LOGINLa valse se termine, et je m'écarte de lui, le souffle court, le cœur battant. Il me regarde, les yeux brillants d'un désir malsain, et je sens la nausée monter en moi. — Tu ne verras jamais derrière le masque, Alessandro. Parce que le masque, c'était avant. Aujourd'hui, je suis nu devant toi, et tu ne supportes pas ce que tu vois. — Je supporte tout de toi, Raphaël. Même ta haine. Même ton mépris. Parce que je sais qu'au fond, il reste quelque chose. Une étincelle. Un souvenir. Un amour qui ne demande qu'à renaître. — Il n'y a plus rien, Alessandro. Rien que des cendres. Tu as tout brûlé. Je tourne les talons, je m'éloigne de la piste, je cherche la sortie. Mais il me rattrape, pose une main sur mon bras, me force à me retourner. — Reste, Raphaël. La soirée ne fait que commencer. J'ai tant de choses à te dire, tant de choses à te montrer. — Lâche-moi, Alessandro. Lâche-moi tout de s
Le silence retombe, lourd et tendu. Je vois dans leurs yeux de l'inquiétude, de la colère, de l'amour. Ils veulent me protéger, mais ils savent que ma décision est prise. Ils savent que je suis trop orgueilleux, trop fier, trop têtu pour reculer devant Alessandro. Et ils savent aussi que cette confrontation est inévitable, qu'elle couve depuis des semaines, qu'elle doit avoir lieu tôt ou tard. — Très bien, dit finalement Livio. Vas-y. Affronte-le. Mais promets-moi une chose. — Laquelle ? — Si ça tourne mal, si tu te sens en danger, si tu as besoin de nous, tu nous appelles. N'importe quand. N'importe comment. Et on viendra te chercher. — Promis. Je me prépare dans le silence de la chambre, enfilant un smoking noir, ajustant ma cravate, lissant mes cheveux. Mes gestes sont mécaniques, absents, comme si je me préparais pour une exécution. Peut-être que c'en est une, d'une certaine manière. L'exé
Nous lui racontons tout. Les comptes offshore, les pots-de-vin, la fraude fiscale. Les preuves que Soren a rassemblées, les contacts qu'il a activés, les informations qui pourraient envoyer Alessandro en prison pour des années. Raphaël écoute en silence, les mâchoires serrées, les doigts crispés sur l'accoudoir du canapé.— Vous êtes sûrs de ce que vous avancez ? demande-t-il quand nous avons fini.— À quatre-vingt-dix pour cent, répond Soren. Mon contact italien doit me confirmer les derniers détails demain. Mais c'est du solide, Raphaël. Vraiment du solide.— C'est énorme, murmure Raphaël. C'est... je n'arrive pas à y croire.— On tient notre arme, Raphaël, dis-je en m'agenouillant devant lui, en prenant ses mains dans les miennes. On tient de quoi le neutraliser pour de bon. Plus besoin de se cacher, plus besoin d'avoir peur. On peut l'attaquer sur le terrain juridique, économique, médiatique. On peut le détruire avec ses propres armes.— Vous avez fait ça pour moi ? demande Raphaë
Livio MorettiL'atelier de Soren est plongé dans une semi-obscurité, éclairé seulement par la lueur bleutée de nos ordinateurs portables et par la lampe d'architecte penchée au-dessus de la table de travail. Dehors, Paris dort, enveloppé dans le silence ouaté de cette nuit de décembre. Mais nous, nous ne dormons pas. Nous ne dormons plus depuis des jours. Depuis l'attaque dans la ruelle, depuis la blessure de Malik, depuis la confrontation de Raphaël avec Alessandro, nous savons que la guerre est déclarée. Et une guerre ne se gagne pas seulement avec des poings et du courage. Elle se gagne aussi avec des informations, des preuves, des stratégies.Soren est penché sur son ordinateur, les doigts volant sur le clavier, les yeux plissés par la concentration. Il a troqué ses pinceaux contre un clavier, ses toiles contre des feuilles de calcul, et il est aussi habile dans cette nouvelle forme d'art que dans l'ancienne. Moi, je suis assis en face de lui, entouré de documents imprimés, de re
Raphaël DelacroixLa nuit est tombée sur la tour Delacroix, une nuit sans lune, sans étoiles, une nuit de novembre froide et pluvieuse. Dans la suite présidentielle, toutes les lumières ont été tamisées, réduites à une lueur douce et dorée qui caresse les murs et les meubles. Les rideaux sont tirés, les bougies sont allumées, et l'atmosphère est chargée d'une solennité presque religieuse. Ce soir, il n'y aura pas de champagne, pas de musique, pas de rires légers. Ce soir est un rituel. Un confessionnal de chair. Une cérémonie de purification.Je suis debout au centre du salon, entouré de Livio, de Malik et de Soren. Ils sont là, tous les trois, silencieux, attentifs, aimants. Ils attendent que je parle, que je leur ouvre mon cœur une dernière fois, que je leur montre les blessures cachées, les cicatrices honteuses, les secrets que je n'ai jamais révélés à personne.Je prends une longue inspiration, et je commence.— Je vous ai parlé d'Alessan
Raphaël DelacroixLe bureau d'Alessandro est situé au dernier étage d'un immeuble haussmannien de l'avenue Montaigne, à quelques centaines de mètres de la tour Delacroix. Un pied-à-terre parisien qu'il a conservé après notre divorce, payé avec les vingt millions que je lui ai versés pour qu'il disparaisse. Ironie cruelle : mon argent a financé le repaire du serpent qui cherche à me détruire.J'ai convoqué cette réunion moi-même, hier soir, après avoir appris l'attaque contre Livio et la blessure de Malik. J'aurais pu envoyer mes avocats, mes hommes de main, la police même. Mais j'ai choisi d'y aller seul. Pas par courage, non. Par nécessité. Il fallait que je le voie en face, que je l'affronte une dernière fois, que je comprenne ce qu'il voulait vraiment. Et que je lui fasse comprendre, définitivement, qu'il ne m'aura plus jamais.L'ascenseur s'arrête avec un ding discret, et les portes s'ouvrent sur un couloir blanc, impersonnel, décoré de toiles abs
Je me lève de ma chaise, m'approche du lit, m'assois sur le bord du matelas. Nos visages sont à quelques centimètres l'un de l'autre, nos souffles se mêlent. Je vois les perles de sueur sur son front, les battements de son pouls sur sa tempe, la veine qui palpite dans son cou. La veine
Le premier homme attaque, une barre de fer levée au-dessus de sa tête. J'esquive, je riposte d'un direct dans la mâchoire qui l'envoie au tapis. Le deuxième attaque au couteau, une lame qui fend l'air en sifflant. Je bloque son poignet, lui tords le bras, et le couteau tombe sur les pav
Soren s'effondre dans le fauteuil en face de mon bureau, le visage dans les mains. Ses épaules tremblent, et je réalise avec horreur qu'il pleure. Lui, l'artiste maudit, le survivant, le roc que rien ne semblait pouvoir ébranler, est en train de craquer.— Ce n'est pas ta faute
Soren VinterLe matin se lève sur la suite présidentielle comme un voile gris qu'on tire sur les promesses de la nuit. La lumière de novembre filtre à travers les rideaux de soie, pâle et froide, et je suis le premier à émerger de l'enchevêtrement de corps qui jonche le lit de







