LOGINPOINT DE VUE D’ARDEN
J’ignorai ses cris pendant tout le trajet, jusqu’à finalement m’arrêter devant un restaurant. Elle était féroce. Bruyante. Agaçante. Clairement pas mon genre. J’avais même ressenti un certain soulagement lorsqu’elle avait dit qu’elle ne voulait pas non plus de ce mariage. Ça aurait dû simplifier les choses. Puis Brianna était arrivée et avait tout gâché. Cette femme avait un sacré tempérament — tranchant, explosif. Exactement comme Brianna. Pourquoi le destin continue-t-il de mettre ce genre de femmes sur mon chemin ? Après le départ de Tatum, je passai près d’une heure à calmer Brianna avant qu’elle ne quitte finalement le restaurant, furieuse. La paix ne dure jamais. LE LENDEMAIN RÉSIDENCE DE TATUM J’étais toujours furieuse à cause de ce que cette sorcière avait dit la veille. C’était la seule raison pour laquelle je m’étais mêlée à cette histoire ridicule. J’étais presque débarrassée de ce mariage arrangé. Presque. Et maintenant, j’étais plus empêtrée que jamais. Je me laissai tomber sur mon lit en poussant un grognement. "Je suis foutue", m’écriai-je à moitié en tirant sur mes cheveux. "Mais qu’est-ce qui m’a pris de dire ça ?" "Tatum !" La voix de Liam venait de sa chambre. J’y entrai et le trouvai complètement emmêlé dans son uniforme scolaire, tel un poulpe pris au piège. "Aide-moi", déclara-t-il fièrement, comme s’il venait d’accomplir un exploit. Je retins un rire. Liam était à mes côtés depuis le jour de sa naissance. Nous n’avions jamais passé une seule journée l’un sans l’autre. Et maintenant, je devais lui annoncer que j’allais partir. Je m’agenouillai et remis correctement sa cravate de travers. "Ça va ?" demanda-t-il doucement. Je m’arrêtai. Liam remarquait toujours tout. "Je vais bien", mentis-je en lui pinçant la joue. Il plissa les yeux. "Tu me pinces la joue uniquement quand tu mens." Je clignai des yeux. "Depuis quand es-tu aussi observateur ?" "Depuis que j’ai eu sept ans." Je poussai un soupir théâtral et m’assis à côté de lui. "Liam… qu’est-ce que tu penserais d’aller dans un internat ? Il y a une immense cour de récréation, plein d’amis et de belles chambres." Ses yeux s’illuminèrent d’abord. Puis leur éclat s’éteignit. "Ça veut dire que je ne te verrai plus tous les jours." Ce n’était pas une question. Je hochai lentement la tête. Il baissa les yeux vers ses chaussures et balança ses jambes. "Ce n’est pas grave", dit-il après un instant en bombant le torse. "Je suis un grand maintenant. Je peux survivre." Je haussai un sourcil. "Un grand qui s’est fait étrangler par sa propre cravate il y a cinq minutes ?" Il ouvrit grand la bouche, choqué. "C’était un entraînement tactique." J’éclatai de rire. Il m’observa attentivement. "Tu vas quelque part ?" demanda-t-il. "Ou tu en as simplement marre de moi ?" Mon sourire s’effaça. "Ne dis jamais ça", murmurai-je en prenant son visage entre mes mains. "Je ne pourrais jamais me lasser de toi." "Alors pourquoi l’internat ?" J’avalai difficilement ma salive. "Parce que… Tatum va se marier." Ses yeux s’écarquillèrent. "Genre… un vrai mariage ?" "Oui." "Avec un gâteau ?" "Oui." "Avec des bébés ?" Je m’étouffai presque. "Pardon ?" "Tante Amelia a dit que quand tu te marieras, tu auras plein de bébés. Et après, je pourrai jouer avec eux." "Cette femme est diabolique", marmonnai-je. Liam sourit. "Alors, ils arrivent quand, mes bébés ?" "Tu n’as plus le droit de parler à tante Amelia." Il éclata de rire avant de me prendre soudainement dans ses bras. "Tu vas me manquer", murmura-t-il. Et ces quelques mots me brisèrent plus que tout le reste. Plus tard, je me préparai et quittai la maison avec Liam. Après l’avoir déposé à l’école, je pris la direction de l’entreprise. À peine entrée sur le parking, mon téléphone sonna. Le Vieux. "Bonjour, monsieur", dis-je en coupant le moteur. "Bonjour, ma chère. Je sais qu’il est tôt, alors je ne vais