LOGINPov: Silas
La porte de mon bureau coulissa avec un sifflement pneumatique qui, d'ordinaire, imposait le silence instantané. Mais ce matin, l'air du couloir était une agression. Une odeur écœurante de sucre bon marché et de phéromones forcées s'engouffra dans mes narines, me tirant de ma torpeur administrative.
Je détestais qu'on force ma main, même pour mon propre plaisir.
— Marcus, qu’est-ce que c’est que ça ? grognai-je en m'avançant sur le tapis épais.
Mes yeux balayèrent les deux silhouettes adossées au mur. Des Omégas. De la chair fraîche, habillée comme pour un club de seconde zone à Vegas. Le cuir blanc, la soie transparente... un étalage de soumission si flagrant qu’il en devenait presque ennuyeux. Mon corps d'Alpha réagit par pur instinct, une chaleur lourde s'installant dans mes reins, mais mon esprit, lui, restait de glace. C’était trop facile. Trop prévisible.
Je m'apprêtais à ordonner à Marcus de les faire dégager
ou de les envoyer m'attendre dans ma suite privée
quand mon regard dévia.
Juste là, à quelques mètres, mon nouveau secrétaire n’avait pas bougé d’un iota.
Vance.
Il était penché sur ses dossiers, le dos bien droit, la nuque exposée sous la lumière crue des néons. Il semblait être l'antithèse absolue de la débauche qui s'exhibait devant lui. Et pourtant, alors que je passais à sa hauteur, il leva lentement les yeux.
Le choc fut physique.
Derrière ses verres de lunettes, ses pupilles n'étaient pas fuyantes comme celles des deux éphèbes. Il me regardait avec une soumission de façade, la tête légèrement inclinée, mais au fond de ses yeux, je vis passer une lueur... une braise sombre, dévorante, qui ne demandait qu'à m'incendier. Ce n'était pas de l'admiration. C'était autre chose. Une intensité que je n'avais jamais rencontrée chez un Oméga.
Pendant une seconde, le parfum de musc des deux autres disparut. Je ne sentis plus que l'odeur de Vance : quelque chose de propre, de subtil, comme du papier ancien et une note de pluie lointaine. Un parfum qui, étrangement, fit gratter mon loup intérieur contre mes côtes.
— Monsieur Thorne ? murmura Vance d'une voix de velours, brisant le silence. Le dossier Raven est prêt. Souhaitez-vous que je vous l'apporte... ou êtes-vous occupé ?
Il ne regarda même pas les deux Omégas. Il m'ancrait là, au milieu du hall, me défiant silencieusement de choisir entre la distraction facile et le travail qu'il tenait entre ses doigts fins.
L'un des Omégas en cuir s'approcha pour poser une main sur mon bras, mais je le repoussai d'un geste sec, mes yeux toujours fixés sur Vance. Ce secrétaire avait quelque chose de dérangeant. Quelque chose qui me donnait envie de lui arracher ses lunettes pour voir si ce regard brûlant était une illusion ou une promesse.
— Apporte-moi ce dossier, Vance, ordonnai-je, ma voix plus rauque que je ne l'aurais voulu. Tout de suite.
Je tournai les talons pour regagner mon bureau, ignorant les deux "cadeaux" de Marcus.
Dante vance
Je suivis Silas dans l’antre du fauve. L’air du bureau était saturé de son aura, une pression invisible que n'importe quel Oméga normal aurait trouvée étouffante. Pour moi, c’était un défi silencieux.
Je posai le dossier Raven sur le bois sombre de son bureau avec une précision millimétrée. Je savais ce qui allait suivre. J'avais moi-même glissé ces trois erreurs subtiles dans les clauses de fusion
des détails que seule une intelligence supérieure ou un paranoïaque de son calibre remarquerait. Je voulais tester ses limites. Je voulais voir le monstre sortir de sa cage.
Silas ne s’assit même pas. Il feuilleta les pages d'un geste brusque, ses yeux d'orage balayant les lignes. Soudain, le silence fut rompu par le bruit sec du papier froissé.
— C’est quoi cette merde, Vance ? saigna-t-il.
Avant que je ne puisse répondre, il saisit le dossier et le projeta avec une violence sauvage. Les feuilles volèrent, s'éparpillant contre mon torse avant de glisser au sol comme des ailes brisées. L'une d'elles m'écorcha légèrement la joue, mais je ne cillai pas.
