Mag-log inLe soleil était à peine levé lorsque Diel ouvrit les yeux, encore engourdi par le sommeil. Une odeur de cuir et de métal flottait déjà dans les couloirs du palais, mêlée à celle plus puissante et musquée… d’un alpha.
Il n’eut pas à chercher bien loin. — Debout, altesse. Ordre de ton père, déclara une voix grave en ouvrant les rideaux sans cérémonie. — Riven ? marmonna Diel en se frottant les yeux. Qu’est-ce que tu fais ici si tôt ? L’alpha sourit, appuyé contre le chambranle de la porte, déjà vêtu de sa tenue d’entraînement. Une tunique noire, des gants à demi retirés, une épée pendue à sa hanche. Il rayonnait d’assurance. — Ton père veut que tu t’entraînes. Et c’est moi qu’il a désigné pour t’y obliger. Diel grogna, tira le drap sur sa tête, puis, à contrecœur, se leva. La salle d’entraînement était grande, pavée de pierres polies, les murs tapissés d’armes en tout genre. Le sol crissait sous les bottes, et la lumière du matin filtrait par les hautes fenêtres. Des soldats s’exerçaient déjà dans un coin, mais l’espace central avait été réservé pour eux. Diel se tenait là, une épée en main, le souffle court, le front perlé de sueur. En face de lui, Riven ne semblait pas même échauffé. Depuis une demi-heure, ils combattaient. Et depuis une demi-heure, Diel perdait. Non pas par manque de courage — mais parce que chaque mouvement de l’alpha était parfaitement exécuté. Fluide. Puissant. Précis. — Encore, ordonna Riven. Diel grimaça mais s’élança, levant son arme avec une rage contenue. Il tenta une feinte sur la gauche, puis une rotation rapide, visant le flanc. Clac. Sa lame fut projetée en l’air avant même qu’il n’ait pu comprendre comment. Riven avait anticipé, contré, puis désarmé… en trois mouvements à peine visibles. — C’est frustrant, hein ? glissa-t-il, un sourire au coin des lèvres. — Tu pourrais… au moins me laisser un peu d’honneur, grogna Diel, essoufflé. — Ce n’est pas de l’honneur que je t’apprends. C’est la survie. Diel voulut répliquer mais une voix derrière eux l’interrompit. — Impressionnant. Ils se retournèrent. Kael. L’empereur. Imposant, vêtu de noir et d’or, les bras croisés sur sa poitrine. Son regard passa brièvement sur son fils, puis s’attarda sur Riven. — Vous avez un style remarquable, lieutenant, dit-il calmement. Bien plus affûté que celui de la plupart de mes généraux. Riven s’inclina légèrement. — Merci, majesté. — Vous accepteriez un échange de coups avec moi ? Juste pour voir. Diel écarquilla les yeux. — Père… — Je ne vais pas le tuer, souffla Kael avec un sourire amusé. Mais je veux tester ce fameux lieutenant. L’occasion est trop belle. Riven hocha la tête, et s’avança sans un mot. Ils s’installèrent en cercle, les soldats autour s’arrêtèrent aussitôt. Le silence se fit dans toute la salle. Les deux alphas se firent face. Un frisson parcourut l’air. Phéromones tendues. Instincts aiguisés. Deux prédateurs dans l’arène. Premier choc. Leurs lames se rencontrèrent dans un éclair d’acier. Kael frappa avec force, Riven recula d’un pas. Deuxième échange. Riven contre-attaque, vif, précis. Les spectateurs retinrent leur souffle. Troisième échange. Kael fronce les sourcils. Il est bon. Très bon. Mais quelque chose cloche. Riven… retient ses coups. Kael le sent. Il feinte une ouverture, volontairement. Riven s’en approche, mais ne frappe pas à pleine puissance. Il laisse tomber sa garde juste assez pour que Kael puisse le désarmer avec panache. — Ah ! déclara l’empereur, triomphant, en plaquant la lame sur l’épaule de Riven. Vous êtes rapide, lieutenant. Mais il vous manque encore un brin de… maîtrise. Riven s’inclina. — Je vous remercie pour la leçon, majesté. Kael recula, satisfait. Mais au fond de lui, un doute venait de naître. Juste une sensation, brève, fugace. Comme une note dissonante au milieu d’un chant parfait. Diel s’approcha de Riven alors que les soldats retournaient à leurs