LOGINJamesDeux semaines plus tard, je pars.Cheval. Bagage léger. Une escorte de deux gardes jusqu'aux marches du nord — au-delà, je continuerai seul. Darius m'a fait promettre d'écrire un pigeon par lune. Je le ferai. Il m'a fait promettre aussi de rentrer dans six lunes maximum. Je le ferai aussi.À la grille du château, il est là pour me saluer. Il porte sa tunique de Bêta, la broche à sa boutonnière. Il tient une petite boîte de bois dans les mains.— James.— Darius.— Une dernière chose avant que tu partes.— Oui.Il tend la boîte.— Ouvre.Je l'ouvre.À l'intérieur, le médaillon.Il est là. Réparé. Le fermoir remplacé. Les deux mèches à l'intérieur, intactes. Une chaîne neuve — plus solide, en argent véritable, plus longue que l'ancienne.Je le regarde. Je regarde Darius.— Tu l'as fait réparer ?— Cette nuit. J'ai réveillé le meilleur orfèvre du bourg. Je l'ai payé le triple pour qu'il travaille jusqu'à l'aube.— Pourquoi ?— Parce que je me suis trompé, il y a deux semaines. Je t
Je me penche en avant.— Tu veux mourir ? Meurs. Personne ne te retiendra si tu veux mourir vraiment. Mais avant de mourir, deviens l'homme qu'elle méritait. Deviens l'Alpha que ta lignée aurait dû produire depuis trois générations. Deviens le fils que ton père n'a pas voulu que tu sois. Deviens quelqu'un — quelqu'un dont tu serais fier si tu le croisais dans un miroir. Ainsi, si la Lune est juste, dans ta prochaine vie, tu pourras la regarder sans honte.Il ne bouge pas. Il ne dit rien.— Deux ans, James. Deux ans à faire semblant de gouverner en réparant des ponts. Ce n'est pas assez. Il faut plus. Il faut que tu ailles chercher, en toi, ce qui reste à démolir. Le Sage te l'avait dit — tu n'avais pas fini quand tu es parti. Tu n'as pas fini. Tu le sais.— Je ne peux pas retourner à la caverne.— Pourquoi ?— Parce que le Sage est mort.Je m'arrête.— Depuis quand ?— Trois lunes. Un colporteur du nord me l'a dit. Il est mort dans sa caverne, seul, comme il avait vécu. Il n'y a plus
Le nom sort. Il vole dans le vent. Il part vers l'ouest. Il traverse les collines de Sylvanie. Il descend les vallées. Il monte les cols. Il arrive — peut-être, dans mon rêve idiot — jusqu'à la bergerie au pied du pic de la Louve, où une femme aux cheveux longs et bruns lève un instant la tête de sa toile, croit avoir entendu quelque chose, hausse les épaules, se remet à peindre.Ou peut-être qu'il n'arrive nulle part. Peut-être qu'il se disperse dans les hauteurs du ciel violet. Peut-être que le vent l'emporte vers un pays inconnu.Peu importe.Je l'ai lancé.C'est un cri sans réponse. Je le savais avant de crier. Je l'ai fait quand même. C'est le seul rituel qui me reste — un cri par an, en haut de la Tour du Vent, un premier jour du mois des Fleurs de Cerisier. Je le referai l'an prochain. Et l'année d'après. Et l'année d'après.Peut-être un jour, dans dix ans, dans vingt, quelqu'un me répondra depuis les collines. Peut-être pas.Cela ne me tourmentera plus. Je le sais maintenant.
JamesUn an a passé.Un an entier, exactement , nous sommes au premier jour du mois des Fleurs de Cerisier, un an jour pour jour après le banquet où elle a bu le champagne. Un an jour pour jour après le rituel de rupture. Un an jour pour jour après le manteau que je lui ai posé sur les épaules.Je suis seul, au sommet de la plus haute tour d'Argentel — la Tour du Vent, celle qu'on n'utilise plus depuis l'époque de mon grand-père, celle où l'on montait pour guetter les invasions du nord au temps où le nord était encore dangereux. Cent trente-sept marches. Une plateforme carrée de dix pas de côté. Un vieux mât cassé où pendait autrefois une bannière. Le vent — le vent d'ouest qui souffle toujours ici, même par temps calme, parce que la tour dépasse les autres et attrape des courants qui n'existent
Marthe s'assied en face de moi, sur une chaise. Elle attend. Elle ne me presse pas.— Comment... comment savais-tu que je viendrais ?— Il me l'a dit. Une semaine avant de mourir. Il m'avait fait venir de mon village pour ranger sa boutique — il commençait à sentir la fatigue, il voulait mettre de l'ordre. Il m'a dit : Marthe, une jeune femme va peut-être passer. Une jeune femme aux cheveux longs, brunie par le soleil de montagne. Elle s'appelle Alice. Si elle vient, garde-la à dîner. Fais-lui du thé. Elle est ma fille par le cœur, à défaut du sang. Traite-la comme telle. Voilà ce qu'il m'a dit. Alors quand vous avez frappé, j'ai compris.Une larme monte. Je la laisse couler. Ce n'est pas grave — Marthe est une femme qui a beaucoup pleuré ces trois dernières semaines, elle sait ce que c'est.— Il t'a laissé une lettre,
AliceJe repars à l'aube.Berthilde m'a préparé un baluchon avec du pain, du fromage, deux pommes, une gourde d'eau. Je la paie. Elle ne veut pas d'argent. Je pose les pièces sur son comptoir quand même. Elle hoche la tête sans un mot. C'est une femme qui a compris beaucoup de choses en une nuit et qui ne posera jamais aucune question.Le ciel de juillet est déjà clair à cinq heures. Une brume basse traîne sur les prés d'Argentel. Un premier merle chante. Mon cheval — un cheval de louage, tranquille et solide — piaffe doucement à l'attache.Je monte. Je pars au pas sur la route de Valombre.Je ne me retourne pas.Je ne regarde pas les tours d'Argentel derrière moi. Je ne regarde pas les bannières bleu et argent qui doivent flotter dans la brume à cette heure. Je ne regarde pas les silhouettes des gardes de nuit qui