— Trois erreurs de calcul sur les dividendes de sortie. Trois ! rugit-il en contournant le bureau pour réduire la distance entre nous. Tu es payé pour être une machine, pas pour rêvasser
Il s'arrêta à quelques centimètres de moi. Son odeur de cèdre et de fureur m'assaillit. Il plongea sa main dans mes cheveux, saisissant l'arrière de ma nuque pour me forcer à lever le visage vers lui. Sa poigne était brutale, humiliante.
— Regarde-moi quand je te parle, petit Oméga inutile. Tu penses que ton joli regard va compenser ton incompétence ? Tu n'es rien ici. Juste une ombre que je peux effacer d'un claquement de doigts. Ramasse ça. À genoux.
À l'extérieur, mon visage restait de marbre, mes yeux fixés sur le nœud de sa cravate, l'image même de la soumission brisée. Mais à l'intérieur, le Stigma hurlait.
Chaque fibre de mon être bouillonnait d'une puissance qui aurait pu réduire ce bureau en cendres et briser les os de Silas d'une simple pensée. Ma pression de prédateur pulsait sous ma peau, menaçant de déchirer mes bloqueurs hormonaux. Le voir me traiter ainsi, moi, l'homme qui contrôlait les réseaux les plus dangereux du pays, était une ironie presque insupportable.
« À genoux ? » pensai-je, alors que mon sang devenait de la lave. « Silas, si tu savais que je pourrais te forcer à ramper jusqu'à mes pieds en une seule expiration... »
La sensation de sa main sur ma nuque réveillait pourtant ce lien de compagnon maudit, créant un court-circuit entre ma haine et mon désir. Je voulais lui briser le poignet, et en même temps, je voulais qu'il serre plus fort.
Je me laissai glisser lentement au sol, feignant la crainte. Je ramassai les feuilles éparpillées une à une, mes doigts frôlant ses chaussures de luxe.
— Je vous présente mes excuses, Monsieur Thorne, murmurai-je, ma voix tremblante juste ce qu'il fallait. Cela ne se reproduira plus.
En tendant le dossier vers lui, je levai les yeux. À travers mes verres de lunettes, je ne lui offris pas la peur qu'il attendait. Je lui offris un aperçu du gouffre. Un éclair de supériorité si pur, si glacial, que je vis ses pupilles se rétracter d'instinct.
Jouis de ton petit moment de gloire, Silas, pensai-je en sentant l'énergie du Stigma vibrer au bout de mes doigts. Car bientôt, ce ne seront pas des dossiers que tu jetteras, mais ton orgueil, quand tu réaliseras que l'Oméga que tu piétines est le seul maître que tu n'auras jamais.
Le ciel de Mexico était une nappe de velours noir, striée par les lumières acides de la ville. À trente kilomètres au sud, dans une hacienda fortifiée appartenant au cartel de Sinaloa, l'air était poisseux de corruption et de poudre.Dante Vance ne portait plus ses lunettes. Ses yeux, d'un ambre électrique dans l'obscurité, fixaient le complexe à travers la visière thermique de son casque. Il était entouré de douze hommes, l'élite de sa garde privée, tous des Alphas de haut rang, mais qui, en cet instant, ne respiraient que par son commandement.— Approche furtive terminée. Brouillage des communications activé, murmura Elias dans l'oreillette.Dante ne répondit pas. Il fit un geste de la main, et les ombres s'animèrent.L'entrée fut une explosion de précision. Les sentinelles du cartel s'écroulèrent avant même de comprendre que la mort venait de franchir leurs murs. Mais le véritable chaos commença dans la cour centrale, là où le chef du cartel, entouré de trente mercenaires armés jus
Le domaine des Thorne, une forteresse de marbre et d'acier nichée sur les hauteurs de la ville, s'éveilla à l'arrivée du maître des lieux. Le convoi de berlines noires s'immobilisa devant le perron monumental, et une escouade de gardes du corps, aux visages de pierre, se déploya instantanément pour former une haie d'honneur.Silas franchit le seuil, son manteau jeté sur l'épaule, l'aura encore sombre de sa journée électrique au bureau. Mais à peine eut-il posé un pied dans le grand hall que le tumulte de la vie domestique brisa son silence de glace.— Silas ! Enfin te voilà !Sa mère, Eleanor Thorne, une femme dont l'élégance n'avait d'égale que la fermeté, s'avança vers lui. À ses côtés, son père, le vieux lion Alistair, observait son fils avec un mélange de fierté et d'exigence. Dans le salon, les éclats de rire de ses deux jeunes frères, Liam et Caleb, résonnaient contre les murs chargés d'art moderne.— Tu as l'air d'avoir passé la journée à étrangler des banquiers, mon fils, lanç