exercices. — Tu l’as laissé gagner, souffla-t-il. Riven ne répondit pas. — Pourquoi ? — Parce que je suis lieutenant. Pas empereur. Il ramassa son épée et la rengaina. Puis il ajouta, d’une voix plus grave : — Il ne faut jamais révéler tout ce qu’on sait faire. Surtout pas ici. Diel le fixa, troublé. — Tu caches des choses. — Toi aussi. Ils restèrent là un moment, face à face, dans le silence chargé d’un non-dit profond. Riven lui adressa un sourire, puis lui tendit la main. — Viens. Je vais t’apprendre à respirer entre les coups. Diel hésita… puis attrapa cette main tendue. Il ignorait encore à quel point elle allait l’attirer — et le lier.Le soleil de la capitale s’étalait sur les dômes dorés du palais. Après des mois d’incertitude et de rumeurs, la cour impériale semblait enfin respirer à nouveau. On murmurait dans les couloirs que « l’harmonie du couple royal » était revenue. Les servantes chuchotaient que Sa Majesté l’empereur Riven avait retrouvé son sourire. Et, plus encore, que son Omega, Diel, paraissait… heureux.Heureux.Le mot faisait rire Diel intérieurement.Mais à l’extérieur, tout semblait vrai.Dans les jardins, on les voyait marcher côte à côte, Riven tenant parfois sa main, échangeant avec lui quelques mots à voix basse. Lorsqu’ils croisaient des nobles, Diel inclinait légèrement la tête, un sourire courtois aux lèvres. Il parlait peu, mais toujours avec douceur, s’adressant à l’empereur d’une voix calme, presque affectueuse.Les conseillers n’en revenaient pas.— Sa Majesté a su apaiser son foyer, disait l’un.— La paix du trône commence toujours par la paix du couple, répondait un autre.— Diel
Riven acquiesça, comme on coche une date sur un calendrier.— Bien. Alors d’ici là, repose-toi. Mange. Et ne t’éloigne pas du palais.Il attrapa sa cape, la jeta sur ses épaules, puis s’arrêta avant de franchir la porte.— Si tu tiens vraiment à ce que notre enfant naisse dans la paix, Diel… ne me trahis plus.La porte se referma sur ses mots.Diel resta seul, immobile, le regard vide. Son cœur battait fort — pas de peur cette fois, mais de soulagement mêlé d’un plan naissant.Trois semaines.Trois semaines avant que Riven ne réclame ce qu’il croyait lui appartenir. Trois semaines pour trouver un moyen de sauver Rim, de fuir peut-être, ou de retourner la situation.Il serra le drap entre ses doigts, le regard fixé sur la fenêtre où la lumière s’élargissait.Riven croyait avoir gagné une promesse.Mais Diel venait, sans qu’il le sache, de gagner du temps.Et parfois, dans un empire bâti sur la peur, le temps était la seule arme encore possible.La nuit tombait lentement sur le pala
Arrivé dans sa chambre, il referma la porte derrière lui et s’appuya contre le bois, épuisé. Le silence pesait comme un fardeau.Ses doigts tremblaient lorsqu’il ôta sa cape. Il marcha jusqu’à la fenêtre, la poussa doucement et laissa entrer la brise nocturne. Le jardin s’étendait sous lui, tranquille, indifférent à sa douleur.Il se laissa glisser sur le sol, les genoux repliés contre lui. Une larme silencieuse roula sur sa joue.Pourquoi rien ne changeait jamais ?Il avait cru, pendant une seconde, qu’il pourrait au moins voir Rim, entendre sa voix, lui dire de tenir bon. Mais même cela lui était refusé.Riven le tenait par la peur, par la loyauté forcée, par le souvenir de ce qu’ils avaient été. Et maintenant, il tenait aussi son seul ami.Diel ferma les yeux, étouffant un sanglot. Des images lui revinrent : Rim dans les jardins, son sourire fatigué, ses mots d’espoir, la promesse qu’ils se reverraient libres.Libres.Le mot lui paraissait désormais étranger, presque cruel.Il rest
