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Les cicatrices du passé

Autor: Karen.duv
last update Última actualización: 2026-01-12 21:15:50

Cette nuit-là, je n’ai presque pas dormi.

Chaque fois que je fermais les yeux, le visage de Raphaël s’imposait à moi avec une précision cruelle. Son regard, sa voix, cette façon qu’il avait de prononcer mon prénom comme s’il n’avait jamais cessé de m’appartenir. Je me suis retournée encore et encore dans mon lit, incapable de trouver le moindre apaisement.

À l’aube, j’ai abandonné l’idée de dormir.

Je me suis levée, ai préparé un café trop fort, que j’ai bu debout dans la cuisine, les bras croisés autour de la tasse brûlante. Dehors, Paris s’éveillait lentement. Une nouvelle journée commençait, indifférente à la tempête qui m’habitait.

Je me suis regardée dans le miroir de la salle de bain. Les traits tirés, les yeux cernés. J’avais l’air d’une étrangère. Huit ans avaient passé, mais il avait suffi d’une soirée pour fissurer toutes les certitudes que j’avais construites.

— Tu es plus forte que ça, ai-je murmuré.

Mais je n’en étais plus si sûre.

Au cabinet, l’atmosphère me sembla différente. Plus lourde. Chaque bruit me faisait sursauter. Je craignais de le croiser à chaque couloir, redoutant autant que désirant cette rencontre.

Lorsque je l’aperçus, penché sur des plans dans la salle de réunion vitrée, mon cœur s’emballa malgré moi.

Il leva les yeux.

Nos regards se croisèrent.

Le temps d’une seconde, tout le reste disparut.

Puis il détourna les yeux.

Ce geste, simple en apparence, me blessa plus que je ne l’aurais cru.

La réunion fut tendue, professionnelle, presque froide. Nous échangions des mots précis, mesurés, comme deux inconnus parfaitement polis. Personne autour de nous ne semblait percevoir l’électricité qui vibrait entre chaque phrase.

— Camille, dit-il à la fin, est-ce que je peux te parler un instant ?

J’hésitai.

Puis je hochai la tête.

Nous restâmes seuls dans la salle désormais vide. La lumière grise du matin filtrait à travers les vitres.

— Je suis désolé pour hier soir.

Ces mots me prirent de court.

— Désolé de quoi ? demandai-je.

— De t’avoir replongée là-dedans.

Je l’observai attentivement. Il avait l’air fatigué. Moins sûr de lui.

— Tu n’as pas le droit de décider ce qui me replonge ou non dans le passé.

Il acquiesça.

— Je sais. Mais je ne peux plus faire comme si tu n’existais pas.

Cette phrase fit vaciller quelque chose en moi.

— Tu l’as très bien fait pendant huit ans.

Le silence retomba.

— Camille… ce n’était pas aussi simple.

— Ça ne l’est jamais pour celui qui part.

Il ferma les yeux un instant, comme s’il rassemblait son courage.

— Il y a des choses que je n’ai jamais pu t’expliquer. Des décisions que je n’ai pas prises pour moi.

Mon cœur se serra.

— Et tu penses qu’il suffit de le dire maintenant pour que tout soit effacé ?

— Non, répondit-il doucement.

— Je sais que certaines blessures ne guérissent jamais vraiment.

Ses mots touchèrent juste. Je me détournai, incapable de soutenir plus longtemps son regard.

— Nous devons rester professionnels, Raphaël.

— J’essaie.

J’esquissai un sourire triste.

— Moi aussi.

En quittant la salle, une évidence s’imposa à moi. Les cicatrices du passé n’avaient jamais disparu. Elles attendaient simplement le moment de se rouvrir.

Je suis sortie du bâtiment sans me presser, comme si ralentir pouvait m’aider à remettre de l’ordre dans mes pensées. Le ciel était bas, chargé de nuages gris, et l’air froid me piquait les joues. Tout semblait étrangement en accord avec l’état dans lequel je me trouvais.

Je me sentais fragile.

Plus que je ne voulais l’admettre.

Tout au long du trajet jusqu’à chez moi, les paroles de Raphaël ont résonné dans mon esprit. Des décisions que je n’ai pas prises pour moi. Cette phrase me hantait. Elle sonnait comme un aveu à moitié formulé, comme une vérité retenue de force.

Arrivée devant mon immeuble, je me suis arrêtée quelques secondes avant d’entrer. Une part de moi savait déjà que rien ne serait plus comme avant. Que son retour n’était pas une simple coïncidence, ni une parenthèse professionnelle sans conséquence.

Il était revenu avec un poids.

Et ce poids finirait par m’atteindre.

Dans mon appartement silencieux, j’ai laissé tomber mon sac près de la porte et me suis appuyée contre le mur, les yeux fermés. J’avais passé des années à apprendre à vivre sans lui, à reconstruire un équilibre fragile. Et en quelques jours à peine, tout vacillait de nouveau.

Je ne savais pas encore ce qu’il cachait.

Mais je sentais confusément que, lorsque la vérité éclaterait, elle laisserait des traces.

En moi.

En nous.

Et peut-être sur tout ce que j’avais essayé de protéger.

Je suis sortie du bâtiment sans me presser, comme si ralentir pouvait m’aider à remettre de l’ordre dans mes pensées. Le ciel était bas, chargé de nuages gris, et l’air froid me piquait les joues. Tout semblait étrangement en accord avec l’état dans lequel je me trouvais.

Je me sentais fragile.

Plus que je ne voulais l’admettre.

Tout au long du trajet jusqu’à chez moi, les paroles de Raphaël ont résonné dans mon esprit. Des décisions que je n’ai pas prises pour moi. Cette phrase me hantait. Elle sonnait comme un aveu à moitié formulé, comme une vérité retenue de force.

Arrivée devant mon immeuble, je me suis arrêtée quelques secondes avant d’entrer. Une part de moi savait déjà que rien ne serait plus comme avant. Que son retour n’était pas une simple coïncidence, ni une parenthèse professionnelle sans conséquence.

Il était revenu avec un poids.

Et ce poids finirait par m’atteindre.

Dans mon appartement silencieux, j’ai laissé tomber mon sac près de la porte et me suis appuyée contre le mur, les yeux fermés. J’avais passé des années à apprendre à vivre sans lui, à reconstruire un équilibre fragile. Et en quelques jours à peine, tout vacillait de nouveau.

Je ne savais pas encore ce qu’il cachait.

Mais je sentais confusément que, lorsque la vérité éclaterait, elle laisserait des traces.

En moi.

En nous.

Et peut-être sur tout ce que j’avais essayé de protéger.

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