FAZER LOGINLe soleil de la capitale s’étalait sur les dômes dorés du palais. Après des mois d’incertitude et de rumeurs, la cour impériale semblait enfin respirer à nouveau. On murmurait dans les couloirs que « l’harmonie du couple royal » était revenue. Les servantes chuchotaient que Sa Majesté l’empereur Riven avait retrouvé son sourire. Et, plus encore, que son Omega, Diel, paraissait… heureux.Heureux.Le mot faisait rire Diel intérieurement.Mais à l’extérieur, tout semblait vrai.Dans les jardins, on les voyait marcher côte à côte, Riven tenant parfois sa main, échangeant avec lui quelques mots à voix basse. Lorsqu’ils croisaient des nobles, Diel inclinait légèrement la tête, un sourire courtois aux lèvres. Il parlait peu, mais toujours avec douceur, s’adressant à l’empereur d’une voix calme, presque affectueuse.Les conseillers n’en revenaient pas.— Sa Majesté a su apaiser son foyer, disait l’un.— La paix du trône commence toujours par la paix du couple, répondait un autre.— Diel
Riven acquiesça, comme on coche une date sur un calendrier.— Bien. Alors d’ici là, repose-toi. Mange. Et ne t’éloigne pas du palais.Il attrapa sa cape, la jeta sur ses épaules, puis s’arrêta avant de franchir la porte.— Si tu tiens vraiment à ce que notre enfant naisse dans la paix, Diel… ne me trahis plus.La porte se referma sur ses mots.Diel resta seul, immobile, le regard vide. Son cœur battait fort — pas de peur cette fois, mais de soulagement mêlé d’un plan naissant.Trois semaines.Trois semaines avant que Riven ne réclame ce qu’il croyait lui appartenir. Trois semaines pour trouver un moyen de sauver Rim, de fuir peut-être, ou de retourner la situation.Il serra le drap entre ses doigts, le regard fixé sur la fenêtre où la lumière s’élargissait.Riven croyait avoir gagné une promesse.Mais Diel venait, sans qu’il le sache, de gagner du temps.Et parfois, dans un empire bâti sur la peur, le temps était la seule arme encore possible.La nuit tombait lentement sur le pala
Arrivé dans sa chambre, il referma la porte derrière lui et s’appuya contre le bois, épuisé. Le silence pesait comme un fardeau.Ses doigts tremblaient lorsqu’il ôta sa cape. Il marcha jusqu’à la fenêtre, la poussa doucement et laissa entrer la brise nocturne. Le jardin s’étendait sous lui, tranquille, indifférent à sa douleur.Il se laissa glisser sur le sol, les genoux repliés contre lui. Une larme silencieuse roula sur sa joue.Pourquoi rien ne changeait jamais ?Il avait cru, pendant une seconde, qu’il pourrait au moins voir Rim, entendre sa voix, lui dire de tenir bon. Mais même cela lui était refusé.Riven le tenait par la peur, par la loyauté forcée, par le souvenir de ce qu’ils avaient été. Et maintenant, il tenait aussi son seul ami.Diel ferma les yeux, étouffant un sanglot. Des images lui revinrent : Rim dans les jardins, son sourire fatigué, ses mots d’espoir, la promesse qu’ils se reverraient libres.Libres.Le mot lui paraissait désormais étranger, presque cruel.Il rest
Diel secoua la tête, tremblant.— Tu veux tout contrôler, même ma vie, même mon corps… Tu crois que ça te rendra heureux ?Riven se retourna brusquement.— Tu crois que je suis heureux, Diel ? Tu crois que j’ai choisi cette vie ?Il s’approcha, les yeux pleins d’une rage contenue.— Tes parents ont pris tout ce que j’avais ! Ma mère, mon père, mon nom ! Tu as grandi entouré d’amour et de privilèges pendant que moi, je survivais dans la honte !Sa voix monta, brisée par l’émotion.— Et maintenant, c’est à mon tour.Diel recula d’un pas, bouche bée.— Alors tout ça… toute cette haine, ces guerres, ce trône… ce n’était que pour te venger ?Riven eut un sourire triste, presque las.— Appelle ça comme tu veux. Moi, j’appelle ça la justice.Un long silence suivit. On n’entendait plus que le vent qui frappait contre les vitraux. Diel sentit ses jambes fléchir, mais il tint bon.— Tu penses que forcer quelqu’un à te donner un enfant lavera le sang sur tes mains ?— Ce n’est pas une q
