เข้าสู่ระบบ
Althéa
La lueur froide de l'écran me picote les yeux. Je passe un pinceau minuscule sur la joue fissurée d'une statuette d'Artémis, essayant de concentrer toute mon attention sur cette infime réparation. C'est mon refuge, ce musée, après les heures d'ouverture. Le silence n'y est troublé que par le léger crépitement des néons et le frottement feutré de mes outils. Ici, je contrôle tout. Ici, rien ne peut craquer de manière inattendue.
Ces derniers temps, pourtant, tout semble craquer autour de moi. Une tension étrange, comme un bourdonnement à peine audible, s'est installée dans ma nuque. Et ces migraines... elles arrivent avec la nuit, pulsantes, chaudes. Je me surprends parfois à humer l'air, comme pour y déceler une odeur que je ne peux identifier. Une odeur de terre mouillée, de métal et de... quelque chose d'autre. Quelque chose de sauvage.
Je range délicatement Artémis dans son écrin. La nuit est tombée depuis longtemps. En passant devant une vitrine, mon reflet me surprend : une jeune femme trop pâle, des cernes qui soulignent des yeux trop vifs. J'ai l'air d'une bête traquée. C'est ridicule.
Je pousse la lourde porte de service et plonge dans la ruelle sombre qui sert de raccourci vers mon appartement. L'air est frais, humide. C'est alors que ça me frappe, plus fort que d'habitude.
Une odeur.
Ce n'est plus une suggestion. C'est une gifle. Du sang. Du sang et de la peur, aigres, métalliques. Mon estomac se soulève, mais en même temps, une partie de moi, une partie que je ne connais pas, se redresse, attentive, presque... excitée. La peur se transforme en un instinct primaire, aiguisé. Je ne suis plus Althéa la restauratrice. Je suis une proie qui a senti le prédateur.
Des pas précipités résonnent derrière moi. Lourds. Plusieurs paires.
— Ne fais pas de bruit. Viens avec nous, ça ira mieux.
La voix est grave, impersonnelle. Je me fige, le dos collé au mur froid de la brique. Trois silhouettes massives bloquent le chemin. Leurs contours dansent devant mes yeux, mais je les sens plus que je ne les vois. La sueur, le cuir, l'acier. Et cette odeur de mort.
Mon cœur bat à tout rompre, un tambour affolé dans ma poitrine. Mais sous la panique, quelque chose d'autre gronde. Une colère froide. Un refus.
— Laissez-moi tranquille.
Ma propre voix est un souffle rauque, que je reconnais à peine.
L'un des hommes avance, la main tendue. Son odeur est la pire. Celle du sang.
Et c'est à ce moment-là que tout bascule.
Le monde explose en un kaléidoscope de sensations. Les néons de la rue deviennent des soleils aveuglants. Le grattement d'une poubelle au loin est un vacarme assourdissant. Je peux compter les grains de sueur sur le front de l'homme qui avance. Je peux sentir son pouls battre sous sa peau.
Je vois le mouvement avant qu'il ne se produire. Sa main qui se referme pour m'attraper.
Un grognement, bas, guttural, déchire ma gorge. Ce n'est pas moi. Ça ne peut pas être moi.
— Qu'est-ce que... ?
L'homme a une seconde d'hésitation. C'est tout ce qu'il faut.
Une ombre se détache de l'obscurité, plus rapide que mon propre souffle. Elle passe devant moi comme un courant d'air, frappant le premier homme avec une précision et une violence qui me coupent le souffle. J'entends un craquement net, un cri étouffé.
Les deux autres réagissent, mais ils sont lents, si lents. L'ombre danse entre eux. C'est un homme. Grand, vêtu d'un manteau sombre. Ses mouvements sont d'une économie mortelle. Pas un geste de trop. Pas un son.
En quelques secondes, c'est fini. Les trois hommes sont au sol, immobiles. L'odeur de sang, maintenant, est la leur.
L'étranger se tourne vers moi. La lumière faible éclaire un visage aux angles durs, taillé dans la pierre. Des yeux d'un gris d'acier qui me scrutent, ne manquant rien de ma terreur, de ma confusion, du tremblement incontrôlable de mes mains. Il ne respire même pas plus vite.
— Althéa.
Il connaît mon nom. Sa voix est calme, froide comme son regard. Elle ne résonne pas dans la ruelle, elle s'y dépose, comme du givre.
