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Chapitre 8 : Incursion

Autor: Darkness
last update Data de publicação: 2025-12-01 18:29:53

Célian

La vigilance est devenue ma seconde nature, un bruit de fond continu dans mon crâne. Garder la tempête enfermée, filtrer le flot constant, sentir chaque frisson d’Elara comme s’il était le mien. Nous sommes un vase clos, un univers refermé sur sa propre logique dévorante. L’extérieur n’existe plus. Ou du moins, c’est ce que je croyais.

Le retour au travail s’impose comme une gifle. La galerie d’art où je suis régisseur est un lieu blanc, silencieux, mais aujourd’hui, elle grouille. Une nouvelle exposition se monte. Des inconnus en noir déplacent des œuvres abstraites et anguleuses. Leurs pensées, leurs petites frustrations de la journée , un café renversé, une remarque du patron, une douleur au dos , me frappent comme des grêlons légers mais constants contre mon bouclier mental.

Je serre les dents, je respire. Filtre. Gardien. Lien. Je me répète la litanie. Elara est à la maison. Je dois tenir.

— Célian ! Tu as l’air ailleurs.

Lena. La commissaire de l’exposition. Trente ans, sourire électrique, énergie à revendre. Son aura est différente. Ce n’est pas de la douleur, c’est une vibration intense, une ambition aiguisée comme un scalpel, une curiosité insatiable qui palpite autour d’elle. C’est presque pire. Ça ne demande pas à être absorbé, ça cherche à pénétrer.

— Juste concentré, Lena. Les conditionnements pour les sculptures de Verdon…

— Laisse, l’équipe s’en occupe. Viens. Je veux ton avis sur le nouvel artiste. Une révélation.

Elle me saisit le bras, son contact sec et chaud. Un flash m’assaille : l’image d’un visage inconnu, des yeux très clairs, et un sentiment de découverte vorace qui n’appartient pas à Lena, mais qu’elle projette avec une telle force qu’il ricoche en moi. Je cligne des yeux, déstabilisé.

— Je…

— Célian, sérieusement, tu es blanc. Tu ne te sens pas bien ?

Sa sollicitude est sincère, pointue. Elle perce mon armure. Soudain, un vertige me prend. Ce n’est pas le mien. C’est une nausée lointaine, familière. Elara. Elle est anxieuse. Seule. Elle cherche la sensation, elle tourne en rond dans l’appartement, frustrée par le calme plat, par mon absence. Le besoin monte en elle, un vide physique qui m’aspire à distance.

Je lâche un souffle court.

— Désolé, Lena. Un moment.

Je m’éloigne, me réfugie derrière une cimaise. Je ferme les yeux, appuie mes mains contre le mur froid. Calme-toi. Je suis là. Tout va bien. Je projette la pensée comme on lance une bouée, avec toute la force de notre lien. La nausée s’estompe, remplacée par un soulagement coupable, chaud, qui m’enveloppe tel un manteau humide. Je m’y noie une seconde. C’est réconfortant et écœurant.

Quand je rouvre les yeux, il est là.

L’homme se tient à quelques mètres, observant une toile vide comme si elle contenait l’univers. Grand, mince, cheveux châtains coupés court. Il porte une veste de travail sobre. Il ne fait pas partie de l’équipe de monteurs. Je ne l’ai jamais vu.

Et pourtant.

Un silence se déploie autour de lui. Un vrai silence. Pas l’absence de bruit, mais l’absence de… émission. Je ne perçois rien. Pas une pensée parasite, pas une petite douleur, pas la moindre émotion en surface. C’est comme regarder un écran éteint. Un trou dans le brouhaha constant du monde. C’est tellement aberrant que ma propre barrière mentale vacille, surprise.

Il tourne la tête. Ses yeux me rencontrent. Gris. D’une neutralité absolue. Il ne sourit pas. Il hoche très légèrement la tête, comme en guise de reconnaissance. Pas de curiosité. Pas de méfiance. Rien.

Puis il se détourne et marche vers la sortie, disparaissant derrière une cloison.

Le souffle me revient, bruyant. Qui était-ce ? Comment est-ce possible ? Mon don , ma malédiction , m’a toujours montré que tout le monde porte quelque chose. Tout le monde fuit. Lui, non.

— Alors, ce verdict ?

Lena est revenue, suivie d’une jeune femme que je n’avais pas vue arriver. L’artiste, sans doute. Son nom me parvient dans un brouillard : Chloé. Elle a un sourire timide, mais ses yeux brillent d’une intelligence aiguë. Elle me tend la main.

Au contact de sa peau, c’est un torrent. Non pas de douleur, mais de perceptions pures, brutes, non filtrées. La texture rugueuse de la toile sous ses doigts, la morsure de l’encre de Chine dans l’air, le vert éclatant d’un paysage mental qui n’appartient qu’à elle. C’est beau. C’est vivant. C’est totalement dépourvu de la couche de souffrance qui embue toujours mes perceptions. C’est comme boire de l’eau claire après une vie de boue.

Je retire ma main trop vite, choqué.

— Désolé, je… je suis un peu fébrile aujourd’hui.

— Ça se voit, dit Chloé, sans offense. Votre aura est… encombrée.

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