Pov: SilasLa porte de mon bureau coulissa avec un sifflement pneumatique qui, d'ordinaire, imposait le silence instantané. Mais ce matin, l'air du couloir était une agression. Une odeur écœurante de sucre bon marché et de phéromones forcées s'engouffra dans mes narines, me tirant de ma torpeur administrative.Je détestais qu'on force ma main, même pour mon propre plaisir.— Marcus, qu’est-ce que c’est que ça ? grognai-je en m'avançant sur le tapis épais.Mes yeux balayèrent les deux silhouettes adossées au mur. Des Omégas. De la chair fraîche, habillée comme pour un club de seconde zone à Vegas. Le cuir blanc, la soie transparente... un étalage de soumission si flagrant qu’il en devenait presque ennuyeux. Mon corps d'Alpha réagit par pur instinct, une chaleur lourde s'installant dans mes reins, mais mon esprit, lui, restait de glace. C’était trop facile. Trop prévisible.Je m'apprêtais à ordonner à Marcus de les faire dégagerou de les envoyer m'attendre dans ma suite privéequand mo
Pov: DanteLe lendemain matin, devant les portes de verre de la Tour Thorne, je réajustai mes lunettes. Ce simple geste était mon ancrage, le rituel qui me permettait de verrouiller le monstre en moi et de laisser place à l'automate.À travers le reflet de la vitre, je vis un homme frêle, le regard baissé, le teint délavé par les néons de l'ascenseur. Personne ne pouvait deviner que sous cette chemise trop empesée battait le cœur du Stigma. Et encore moins que ce cœur, malgré toute la haine qu'il avait cultivée, portait une cicatrice indélébile nommée Silas.Je me souvenais de lui, enfant. Il avait déjà cette lumière, cette force brute qui attirait tout à elle. Je l'avais aimé dans le silence des bibliothèques et l'ombre des jardins partagés de notre jeunesse. Mais Silas n'aimait pas ce qui était discret. Il aimait ce qui brillait, ce qui se brisait, ce qui flattait son ego démesuré d'Alpha.L'arrogance avait fini par dévorer le garçon que j'avais connu.« Je suis ton compagnon, Silas
Le 62ème étage de la Tour Thorne ne connaissait pas de saisons. Ici, le climat était régi par une seule force de la nature : l'humeur de Silas Thorne. Et ce matin-là, l'air était chargé d'une électricité statique si dense qu'elle faisait grésiller les nerfs de quiconque osait franchir les portes en verre dépoli.À travers les baies vitrées panoramiques, la ville s'étalait, minuscule, soumise. Mais à l'intérieur, l'ambiance était glaciale.Silas se tenait debout derrière son bureau en acajou noir, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon de costume sur mesure. Son aura d'Alpha pur-sang saturait la pièce, une pression invisible qui forçait les poumons de ses subordonnés à se contracter.— Explique-moi encore une fois, Marcus, commença Silas d'une voix basse, dangereusement calme. Pourquoi mon agenda est-il vide pour cet après-midi alors que la fusion avec le groupe Raven est en jeu ?Marcus, le chef des opérations et lui-même un Bêta robuste, sentit une goutte de sueur perler
Dans cette métropole de verre et d'acier, le pouvoir ne s'achète pas toujours avec de l'or. Il se gagne dans le silence, à l'abri des regards, là où les prédateurs les plus féroces ne soupçonnent jamais la présence d'un rival. Et dans cette jungle urbaine, deux mondes s'apprêtaient à entrer en collision, menaçant de réduire en cendres des décennies de certitudes.Silas Thorne.Ce nom résonnait dans les conseils d'administration comme un coup de tonnerre. Alpha pur-sang, héritier d'une lignée dont le sang bouillait d'une arrogance ancestrale, il était le soleil autour duquel gravitaient les planètes. Pour Silas, la vie était une succession de victoires faciles. À la tête d'un empire financier colossal, il marchait avec la certitude de celui qui ne peut être brisé.Pour lui, les Omégas n'étaient que du vent. Des créatures de soie et de soumission, des distractions nécessaires à sa nature dominante, mais dont il oubliait le visage sitôt la porte de sa chambre refermée. Il aimait leur par