Diel secoua la tête, tremblant.— Tu veux tout contrôler, même ma vie, même mon corps… Tu crois que ça te rendra heureux ?Riven se retourna brusquement.— Tu crois que je suis heureux, Diel ? Tu crois que j’ai choisi cette vie ?Il s’approcha, les yeux pleins d’une rage contenue.— Tes parents ont pris tout ce que j’avais ! Ma mère, mon père, mon nom ! Tu as grandi entouré d’amour et de privilèges pendant que moi, je survivais dans la honte !Sa voix monta, brisée par l’émotion.— Et maintenant, c’est à mon tour.Diel recula d’un pas, bouche bée.— Alors tout ça… toute cette haine, ces guerres, ce trône… ce n’était que pour te venger ?Riven eut un sourire triste, presque las.— Appelle ça comme tu veux. Moi, j’appelle ça la justice.Un long silence suivit. On n’entendait plus que le vent qui frappait contre les vitraux. Diel sentit ses jambes fléchir, mais il tint bon.— Tu penses que forcer quelqu’un à te donner un enfant lavera le sang sur tes mains ?— Ce n’est pas une q
Karim le regarda, et pour la première fois depuis son arrivée, son expression changea : la colère laissa place à une peur plus douce, sourde, et à une colère qui ne savait pas vers qui se tourner. Il frappa la grille d’un coup sec, comme on écrase un bruit.— Tu m’écoutes au moins ! dit-il, la voix brisée. Écoute-moi. Si tu veux faire ça — si tu veux te battre avec ta conscience — fais-le proprement. Ne meurs pas pour rien. Ne meurs pas sans qu’on sache pourquoi. Ne donne pas à Riven l’occasion de dire que tu étais un traître. Donne-nous une chance. Fais-le avec raison.Rim cligna des yeux. Il n’avait jamais pensé être soigné au bol de la stratégie par son frère solide, mais là était l’amour fraternel : il savait qu’il n’agirait pas comme un kamikaze. Il hocha la tête une fois, lente comme une concession.— Si je dois partir, déclara-t-il, que ce soit pour un plan. Pas pour un geste impulsif. Pas pour une rébellion sans tête. Si je tombe, je veux que cela compte. Je veux que ma mort a
La cellule sentait la poussière froide et le cuir humide. Une mince fenêtre, haute et grillagée, laissait passer un hiver blafard qui peinait à réchauffer la pierre. Rim était assis, les poignets encore marqués des liens qui l’avaient serré la veille ; sa tempe cicatrisait mal, un filet de peau collée par la boue et le sang séché. Il avait passé la nuit à écouter les bruits du fort : le craquement des armures, les rires des gardes au bout du couloir, la plainte lointaine d’un cor. L’humiliation publique l’obsédait moins que l’idée d’avoir mis Diel en danger. Pourtant, il n’avait aucun regret.On frappa à la porte avec une impulsion nerveuse. Une ouverture réduite craqua ; un regard sombre apparut, puis une voix rauque, pressée.— Rim ! cria une voix familière, outrageuse de colère et de peur mêlées.Karim entra d’un bond, grand, les traits tirés. Le frère de Rim portait encore l’odeur du voyage : la terre humide, le sel de la route, la fumée de la halle. Il avait les mains calleuses,
Le vent soufflait fort ce matin-là sur le palais impérial. Diel, désormais âgé de dix-sept ans, contemplait l’horizon depuis la haute tour des archives. Sous son manteau noir aux broderies dorées, il cachait la clé qu’il utilisait pour s’échapper par la petite grille du mur est. Cela faisait des an
La nuit était tombée sur le palais, paisible, silencieuse, douce. Une brise légère passait à travers les fenêtres entrouvertes, faisant danser les rideaux blancs dans un ballet discret.Diel était couché dans son grand lit, les draps soigneusement tirés sur lui. Ses paupières clignaient lentement,
La lune filtrait à travers les rideaux fins, jetant une lumière bleutée sur les tentures dorées et les coussins brodés de la chambre princière. Le palais dormait, bercé par le silence solennel de la nuit.Diel, étendu sur le dos, respirait calmement. Il avait mis du temps à trouver le sommeil, hant
Le palais était endormi sous le voile paisible de la nuit. Seuls les gardes en faction patrouillaient silencieusement dans les couloirs. Diel, enveloppé dans une longue cape brune, s’était faufilé par une petite issue dissimulée derrière les serres impériales, là où peu de monde allait à cette heur