pas te faire perdre ton temps. Un chauffeur viendra te chercher chez toi ce soir et t’emmènera dans ta nouvelle maison. Tu peux prendre ton frère avec toi pour le moment. Je ferai venir quelqu’un demain pour l’emmener à l’école. Au revoir." Le Vieux raccrocha avant même que j’aie le temps de répondre. Je fixai mon téléphone. "Quelle merveilleuse façon de commencer ma journée", marmonnai-je avant de sortir de la voiture. À l’intérieur de l’entreprise, je saluai mes collègues comme d’habitude avant d’entrer dans l’ascenseur. Dieu merci, personne ne semblait parler de l’annonce des fiançailles. Peut-être qu’ils ne l’avaient pas vue. Lorsque j’arrivai dans mon service, je posai mon sac et poussai un soupir de soulagement. "La sorcière n’est pas encore là", chuchotai-je. Erreur. Avant même que je puisse cligner des yeux, elle se dirigeait déjà vers moi. Bien décidée à ne pas baisser ma garde, je fixai l’écran de mon ordinateur. "Tu ne manques vraiment pas de culot de te présenter ici après ce que tu as fait hier", lança Brianna d’une voix forte en s’arrêtant juste devant mon bureau. Les têtes se tournèrent. Les murmures commencèrent. "Tu ne t’es pas assez ridiculisée hier ?" répondis-je calmement. "Tu veux vraiment recommencer le même spectacle ?" "Tu viens de dire que je suis ridicule ?" "Je déteste avoir des conversations avec des gens qui ont du mal à comprendre des phrases simples." Je me levai pour m’éloigner. Elle m’attrapa par le poignet. "Je te parle encore. Tu te rends seulement compte dans quoi tu es en train de t’embarquer ?" Elle n’avait pas complètement tort. Je travaillais dans l’entreprise de sa famille. Elle pouvait parfaitement transformer ma vie en enfer. Mais je refusais de m’abaisser à son niveau. "S’il te plaît, Brianna. Il est encore tôt pour ça", dis-je en jetant un coup d’œil autour de nous. La foule commençait à s’agrandir. "Arrêtons-nous là." Je me retournai. Elle m’attrapa par les cheveux. Des exclamations étouffées retentirent autour de nous. Je saisis son poignet et tentai de lui faire lâcher prise, mais elle refusa. "Lâche-moi, Brianna." Rien. "Arrête !" claquai-je en lui attrapant à mon tour les cheveux. Des employés accoururent pour essayer de nous séparer, mais elle s’acharnait. Puis— Une main ferme se referma sur mon bras et me tira en arrière, me maintenant fermement. "Qui di—" Je me figeai. Xavier Voss. Le Xavier Voss. Acteur. Mannequin. L’idole de toute la nation. Et oui… J’en faisais partie. Nous nous étions déjà rencontrés une fois, à une soirée. Il avait été charmant. Doux. Tout ce qu’Arden n’était pas. Il se pencha légèrement vers moi. "Elle n’en vaut pas la peine", murmura-t-il près de mon oreille. Mon estomac se noua. J’en oubliai presque de respirer. En face de moi, Brianna était elle aussi retenue. Par Arden. Évidemment. Les deux cousins se tenaient face à face. Ils n’avaient absolument rien en commun, surtout dans leur manière d’être. Xavier était une chaleur naturelle. Arden, une glace parfaitement maîtrisée. Sans leur nom de famille, personne ne croirait qu’ils étaient parents. Ils s’évitaient partout. Si Arden assistait à un événement, Xavier n’y allait pas. Si Xavier apparaissait quelque part, Arden brillait par son absence. Selon les rumeurs, ils étaient comme ça depuis leur enfance — refusant catégoriquement de laisser leurs mondes se croiser. Et maintenant ? Ils se tenaient dans la même pièce. À cause de moi. "Calme-toi, Brianna", dit doucement Arden. Mais il ne la regardait pas. Ses yeux étaient fixés sur la main de Xavier posée sur mon épaule. Il ne fusillait personne du regard. Il ne semblait pas furieux. Il observait simplement. Avec une attention déconcertante. "Tu la défends ?!" hurla Brianna. Arden ne répondit pas. Les doigts de Xavier restèrent posés sur mon épaule — délibérément, presque nonchalamment. "Qu’est-ce que tu fais exactement ici ?" demanda Arden