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Chapitre 2 –Le choc du regard

Auteur: IslamDabord
last update Dernière mise à jour: 2025-10-29 02:08:44

Je restai immobile, le cœur battant si fort que j’en avais mal à la poitrine.

La poignée de la porte bougea encore, lentement, comme si quelqu’un hésitait derrière.

Je n’eus pas la force de bouger. La peur, l’espoir, la colère, tout se mélangeait dans mes veines.

Puis… rien.

La poignée retomba. Des pas s’éloignèrent dans le couloir.

Je restai seule, figée, l’oreille tendue. Peut-être avais-je rêvé. Peut-être que ce n’était pas lui. Peut-être que la mer, dehors, m’avait joué un tour cruel.

Mais non. Cette voix, je la connaissais.

J’aurais pu la reconnaître dans une foule, dans un rêve, dans le noir.

Je m’effondrai sur la chaise, les mains tremblantes.

Gabriel était ici. Dans cette même ville. Peut-être même dans cet hôtel.

Je passai la nuit sans dormir. Chaque bruit, chaque craquement de plancher me faisait sursauter. J’avais peur qu’il frappe à ma porte, peur qu’il ne le fasse pas.

Vers l’aube, j’abandonnai. J’allai me doucher, m’habiller, enfiler mon manteau. Mon reflet dans le miroir me parut étranger : cernes sous les yeux, lèvres serrées, regard trop sombre.

« Ne montre rien. Ne ressens rien. »

Je me répétais ces mots comme une prière.

En descendant, Mme Durand m’accueillit avec son éternel sourire.

— Bien dormi, ma chère ?

— Parfaitement, mentis-je.

Le hall sentait le café chaud et la cire. Tout semblait paisible.

J’avais presque réussi à me convaincre que la veille n’était qu’un cauchemar, quand une voix résonna derrière moi :

— Mademoiselle Morel ?

Je me figeai.

Cette voix. Grave, posée, presque la même qu’autrefois, mais un peu plus rauque, plus lente.

Je me retournai.

Il était là.

Gabriel.

Le temps se plia autour de moi. Le hall, la lumière, les bruits s’effacèrent.

Il se tenait à quelques mètres, vêtu d’une chemise claire, les manches retroussées, une trace de poussière sur la joue. Ses yeux, ce gris-vert indéfinissable, m’accrochèrent.

Cinq ans avaient passé, et pourtant c’était toujours lui.

Mais plus lisse, plus dur, comme poli par la douleur.

— Bonjour, dit-il simplement.

Je ne répondis pas. Ma gorge se serra.

Son regard glissa sur moi, hésitant, presque coupable.

— Je ne pensais pas te revoir ici, ajouta-t-il après un silence.

— Moi non plus.

Deux mots. C’est tout ce que j’avais trouvé à dire.

Mme Durand, gênée, fit semblant de ranger des clés et s’éclipsa.

Nous restâmes face à face, prisonniers d’un passé qui refusait de mourir.

— Tu travailles pour le chantier naval, c’est ça ? lâchai-je enfin, la voix plus froide que je ne l’aurais voulu.

— Oui. Je supervise la restauration du port.

— Ironique, soufflai-je. Toi, reconstruisant ce que la mer a détruit.

Un éclat traversa ses yeux, entre douleur et défi.

— J’essaie de réparer ce que je peux.

Je crus qu’il allait ajouter quelque chose, mais il se tut.

Je passai à côté de lui, voulant fuir cette tension insupportable.

Son parfum — ou plutôt son souvenir — me heurta de plein fouet : bois, sel, pluie. Mon cœur accéléra malgré moi.

— Éléna, attends.

Je m’arrêtai.

Il avait prononcé mon prénom comme une confession.

— Qu’est-ce que tu veux ? dis-je sans me retourner.

— T’expliquer.

Je ris, un rire sans joie.

— Cinq ans plus tard ? C’est un peu tard, tu ne crois pas ?

— Peut-être. Mais c’est tout ce qu’il me reste.

