Se connecterLe téléphone vibre de nouveau. Cette fois, c'est Raphaël.— J'ai parlé à Sophie. Elle est venue me voir. Je lui ai dit la vérité. Que je t'aime. Que je ne te forcerai pas. Que je ne te retiendrai pas. Mais que si tu reviens, je t'attendrai. Aussi longtemps qu'il faudra.Je fixe le message, les yeux brouillés de larmes. Il ne me met pas la pression. Il ne me demande pas de choisir. Il m'offre sa patience, sa constance, son amour inconditionnel. Et cette générosité est plus bouleversante que tous les gestes de séduction qu'il a pu avoir depuis le début.— Elle t'a giflé ? je réponds, parce que c'est la seule chose qui me vient à l'esprit.— Oui. Une belle gifle. Je l'ai méritée.— Non. Tu ne l'as pas méritée. C'est moi qui aurais dû la prendre.— Tu n'as pas à porter la culpabilité du monde entier, Léo. Tu as fait des erreurs, nous en avons tous fait. Mais ce qui nous arrive, ce qui se passe entre nous, ce n'est pas une erreur
Je l'aime. J'aime Sophie. Je l'aime d'un amour doux, confortable, rassurant. Un amour qui ne fait pas peur, qui ne fait pas mal, qui ne remet rien en question. Un amour qui ressemble à un port bien abrité, avec ses digues solides et ses eaux calmes. Mais est-ce que c'est ça, l'amour ? Le vrai ? Celui qui vous prend aux tripes, qui vous empêche de dormir, qui vous fait trembler de désir et de peur ? Ou est-ce que le vrai amour, c'est celui que je ressens pour Raphaël ? Cet incendie qui me consume, ce brasier qui me terrifie, cette tempête qui balaie tout sur son passage ?Je ne sais pas. Je ne sais plus rien. Je suis perdu dans ma propre vie, dans mon propre cœur, incapable de démêler le vrai du faux, le désir de l'amour, l'attirance de la passion. J'ai vingt-deux ans, je croyais avoir tout compris de l'existence, et voilà que deux êtres humains se déchirent à cause de moi, à cause de mon incapacité à choisir, à cause de ma lâcheté.Je me lève du canapé, f
Je descends de la tour, traverse la maison silencieuse. La gouvernante est dans la cuisine, elle prépare quelque chose qui sent bon, des herbes de Provence, de l'ail, de l'huile d'olive. Elle ne me demande pas où je vais, ce que je fais. Elle sait. Elle sait toujours tout.— Il vient ce soir, je lui dis en passant. Préparez le dîner pour deux.— Bien, Monsieur.— Et mettez des bougies. Beaucoup de bougies.— Comme pour Clara ?— Non. Pas comme pour Clara. Pour Léo. Pour lui. Parce que c'est lui, maintenant. Parce que c'est avec lui que je veux dîner, parler, rire, vivre. Clara sera toujours là, dans mon cœur, dans mes souvenirs. Mais la place à côté de moi, à table, dans la vie, elle est vide depuis trop longtemps. Et ce soir, pour la première fois, elle ne sera plus vide.La gouvernante me regarde longuement. Puis elle fait quelque chose qu'elle n'a jamais fait en quinze ans de service. Elle s'approche de moi, pose sa main
Honnête. Le mot me fait sourire amèrement. Ai-je vraiment été honnête ? J'ai dit la vérité, oui, mais est-ce que j'ai été honnête sur mes intentions dès le début ? Dès ce premier regard échangé au bord de la piscine, quand Léo se tenait là, rouge de confusion, son short propre trop grand pour lui, son t-shirt blanc qui soulignait la courbe juvénile de ses épaules. Dès ce premier contact, cette première main posée sur mon bras pour corriger mon mouvement de brasse. Ai-je été honnête ? Ou ai-je joué, manipulé, séduit avec l'habileté de l'homme d'expérience que je suis ?— Je l'aime, dis-je à voix haute, comme si le dire rendait la chose plus réelle, plus acceptable, plus pure.— Je sais, répond la gouvernante. Ça se voit.— Comment ça se voit ?— Vous ne buvez plus. Vous dormez mieux. Vous souriez. Pas souvent, pas beaucoup, mais vous souriez. Avant lui, vous ne souriiez jamais. Même quand Clara était vivante, vous ne souriiez pas comme ça.
