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La renconte

Author: Dija831
last update publish date: 2026-03-30 21:36:34

Pov: Dante

Le lendemain matin, devant les portes de verre de la Tour Thorne, je réajustai mes lunettes. Ce simple geste était mon ancrage, le rituel qui me permettait de verrouiller le monstre en moi et de laisser place à l'automate.

À travers le reflet de la vitre, je vis un homme frêle, le regard baissé, le teint délavé par les néons de l'ascenseur. Personne ne pouvait deviner que sous cette chemise trop empesée battait le cœur du Stigma. Et encore moins que ce cœur, malgré toute la haine qu'il avait cultivée, portait une cicatrice indélébile nommée Silas.

Je me souvenais de lui, enfant. Il avait déjà cette lumière, cette force brute qui attirait tout à elle. Je l'avais aimé dans le silence des bibliothèques et l'ombre des jardins partagés de notre jeunesse. Mais Silas n'aimait pas ce qui était discret. Il aimait ce qui brillait, ce qui se brisait, ce qui flattait son ego démesuré d'Alpha.

L'arrogance avait fini par dévorer le garçon que j'avais connu.

« Je suis ton compagnon, Silas, » pensai-je alors que l'ascenseur grimpait vers le 62ème étage. « Le destin nous a liés par le sang et l'âme, mais tu es trop aveuglé par ta propre gloire pour ressentir ce lien. »

C'était l'ironie suprême de ma vie. Mon instinct me hurlait de le protéger, de me blottir contre lui, tandis que mon intellect me commandait de l'anéantir. Puisque Silas ne voulait pas d'un partenaire, il aurait un maître. Puisqu'il méprisait l'amour, il goûterait à la soumission.

Les portes s'ouvrirent. Marcus m'attendait, l'air tendu.

— Vance ? Vous êtes en avance. C'est bien. Un conseil : ne le regardez pas dans les yeux, ne parlez pas si on ne vous interroge pas, et surtout, ne tremblez pas. Il déteste ça.

Je lui adressai un sourire timide, parfaitement dosé.

— Merci du conseil, Monsieur. Je ferai de mon mieux pour être... invisible.

Marcus me fit signe d'entrer dans le bureau directorial. L'air y était saturé par l'odeur de Silas : un mélange de cèdre, de cuir et de cette puissance sauvage qui caractérisait les Alphas de sa lignée. Mon loup intérieur gratta contre ses chaînes, reconnaissant son alter ego, son autre moitié.

Tais-toi, lui ordonnai-je mentalement.

Silas était dos à moi, observant Chicago. Il ne daigna même pas se retourner. Sa présence remplissait la pièce, lourde, oppressante, faite pour écraser toute velléité de résistance chez un Oméga normal.

— Posez votre dossier sur le bureau et commencez par classer les rapports Raven par ordre de priorité, lança-t-il d'une voix qui fit vibrer ma colonne vertébrale. Si vous n'êtes pas capable de finir avant dix heures, ne vous donnez même pas la peine de revenir demain.

Il ne m'avait pas regardé. Il ne m'avait pas salué. Pour lui, j'étais déjà une ombre sans visage.

Une douleur familière me pinça le torse, vite remplacée par une satisfaction glaciale. Silas Thorne venait d'inviter son destin dans son lit, et il pensait simplement avoir engagé un nouveau larbin.

— Bien, Monsieur Thorne, répondis-je d'une voix douce, presque soumise.

Je m'installai à mon poste, mes doigts survolant le clavier avec une précision de chirurgien. Le jeu pouvait commencer. Il ignorait que chaque seconde passée dans cette pièce me permettait de cartographier son âme, ses secrets, et la trajectoire exacte de sa chute.

Silas voulait un fantôme ? Il allait découvrir que les fantômes sont les seuls à pouvoir vous hanter jusqu'à la folie.

Il etait 16h,

Le 62ème étage de la Tour Thorne, d’ordinaire réglé comme une horloge suisse, fut soudainement perturbé par une effervescence inhabituelle près des ascenseurs privés. Marcus, le chef des opérations, sentit une veine battre sur sa tempe en voyant les deux nouveaux arrivants s'extirper de la cabine dorée.