d’un ton égal. Sa voix était calme. Trop calme. Territorial. Voilà ce que cela ressemblait. Xavier esquissa un sourire. "Je ne me souviens pas que cet immeuble appartienne à une entreprise Voss", répondit-il avec légèreté. "Et ce n’est pas un cinéma, donc je ne suis certainement pas venu assister à un spectacle." Il tapota légèrement mon épaule. "Je ne m’attendais simplement pas à voir ta petite amie harceler une employée. Intéressant choix de partenaire." L’atmosphère changea. Arden fit un pas en avant. Pas de manière agressive. Juste suffisamment pour que la tension monte d’un cran. Sa mâchoire se contracta légèrement. "Surveille tes paroles." Ce n’était pas fort. Mais c’était ferme. Xavier se tourna plutôt vers moi. "Prends soin de toi, petit lapin", dit-il avant de m’ébouriffer doucement les cheveux. "Et évite les ennuis." Des murmures stupéfaits parcoururent la pièce. Il s’éloigna comme s’il ne venait pas de mettre le feu à toute la salle. Les chuchotements explosèrent aussitôt. "Elle a tellement de chance…" "Vous avez vu ça ?" "Oh mon Dieu…" Arden n’avait pas bougé. Son poing était serré le long de son corps. Pas de tremblement. Pas de rage incontrôlée. Juste une colère parfaitement contenue. Son regard descendit vers l’endroit où Xavier m’avait touchée, puis remonta lentement jusqu’à mon visage. Indéchiffrable. Froid. Possessif d’une manière dangereuse. Il n’avait pas l’air jaloux. Il avait l’air… Mécontent. Comme si quelqu’un venait de franchir une limite qui n’aurait jamais dû être franchie. Et même s’il ne me voulait pas… Même si ce mariage nous était imposé… Il y avait quelque chose dans son regard qui semblait dire : Pas lui. N’importe qui sauf lui. Et je n’arrivais pas à savoir si cela me rendait plus en sécurité… Ou si, au contraire, je venais de me mettre encore plus en danger.Point de vue de TatumSilence.Pas le genre ordinaire — celui qui s'attarde poliment entre des conversations anodines. Non. Ce silence était lourd. Suffocant. Il pesait contre ma poitrine, rampait sous ma peau et s'installait profondément dans mes os comme une chose vivante.Dix pour cent.Du Groupe Voss.Je ne bougeai pas. Je ne respirai pas. De l'autre côté de la table, la fourchette d'Amelia resta suspendue en l'air, ses lèvres légèrement entrouvertes d'incrédulité pure. Le sourire de Camila s'était figé en quelque chose de fragile, la chaleur de quelques secondes plus tôt s'évaporant si rapidement que c'en était presque effrayant. À côté d'elle, Sean était devenu complètement immobile, ses yeux vifs et calculateurs alors qu'il commençait à disséquer les implications corporatives.Et Arden…Je n'avais même pas besoin de le regarder pour le sentir. Ce changement soudain. Cette immobilité froide et dangereuse qui émanait de son côté de la table.« Grand-père… » Ma voix sortit plus ba
Point de vue d’ArdenJe me raclai la gorge, un son sec et délibéré destiné à briser la tension pesante qui régnait dans la pièce et à les sortir de leur petit monde imaginaire. Ils se séparèrent instantanément. Le visage d’Amelia était devenu rouge vif, ses yeux se promenant nerveusement partout, telle une enfant prise la main dans le sac. Damien, comme on pouvait s’y attendre, resta parfaitement imperturbable."Salut, mec", dit-il d’une voix détendue, beaucoup trop décontractée."Qu’est-ce que tu fais ici ?" lâcha Amelia."Je devrais plutôt te poser la question", répliquai-je en m’appuyant contre l’encadrement de la porte. Je laissai mon regard s’attarder sur l’espace qui les séparait. "Si je n’étais pas entré, jusqu’où cela serait-il allé ?""Elle n’est pas une enfant, Arden", intervint Damien sur un ton presque défensif."Je... je dois y aller." Amelia n’attendit pas de réponse. Elle passa devant moi, la tête baissée, dégageant une gêne palpable.Damien la regarda partir avant de r