— Qui... qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?
Les mots se bousculent sur mes lèvres.
Il ignore ma question. Son regard parcourt la ruelle, puis revient se poser sur moi.
— Ils n'étaient pas seuls. D'autres vont venir. Si vous voulez vivre, vous venez avec moi. Maintenant.
Ce n'est pas une question. C'est un fait. Et je le sais, avec une certitude viscérale qui dépasse la raison. Rester ici, c'est mourir.
Je regarde ses yeux. Je regarde les corps inertes à ses pieds. Je respire l'air chargé de violence et de peur.
Je hoche la tête.
Sans un mot, il se met en marche. Et je le suis, comme un automate, le cœur battant la chamade, le corps encore frémissant de cette étrange colère, de cette peur nouvelle, et de cette odeur de sang qui, je le sens au plus profond de moi, a changé quelque chose à jamais.
Je l'écoute, les yeux fermés, laissant sa voix m'envelopper comme une couverture chaude et rassurante. Je connais cette histoire par cœur, chaque mot, chaque pause, chaque inflexion. Mais je ne m'en lasse jamais. La source pulse doucement en moi, heureuse, reconnaissante. Elle aime cette histoire autant que moi.Quand Duncan arrive à la fin de son récit, Gabriel s'est endormi contre son torse, sa petite bouche entrouverte sur un souffle régulier. Duncan le berce doucement, le visage empreint d'une tendresse infinie qui me fait fondre le cœur.— Je vais le coucher, murmure-t-il. Il est épuisé, il a couru toute la matinée.Il se lève avec précaution, tenant notre fils contre lui comme le trésor le plus précieux du monde, et l'emporte à l'intérieur de la cabane. Je reste seule un moment sur le porche, savourant le silence, la paix, le bonheur simple de cet instant parfait.Cinq ans. Il y a cinq ans, j'étais une jeune femme brisée, couverte de sang et de cendres, portant le poids de la so
AlthéaCinq ans. Cinq années entières se sont écoulées depuis la chute de la Cabale, depuis la destruction du Conseil des Anciens, depuis la fin de la guerre qui a failli nous dévorer tous. Cinq années qui ont filé comme un rêve, rapides et douces, emplies de tout ce qui fait une vie pleine. Des rires et des larmes. Des naissances et des deuils. Des départs et des retrouvailles. Des jours de soleil éclatant et des nuits de tempête, au propre comme au figuré. Cinq années de paix. De reconstruction. De bonheur simple et profond.Je suis assise sur le porche de ma cabane, une tasse de thé fumante entre les mains, le bracelet de cuir et d'argent toujours à mon poignet. La véranda de Duncan s'est agrandie au fil des ans, agrémentée de pots de fleurs aux couleurs vives et de rideaux de lin blanc qui flottent doucement dans la brise d'été. La balancelle grince paisiblement, bercée par le vent. Des abeilles bourdonnent paresseusement autour des lavandes que j'ai plantées l'année dernière, leu
Il lève les yeux vers moi, et je vois toute la vulnérabilité du monde dans ses iris verts. Il est à genoux devant moi, tremblant, les yeux humides, le cœur ouvert et offert.— Althéa, acceptes-tu de me laisser rester à tes côtés ? Pour toujours ? Dans les jours heureux comme dans les jours sombres qui viendront forcément ? Dans la paix comme dans la guerre, si la guerre revient ? Dans la vie, et s'il le faut, dans la mort elle-même ? Acceptes-tu que je sois ton compagnon, celui qui partage tes fardeaux ? Ton confident, celui à qui tu peux tout dire ? Ton ami, celui qui te fait rire quand tu es triste ? Ton amant, celui qui te tient la nuit ? Acceptes-tu que je marche avec toi, main dans la main, jusqu'à notre dernier souffle ?Les larmes coulent sur mes joues, abondantes, irrépressibles, un torrent que je ne peux pas retenir. Je ne les essuie même pas. Je les laisse couler librement, tracer des sillons chauds sur ma peau, parce que ce sont des larmes de joie pure, de bonheur absolu, d