C’étaient deux Oméga mâles, la peau satinée et le regard provocateur, vêtus de ce que Marcus ne pouvait qualifier que de « tenues indécentes » pour un lieu de travail. Le premier portait un pantalon de cuir blanc si serré qu'il ressemblait à une seconde peau, surmonté d'une chemise de soie transparente déboutonnée jusqu'au nombril. Le second, plus audacieux encore, arborait un harnais de cuir noir sous une veste de velours rouge, laissant deviner une musculature fine et entretenue.

Leur parfum, un mélange capiteux de musc et de vanille, commença à saturer l'espace de travail, une agression olfactive destinée à titiller l'instinct de n'importe quel Alpha à proximité.

— Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? grogna Marcus en interceptant le duo avant qu’ils ne s’approchent du bureau de Silas.

L’un des Omégas, un jeune homme aux cheveux peroxydés, lui adressa un sourire langoureux en jouant avec le col de sa veste.

— On nous a dit que Monsieur Thorne passait une matinée... tendue. On nous a envoyés pour « détendre » l’atmosphère. Le patron aime la variété, non ?

Marcus jeta un regard nerveux vers le bureau fermé de Silas. Il savait que Thorne ne s’encombrait pas de sentiments et qu’il utilisait souvent des partenaires de passage pour évacuer le stress de ses fusions boursières. C’était la routine pour un Alpha de son rang. Mais aujourd’hui, la présence de ces deux éphèbes dans le hall d’entrée semblait particulièrement déplacée.

À quelques mètres de là, derrière son écran, Dante Vance ne leva pas la tête. Ses doigts continuaient de danser sur le clavier, produisant un cliquetis régulier et apaisant. De l’extérieur, il semblait être l’image même de la concentration servile.

Pourtant, à l'intérieur, le Stigma bouillonnait.

Son odorat surdéveloppé, bien plus fin que celui de n'importe quel Alpha, analysait les effluves bon marché de ces deux intrus. Une insulte. Une pollution. Voir ces êtres venir s'offrir à Silas comme de la viande sur un étalage réveillait en lui une fureur froide qu'il avait du mal à contenir. Ce n'était pas de la jalousie d'Oméga

c'était la possessivité territoriale d'un Stigma qui savait que l'homme dans ce bureau lui appartenait par droit divin et biologique.

« Ils pensent pouvoir calmer la bête ? » pensa Dante avec un mépris souverain. « Ils ne sont que des distractions de bas étage. Silas ne cherche pas du plaisir, il cherche à combler un vide qu'il ne comprend même pas. »

Marcus soupira, faisant signe aux deux Omégas de patienter dans le salon d'attente.

— Restez là. Je vais voir si Monsieur Thorne est disposé à vous recevoir.

Le silence revint dans l’open space, mais il était lourd, poisseux. Dante sentit le regard de l'un des Omégas se poser sur lui, un regard chargé de supériorité.

— Hé, le binoclard, lança le blond en s’esclaffant. Tu devrais déboutonner ton col, tu vas finir par t'étouffer. Ou alors, c'est pour cacher que tu n'as rien d'intéressant à montrer ?

Dante s'arrêta de taper. Une fraction de seconde. Un battement de cœur où l'air de la pièce sembla se raréfier, comme si la pression atmosphérique venait de chuter brutalement. Marcus frissonna sans savoir pourquoi.

Puis, Dante reprit sa frappe, le visage toujours aussi impassible, cachant l'éclair de mort qui venait de traverser ses pupilles.

— Le dossier Raven est prêt, Monsieur Marcus, dit-il d'une voix monocorde, ignorant superbement les provocations. Dois-je l'apporter à Monsieur Thorne maintenant, ou préférez-vous que je laisse ces... invités... passer en premier ?

L'ironie dans sa voix était si subtile que seul un génie aurait pu la percevoir. Le jeu devenait de plus en plus intéressant.

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