a pas dit un mot depuis qu'on a quitté la maison. Elara regarde par la fenêtre, mais je sais qu'elle surveille son reflet. Quelque chose s'est passé dans ces toilettes. Elle est plus là. Moins floue.Moi, je suis assise à l'arrière, les genoux repliés. La douleur de C&eacut
Je fais un pas vers elle. La douleur de Suzie est une boule de feu dans ma poitrine. Je l'ajoute à la mienne. À celle de Léna. À celle de Marc. À celle des quinze autres que je n'ai pas encore sauvés. Je laisse cette souffrance brute, non filtrée, irradier de mon corps.Le tablier à fleurs se froisse. La femme recule contre l'évier. Son visage se décompose. La peur arrive enfin. Trop tard.— Qu'est-ce que vous faites ? murmure-t-elle.— Je vous montre ce que votre fille ressent. Tous les jours. Depuis qu'elle est née.Elle ouvre la bouche pour crier.
CélianL'adresse mène à une maison de banlieue. La pelouse est tondue. Le portail est blanc. Il y a un vélo d'enfant couché sur le flanc dans l'allée, une roue qui tourne encore lentement. C'est trop calme. C'est trop propre. C'est le décor parfait pour un cauchemar qui ne dit pas son nom.On est garés deux rues plus loin. Le van sent la sueur, la peur et le sang séché de Marc. Il n'a pas gémi une seule fois. Il a juste donné l'information d'une voix blanche. La fille s'appelle Suzie. Huit ans. Elle fait fondre le verre. Les agents viennent la chercher la nuit du mardi. Toutes les deux semaines. Pour les tests. Ce soir, c'est mardi.Elara est à cô
ElaraMa main pend dans l’air froid, entre la chaleur irradiante de l’entrepôt détraqué et le froid de mort qui émane de Célian. Il ne la prend pas tout de suite. Il la fixe, comme si c’était une illusion, une dernière torture de son esprit saturé.Ses yeux parcourent la distance entre mes doigts e
CélianÇa passe !Un filament, un cheveu de connexion rétablit. Ce n’est plus notre vieux lien symbiote. C’est une brèche de fortune, percée à travers le mur du silence par le fer rouge de ma douleur.Et à travers ce filament, je ne lui envoie pas de mots. Les mots sont trop lents, trop pauvres. Je
CélianJe suis devenu un astre noir. Une étoile effondrée de souffrance. Chaque pas que je fais dans les rues assombries est une secousse sismique intérieure. Je ne suis plus un homme, je suis un phénomène. Les gens s’écartent inconsciemment sur mon passage, leurs nerfs vaguement avertis d’une prés
ElaraLa lumière à l’intérieur de l’entrepôt est clinique. Elle ne caresse pas, elle révèle. Elle tombe des hauteurs sur les capsules de verre, chacune un sarcophage vertical. Je marche entre elles, lente, hypnotisée.Les dormeurs c’est le mot qui vient, bien qu’ils ne dorment pas sont d’une séréni