Karim le regarda, et pour la première fois depuis son arrivée, son expression changea : la colère laissa place à une peur plus douce, sourde, et à une colère qui ne savait pas vers qui se tourner. Il frappa la grille d’un coup sec, comme on écrase un bruit.— Tu m’écoutes au moins ! dit-il, la voix brisée. Écoute-moi. Si tu veux faire ça — si tu veux te battre avec ta conscience — fais-le proprement. Ne meurs pas pour rien. Ne meurs pas sans qu’on sache pourquoi. Ne donne pas à Riven l’occasion de dire que tu étais un traître. Donne-nous une chance. Fais-le avec raison.Rim cligna des yeux. Il n’avait jamais pensé être soigné au bol de la stratégie par son frère solide, mais là était l’amour fraternel : il savait qu’il n’agirait pas comme un kamikaze. Il hocha la tête une fois, lente comme une concession.— Si je dois partir, déclara-t-il, que ce soit pour un plan. Pas pour un geste impulsif. Pas pour une rébellion sans tête. Si je tombe, je veux que cela compte. Je veux que ma mort a
La cellule sentait la poussière froide et le cuir humide. Une mince fenêtre, haute et grillagée, laissait passer un hiver blafard qui peinait à réchauffer la pierre. Rim était assis, les poignets encore marqués des liens qui l’avaient serré la veille ; sa tempe cicatrisait mal, un filet de peau collée par la boue et le sang séché. Il avait passé la nuit à écouter les bruits du fort : le craquement des armures, les rires des gardes au bout du couloir, la plainte lointaine d’un cor. L’humiliation publique l’obsédait moins que l’idée d’avoir mis Diel en danger. Pourtant, il n’avait aucun regret.On frappa à la porte avec une impulsion nerveuse. Une ouverture réduite craqua ; un regard sombre apparut, puis une voix rauque, pressée.— Rim ! cria une voix familière, outrageuse de colère et de peur mêlées.Karim entra d’un bond, grand, les traits tirés. Le frère de Rim portait encore l’odeur du voyage : la terre humide, le sel de la route, la fumée de la halle. Il avait les mains calleuses,
La lune filtrait à travers les rideaux fins, jetant une lumière bleutée sur les tentures dorées et les coussins brodés de la chambre princière. Le palais dormait, bercé par le silence solennel de la nuit.Diel, étendu sur le dos, respirait calmement. Il avait mis du temps à trouver le sommeil, hant
Le palais était endormi sous le voile paisible de la nuit. Seuls les gardes en faction patrouillaient silencieusement dans les couloirs. Diel, enveloppé dans une longue cape brune, s’était faufilé par une petite issue dissimulée derrière les serres impériales, là où peu de monde allait à cette heur
La lumière tiède de l’après-midi baignait la chambre impériale. Un parfum doux de fleurs séchées flottait dans l’air tandis que les rideaux de lin ondulaient doucement sous la brise. Assise sur un coussin au sol, Lenae peignait lentement les cheveux sombres et soyeux de Yara, sa petite fille de sep
Le soleil était à peine levé lorsque Diel ouvrit les yeux, encore engourdi par le sommeil. Une odeur de cuir et de métal flottait déjà dans les couloirs du palais, mêlée à celle plus puissante et musquée… d’un alpha.Il n’eut pas à chercher bien loin.— Debout, altesse. Ordre de ton père, déclara u