Le soleil monte lentement dans le ciel, dissipant les brumes matinales, révélant la splendeur de la montagne au printemps. Le thé refroidit dans nos tasses, oublié, mais nous ne bougeons pas. Nous restons là, assis sur la véranda, main dans la main, à regarder le monde s'éveiller. Les minutes s'écoulent, paisibles, parfaites.C'est ça, le bonheur. Ce n'est pas grandiose. Ce n'est pas spectaculaire. Ce n'est pas une victoire éclatante ou un pouvoir immense. C'est simple, infiniment simple. C'est doux, infiniment doux. C'est une véranda de bois qui sent le pin fraîchement coupé, deux tasses de thé fumant dans l'air frais du matin, et l'homme qu'on aime assis à côté de soi, sa main dans la nôtre, regardant le même paysage.---CHAPITRE 99 : LA DEMANDEAlthéaCe soir, la lune est pleine et immense, suspendue dans le ciel comme une lanterne céleste d'un argent pur. Sa lumière baigne la montagne d'une clarté presque surnaturelle, irréelle, faisant scintiller la rosée sur les herbes et les a
Devant moi, attenante à la façade de la maison, une véranda. Pas une simple avancée de toit, non. Une magnifique véranda de bois clair, aux poutres apparentes et massives, ornée de sculptures délicates représentant des feuilles de chêne et des fleurs de montagne. Chaque détail a été travaillé avec un soin méticuleux, chaque volute, chaque entrelacs. Des lanternes en fer forgé pendent des solives, leurs bougies attendant d'être allumées pour la nuit. Une balancelle se balance doucement dans la brise matinale, ses coussins moelleux invitant à la paresse. Et au centre, sur une petite table ronde, deux tasses fumantes de thé sont posées, leur vapeur dansant dans l'air frais.Duncan est debout à côté de la table, les bras croisés sur sa poitrine, arborant un sourire qui va d'une oreille à l'autre. Il porte une vieille chemise tachée de sciure et de vernis, et ses mains sont couvertes d'ampoules et de petites coupures, stigmates de son travail acharné.— Alors ? demande-t-il, visiblement im
Il lève enfin la tête et tourne son visage vers moi. Son œil unique est rouge, gonflé, mais il y a dedans une détermination farouche, presque sauvage. C'est le regard d'un loup qui part en chasse, qui ne reviendra pas avant d'avoir trouvé ce qu'il cherche.— J'ai besoin de partir. De chasser seul. De me battre seul. De survivre seul. J'ai besoin de me prouver que je suis encore digne d'être un alpha. Digne de diriger la meute. Digne de toi.— Digne de moi ? Kael, je n'ai jamais...— Je sais. Tu ne m'as jamais rien demandé. C'est pour ça que je dois partir. Pour devenir celui que tu mérites d'avoir à tes côtés, même si ce n'est que comme ami, comme frère, comme alpha. Je veux mériter ta confiance. Je veux mériter ton respect.Il se lève, et je me lève avec lui. Il est immense, une montagne de muscles et de cicatrices, un géant taillé pour la guerre et la survie. Mais ce soir, dans la lumière argentée de la lune, il me semble presque fragile. Un colosse aux pieds d'argile, rongé par des
AlthéaJe les entends à peine. Leurs paroles ne sont que du bruit. En moi, c'est le chaos. La louve se cabre à la fois contre le contrôle de Lorenzo et contre la sauvagerie de Kael. Elle ne veut ni la laisse ni la meute. Elle veut... elle veut être. Juste être.— Assez !Ma voix claque, plus forte
AlthéaUn sourire fendu, sauvage, étire ses lèvres.— La vérité, Althéa, n’est pas quelque chose qu’on dit. C’est quelque chose qu’on vit. Tu veux savoir ce que tu es ? Alors, vis.Il avance d’un pas. Je recule, mais mon corps tremble, non de peur, mais d’anticipation. La bête en moi se love, ronro
AlthéaMais ses mots, à présent, sonnent faux. Car je viens de goûter, ne serait-ce qu’une seconde, à un autre type de sécurité. Celle de ne plus me sentir monstrueuse, mais simplement… naturelle.Je regarde la silhouette sous l’arbre, puis je reporte mon regard sur Lorenzo.Et pour la première foi
AlthéaSoudain, une vague de nausée me submerge. La pièce se met à tourner. Les lumières de la ville, derrière la baie vitrée, dansent et se brouillent. Cette sensation étrange, ce bourdonnement, revient, plus fort que jamais, accompagné d’une chaleur fulgurante qui embrase mes veines. Je porte une