RaphaëlLa joue me brûle encore. Pas la brûlure de la gifle , j'ai connu bien pire dans ma vie, des douleurs qui ne s'effacent pas avec une compresse d'eau froide , mais la brûlure de ce qu'elle m'a dit. Ses mots tournent en boucle dans ma tête pendant que je reste debout au bord de la piscine, les yeux fixés sur l'eau turquoise qui scintille sous le soleil de midi. Elle est partie depuis une heure maintenant, et je n'ai pas bougé. La gouvernante est venue me proposer un café, un verre d'eau, un mot de réconfort. J'ai refusé d'un geste. J'ai besoin de ce silence. J'ai besoin de cette immobilité. J'ai besoin de réfléchir à ce qui vient de se passer, aux accusations qu'elle a lancées, aux vérités qu'elle a déterrées malgré elle.La marque de sa main sur ma joue est en train de s'estomper, mais son cri résonne encore sous les cyprès centenaires. Il est à moi. Il est à moi depuis deux ans. Laissez-le. Comme si Léo était une possession. Comme si l'amour était
Sa voix est douce, calme, posée. Il ne cherche pas à se justifier, à se défendre, à minimiser. Il présente des excuses, et elles sonnent vraies, terriblement vraies, ce qui est presque pire que tout le reste.— Je ne veux pas de vos excuses, je crache. Je veux que vous le laissiez tranquille. Je veux que vous disparaissiez de sa vie. Je veux récupérer mon copain.Raphaël secoue lentement la tête. Pas un refus. Plutôt une impuissance. Un constat.— Je ne peux pas faire ça, dit-il. Pas parce que je ne veux pas. Mais parce que ce n'est pas en mon pouvoir. Léo n'est pas un objet qu'on se dispute. Il n'est pas une propriété qu'on possède ou qu'on cède. C'est un être humain, libre, qui fait ses propres choix.— Ses propres choix ? Vous appelez ça des choix ? Vous l'avez manipulé, vous l'avez envoûté, vous avez profité de sa naïveté et de son admiration pour l'attirer dans votre lit. Ce n'est pas un choix, c'est un piège.— Je ne l'ai jamais forcé. Je ne le forcerai jamais. Chaque pas qu'il
Raphaël DelacroixCe mot. Ce simple mot de trois lettres, prononcé doucement, sans défi, sans arrogance. Juste un constat. Une évidence. Je n'ai pas envie de fermer les yeux. Je veux vous voir. Et soudain, c'est moi qui ai envie de détourner le regard, de me cacher, de fuir. Parce que ce qu'il cher
Raphaël DelacroixLa chambre est plongée dans une semi-obscurité calculée. C'est ainsi que je les préfère, ces corps de passage, ces silhouettes anonymes qui défilent dans mon lit comme des figurants dans un théâtre vide. La pénombre efface les détails, gomme les particularités, transforme chaque v
Livio MorettiSa voix est grave, profonde, posée. Sans chaleur, mais sans hostilité non plus. Juste un ordre poli. Je franchis le seuil, et il me semble que je franchis bien plus que le seuil d'une suite de luxe. La porte se referme derrière moi avec un claquement sourd qui me fait sursauter. La su
Livio MorettiMais une autre partie de moi, une partie que je refuse d'écouter parce qu'elle est dangereuse et stupide, espère autre chose. Espère qu'il sera différent. Espère qu'il me regardera vraiment, qu'il verra autre chose qu'un corps à consommer. C'est stupide. C'est dangereux. C'est le meil