Je me retournai, et pour la première fois, je vis la fatigue dans ses yeux. Une tristesse lourde, sincère, qui me troubla plus que je ne voulais l’admettre.

— J’ai porté quelque chose qui ne m’appartenait pas, murmura-t-il. Mais je ne pouvais pas faire autrement.

Je fronçai les sourcils.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

Il baissa les yeux.

— Ce n’est pas le moment. Pas ici.

Je serrai les poings.

— Alors ne dis rien. Garde tes demi-vérités. Tu es doué pour ça.

Je tournai les talons et sortis. La pluie venait de reprendre, fine, insistante.

Je marchai vite, sans savoir où aller. Le port, encore. Inévitablement, le port.

La mer, ce matin-là, avait cette couleur d’acier que j’avais toujours redoutée.

Des ouvriers s’affairaient. Le bruit du métal, les cris, les marteaux. Et lui, derrière moi, que je sentais suivre sans le vouloir.

Je me postai au bord de l’eau.

Le vent fouettait mes cheveux, la pluie perlait sur mon visage.

Je voulus crier, pleurer, frapper quelque chose. Mais rien ne vint.

Derrière moi, ses pas s’arrêtèrent.

— Tu crois que je ne regrette pas ? demanda-t-il doucement.

— Ce que tu regrettes, c’est d’avoir été découvert, pas d’être parti.

— Tu ne sais pas tout.

Je me retournai brusquement.

— Alors dis-le-moi !

Il resta muet, la mâchoire serrée.

Je m’avançai vers lui, la colère au bord des lèvres.

— Dis-moi pourquoi tu es revenu, Gabriel. Pourquoi maintenant ?

Son regard croisa le mien.

— Parce que la vérité revient toujours, Éléna. Même quand on essaie de la noyer.

Le vent souffla plus fort, soulevant les feuilles mortes autour de nous.

Je ne compris pas immédiatement ce qu’il voulait dire, mais un frisson

me parcourut.

Il ajouta, presque à voix basse :

— Et parce que ce qui s’est passé cette nuit-là… ce n’était pas un accident.

Ses mots résonnèrent dans l’air comme un coup de tonnerre.

Ce n’était pas un accident.

Je le fixai, incapable de parler.

Autour de nous, les ouvriers continuaient leur travail, indifférents, mais le monde venait de s’arrêter.

Je murmurai :

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il détourna le regard, observant la mer avec une expression que je ne lui connaissais pas.

— Je ne peux pas en parler ici, souffla-t-il. Pas encore.

La pluie s’intensifia. Des gouttes ruisselaient sur sa tempe, glissant jusqu’à son cou. Il ne bougeait pas.

Je sentais la colère remonter, mêlée à une peur ancienne.

— Tu crois que tu peux revenir après cinq ans et laisser tomber une phrase pareille ? dis-je, la voix tremblante.

— Je ne suis pas revenu pour ça, Éléna. Je suis revenu parce que quelqu’un a voulu que je le sois.

— Qui ?

— Un jour, tu sauras.

Il fit un pas vers moi, et instinctivement, je reculai.

— Reste où tu es.

Il s’arrêta, les épaules tendues.

— Je ne veux pas te faire de mal.

— Tu l’as déjà fait, répondis-je. Et tu ne peux pas réparer ça.

Nos regards se croisèrent encore. Il y avait dans ses yeux ce mélange impossible : remords, tendresse, peur.

Je n’arrivais pas à décider si je voulais le gifler ou le prendre dans mes bras.

Un coup de tonnerre éclata au-dessus du port. Les ouvriers se dispersèrent pour se mettre à l’abri. Je restai là, immobile.

Gabriel s’approcha malgré ma défense.

— Tu n’as jamais demandé pourquoi j’ai signé mes lettres sans jamais te les envoyer ?

Je fronçai les sourcils.

— Quelles lettres ?

— Je t’en ai écrit des dizaines. Elles ne sont jamais parties.

— Parce que tu avais honte ?