Point de vue d’AmeliaBeaucoup trop près. Beaucoup, beaucoup trop près."Tu deviens vraiment nerveuse quand tu es près de moi ?" demanda-t-il."Qui t’a raconté ça ?" demandai-je."Tes oreilles te trahissent, tu le sais ?" demanda-t-il.Bon sang !Mes oreilles me trahissaient à chaque occasion."C’est normal. Ça ne veut pas dire que je mens", répondis-je en m’éloignant de lui."Je ne te crois pas", dit-il."Je m’en vais." J’attrapai mon sac et me levai."Pourquoi ? Je t’ai mise mal à l’aise ?" demanda-t-il."Non, je suis occupée", répondis-je avant de m’éloigner.Il courut derrière moi et attrapa mon poignet."Je vais te raccompagner chez toi", dit-il."Non." Je repoussai sa main et continuai mon chemin sans même lui dire au revoir.Je ne savais pas pourquoi j’avais fait ça, mais j’en avais simplement besoin.Une fois rentrée chez moi, je retirai mes talons et les lançai à travers la pièce avant de me laisser tomber sur le canapé."À quoi pensait ce pervers ?" dis-je à voix haute.Je m
Point de vue de Tatum"L’assistant de Monsieur Smith a appelé. Il a dit qu’il serait là bientôt", annonça Chloe."Oh, d’accord. Lorsqu’il apportera les documents nécessaires, assure-toi de les vérifier avant de les transmettre au manager de Brianna. Si quelque chose te semble suspect, préviens-moi", lui ordonnai-je."Bien sûr, aucun problème", répondit-elle avant de quitter mon bureau.Mon téléphone sonna. Je levai les yeux pour voir qui m’appelait. À ma grande surprise, c’était mon père."Pourquoi m’appelle-t-il ?" me demandai-je avant de décrocher."Allô ?"Il resta silencieux pendant un moment."Papa ?" l’appelai-je."J’ai besoin que tu fasses quelque chose d’important", dit-il.La voix de papa était plus grave que jamais."Je suis justement un peu occupée en ce moment", répondis-je."L’entreprise est en train de subir de lourdes pertes, Tatum", déclara-t-il."Qu’est-ce que tu veux dire par l’entreprise est en perte ?" demandai-je, commençant à m’énerver."Si nous voulons continuer
Point de vue de TatumEn seulement quelques jours à être impliquée dans la famille Voss, ma vie était déjà devenue insupportable. C’était la seule pensée qui me traversait l’esprit lorsque j’entrai dans la villa."Bon retour, Madame", me salua la domestique."Merci", répondis-je en lui offrant un sourire fatigué.J’entendis le bruit distinct des couverts et tournai les yeux vers la salle à manger. Arden était déjà en train de dîner. Je décidai de faire un effort pour rester polie."Bonsoir", dis-je en passant devant lui.Il ne leva même pas les yeux. Il se contenta de me lancer un bref regard avant de continuer à manger.Qu’est-ce que j’espérais de plus de la part de cet enfoiré ? pensai-je avec amertume.Je me rendis directement dans ma chambre pour me rafraîchir et retourner travailler. Ma journée avait été tellement stressante que j’avais même oublié de passer à mon appartement pour récupérer ma voiture. Plus tard, lorsque j’eus enfin terminé mes tâches, je m’effondrai de fatigue e
Point de vue de TatumLe lendemain matin, je me réveillai et commençai à me préparer pour aller travailler. Je choisis une longue robe bleu marine en jersey côtelé doux, qui tombait élégamment jusqu’à mes chevilles. Elle était à la fois professionnelle et confortable. Je l’accessoirisai d’une fine ceinture en cuir qui complétait parfaitement ma tenue.Après une légère touche de maquillage — juste assez pour avoir l’air éveillée — je me dirigeai vers la salle à manger pour prendre mon petit-déjeuner.Arden était déjà là, penché au-dessus de son assiette. Il ne leva même pas les yeux. Il ignorait simplement ma présence comme si j’étais un fantôme."Bonjour", dis-je, ma voix paraissant minuscule dans cette immense pièce.La domestique me servit en silence. Le calme qui régnait dans la salle à manger était assourdissant, seulement brisé par le tintement de ma cuillère contre ma tasse en céramique alors que je remuais mon thé.Une fois mon petit-déjeuner terminé, la domestique revint débar







