LOGINKaï
La planque est là.
Je la reconnais tout de suite. La vieille ferme abandonnée, au bout d'un chemin de terre que plus personne n'emprunte. Les murs de pierre sont couverts de lierre, le toit de tuiles est à moitié effondré, mais la grange, derrière, est intacte. C'est là qu'ils sont. C'est là qu'ils ont toujours été.
Je fais signe à Maya et Dmitri de s'arr&ecir
Kaï La cabane est là, au fond des bois. Je la vois émerger entre les arbres comme un fantôme, grise et silencieuse dans la lumière déclinante du jour. Une vieille bâtisse de rondins, à moitié mangée par la mousse et le lierre, avec un toit de tôle rouillée qui grince au moindre souffle de vent. Les fenêtres sont des trous noirs, vides, qui regardent la forêt comme des yeux morts. La cheminée de pierre s'effrite, vaincue par des décennies de gel et de dégel. Personne ne vient jamais ici. Personne ne sait que cet endroit existe. C'est pour ça que je l'ai choisie, il y a des années, quand j'ai commencé à préparer des planques de secours un peu partout dans cette région que je connais par cœur. Maya est derrière moi. Je l'entends buter contre une racine, retenir un cri. Je me retourne. Elle avance péniblement, les pieds ensanglantés par des heures de marche, le visage creusé par la fatigue et la faim. Ses cheveux sont collés par la sueur et la crasse, ses vêtements sont déchirés par l
Je hoche la tête. Il a raison. Bien sûr qu'il a raison. Mais ça ne rend pas les choses plus faciles.Maya nous rejoint. Elle est équipée elle aussi, mais pas d'arme. Elle portera le matériel médical, les pansements, tout ce qu'il faut pour soigner Alexei si on le récupère vivant. Elle est pâle, tendue, mais déterminée.— On y va ? demande-t-elle.— On y va, dit Kaï.On monte dans le vieux 4x4 que Viktor nous a prêté. Kaï conduit. Maya est à côté de lui. Moi, je suis à l'arrière, avec les armes.
LeoLa voiture s'arrête.J'ouvre les yeux. Je ne sais pas depuis combien de temps on roule. Les cahots du chemin de terre m'ont secoué, réveillant la douleur dans mon flanc. Mais je n'ai rien dit. Je ne me suis pas plaint. Je ne me plains jamais.Anastasie se tourne vers moi depuis le siège conducteur.— On est arrivés, dit-elle. Le village est juste derrière cette colline. Mes contacts nous attendent.— Bien.— Tu tiens le coup ?
Un silence. Lourd de tout ce qu'on ne dit pas.— Dmitri, je finis par dire. Il va revenir ?— Il a promis.— Je sais. Mais je lui ai dit que je voulais pas de promesses. Je voulais des actes.— Il reviendra. Pour toi.Je ferme les yeux. Je revois son visage à travers la vitre de la voiture. Ses yeux rouges, sa mâchoire serrée. Sa main qui n'a pas lâché la mienne jusqu'à la dernière seconde."Ramène-la. Et ramène-toi."Je lui ai dit ça. Je lui ai donné un ordre, comme je le fais toujours. Parce que c'est plus facile que de dire les vrais mots.Mais lui, il a compris. Il a toujours compris.— Je l'aime, je murmure.Je ne sais pas pourquoi je dis ça à Anastasie. Peut-être parce que j'ai besoin de le dire à quelqu'un. Peut-être parce qu'elle est la seule qui puisse com
KaïLa planque est là.Je la reconnais tout de suite. La vieille ferme abandonnée, au bout d'un chemin de terre que plus personne n'emprunte. Les murs de pierre sont couverts de lierre, le toit de tuiles est à moitié effondré, mais la grange, derrière, est intacte. C'est là qu'ils sont. C'est là qu'ils ont toujours été.Je fais signe à Maya et Dmitri de s'arrêter. Je m'avance seul, les mains en évidence, loin de mes armes. C'est le protocole. Si je débarque en force, ils tireront d'abord et poseront les questions après.La porte de la grange s'ouvre. Un homme en sort. Grand, massif, une barbe de plusieurs jours, un fusil à pompe à la main. Il me regarde s'approcher sans bouger.Puis il sourit.— Kaï, dit-il. Putain, Kaï. T'es vivant.— Pour l'instant, oui.I
Anastasie conduit. Leo est à l'arrière. Ils vont vers le nord, vers ce village où des inconnus vont le cacher, le soigner, le protéger. Et moi, je vais vers l'ouest, avec Kaï et Maya, vers un combat dont je ne sais pas si je reviendrai.Je les regarde partir jusqu'à ce que la voiture ne soit plus qu'un point, puis plus rien. Le bruit du moteur s'évanouit. Le silence de la forêt reprend ses droits.— Ça va ? demande Kaï derrière moi.— Non.— Moi non plus.Je me tourne vers lui. Il est là, debout, son sac sur l'épaule. Maya est à côté de lui, silencieuse, les yeux rouges. Elle aussi, elle a dit au revoir. À Leo. À Anastasie. À une partie d'elle-même, peut-être.— On y va ? demande Kaï.— On y va.On se met en marche. La forêt est dense, s
MayaPlus tard.Beaucoup plus tard.On est allongés, enchevêtrés, trempés de sueur et de tout ce qu'on s'est donné. Le soleil est haut maintenant. Il doit être au moins dix heures. Peut-être onze.— Mme
MayaLa lumière.C'est la première chose que je sens. Une lumière douce, pâle, qui filtre à travers mes paupières closes. Pas la lumière crue des réveils habituels, pas celle qui agresse et qui oblige à se cacher sous la
MayaOn reste silencieux un long moment. Puis je sens sa main glisser le long de mon dos, jusqu'à mes fesses. Il les pétrit doucement.— Encore ? je demande, surprise.Il r
MayaIl me renverse sur le dos, me couvre de son corps. Ses lèvres trouvent mon cou, mes épaules, la naissance de mes seins. Il prend son temps. Il m'embrasse partout, comme s'il me redécouvrait. Mes clavicules, m