— Parce que quelqu’un me l’a interdit.

Je restai figée.

— Qui ?

Il serra les dents.

— Ton père.

Le monde chancela sous mes pieds.

Je secouai la tête, incrédule.

— C’est impossible. Mon père t’aimait comme un fils.

— Oui. Et c’est pour ça qu’il a voulu me protéger.

Je le regardai sans comprendre.

— De quoi ?

— De la vérité.

Il baissa les yeux, puis reprit :

— Cette nuit-là, quand la passerelle s’est effondrée, il savait que quelque chose n’allait pas. Il m’a demandé de vérifier les fondations. Je l’ai fait, mais quelqu’un avait déjà trafiqué les câbles. Quand j’ai voulu tout arrêter, il était trop tard.

Je reculai d’un pas, la gorge nouée.

— Tu mens.

— Non. Il m’a supplié de ne rien dire, pour ne pas salir le nom de l’entreprise. Il savait que si la vérité sortait, Valmère tomberait en ruine. Et il voulait te protéger, toi.

Je sentis une brûlure dans ma poitrine, comme si l’air manquait.

— Et tu as obéi.

— Oui.

— Et tu m’as laissée te haïr !

Il ferma les yeux, la mâchoire crispée.

— Je préférais ton mépris à ta douleur.

Je restai bouche bée. Tout ce que j’avais construit, toute ma colère, tout mon deuil… vacillaient.

Le vent redoubla de force, soulevant des gerbes d’eau contre les quais.

Gabriel fit un pas vers moi.

— Éléna, il y a autre chose.

Je levai la main.

— Assez. Pas aujourd’hui.

Je tournai les talons et commençai à partir, mais il me rattrapa doucement par le poignet.

Ce simple contact fit exploser une vague de souvenirs.

Je fermai les yeux.

— Lâche-moi.

— Je t’en prie, écoute-moi.

Je me dégageai brutalement.

— Tu ne peux pas juste revenir et me dire que tout ce que j’ai cru est faux !

— Je le devais. Parce que quelqu’un essaie encore d’effacer ce qui s’est passé.

Je le regardai, le souffle court.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Le dossier de l’accident a disparu. Les plans, les rapports, tout. Quelqu’un veut que la vérité reste enterrée.

Un silence lourd tomba entre nous.

Je sentais ma tête tourner. Trop d’informations, trop de souvenirs.

Je reculai d’un pas.

— Je ne sais pas si je peux te croire.

— Alors laisse-moi te le prouver.

Il plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit une enveloppe froissée.

— Ceci était sur le bureau de ton père la nuit de l’accident. Je l’ai gardée.

Je la pris machinalement. Sur le papier jauni, une tache d’eau avait effacé une partie du texte.

Je déchiffrai quelques mots : “ne pas livrer… sabotage… prévenir avant…”

Mon cœur s’emballa.

Je levai les yeux, mais Gabriel n’était plus là.

Je me retournai.

Il courait déjà vers le chantier, sous la pluie battante.

Je restai seule, l’enveloppe trempée dans la main.

Derrière moi, la mer rugissait, et dans le vent, j’eus l’impression d’entendre la voix de mon père :

“Fais attention à qui tu crois, Éléna.”

Un frisson me parcourut.

Je me mis à courir à mon tour, sans savoir si je voulais le rattraper ou fuir.

Les éclairs zébraient le ciel, la pluie brouillait tout.

Je distinguai sa silhouette sur la jetée. Il se pencha pour ramasser quelque chose, puis un bruit sourd retentit.

Le craquement d’un câble.

Un hurlement.

Puis le vide.

— Gabriel !

Je me précipitai vers le bord, mais une barrière effondrée bloqua ma course.

L’eau s’agitait violemment en contrebas. Aucune trace de lui.

Je restai là, paralysée, la gorge nouée, les mains tremblantes.

La pluie redoublait, les sirènes du port commençaient à retentir.

Cinq ans après, le passé venait de recommencer.

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