FAZER LOGINMayaJe recule d’un pas. Puis deux. Je ne détourne pas les yeux. Je tiens son regard jusqu’à ce que ma main trouve la poignée derrière moi.– La ligne, Kaï, je dis avant d’ouvrir. Tu as raison. Elle est floue. Mais ce n’est pas une excuse. C’est un choix. À chaque fois. Un choix.Je sors. Je referme la porte sans bruit. Dans le couloir sombre, l’air est glacial. Je m’adosse au mur, les paumes à plat sur le bois froid. Un tremblement remonte le long de mes bras. Pas de peur. D’adrénaline. De vérité.De l’autre côté de la porte, aucun son. Il est là, seul avec le monstre que je viens de lui montrer. Notre monstre.AnastasieJe ne les ai pas écoutés. Pas besoin. Les vibrations à travers le plancher, le silence tendu comme un fil à couper le souffle qui a suivi la fermeture de sa porte… tout me le dit. L’infection s’est répandue.Je suis dans la salle de contrôle improvisée, les écrans de surveillance montrant des angles morts de la maison, des rues désertes. Mes doigts pianotent sur le c
MayaJe reste plantée dans le couloir, le dos contre le bois froid des boiseries. La porte de Kaï est maintenant close, son silence est un mur. Celui d’Anastasie descend l’escalier et se disperse dans les entrailles de la maison, laissant derrière elle un sillage d’amertume que je respire à pleins poumons.Variable incontrôlée. Bombe à retardement.Ses mots tournent dans ma tête, aiguisés comme les lames qu’elle manie. Elle a vu juste, et tort à la fois. Je ne suis pas une recrue. Je suis un éclat d’obus. Déjà partie. Déjà volant. La question n’est pas de savoir si j’exploserai, mais sur qui je retomberai.Le sang de Sobieski n’est plus sur mes mains. Il est pourtant partout. Dans les interstices de mes ongles. Sur le goût de fer de ma langue. Il a coulé et j’ai regardé. Et quelque chose au fond de moi a hoché la tête, satisfait. C’est ça, ma « clarté ». Kaï y voit de la force. Anastasie y voit de la folie.Et moi ? J’y vois une porte qui s’est ouverte dans une pièce sombre de mon âme
MayaLe retour à la Demeure est un voyage silencieux dans une boîte de métal tendue à craquer. Leo conduit, un bloc de concentration maussade. À l’arrière, Kaï est prostré contre la vitre, les yeux clos, son souffle un sifflement rauque contre la vitre fraîche. Les analgésiques du médecin fumeux l’ont engourdi, pas apaisé.Entre nous, l’espace est chargé d’une électricité silencieuse. Anastasie. Elle ne me regarde pas. Elle regarde Kaï. Son attention est un faisceau laser, brûlant d’une inquiétude qu’elle transforme en reproche muet à mon intention. Chaque imperceptible grimace de sa part, chaque spasme de douleur qui traverse son corps endormi, est un argument dans le procès qu’elle m’intente.La Demeure nous avale, froide et indifférente. Les lumières basses de l’entrée créent des canyons d’ombre. Leo prend le premier virage vers la cuisine, sans un mot, cherchant probablement à noyer les tensions dans du café fort.Kaï s’arrête au pied de l’escalier, une main sur la rampe en fer fo
MayaLa fourgonnette roule dans un silence de plomb, seulement troublé par le ronronnement feutré du moteur et la respiration trop contrôlée de Kaï à côté de moi. Il a les yeux fermés, mais je sais qu’il ne dort pas. La douleur le tient éveillé, une mâchoire de fer qui se resserre sur son flanc.De l’avant, je sens le regard d’Anastasie peser sur moi à travers le rétroviseur. Un regard d’évaluation froide, de méfiance non dissimulée. Ce n’est plus le scan professionnel du début. C’est personnel. Maintenant que l’adrénaline de la mission est retombée, il ne reste plus que la friction brute entre nous.L’endroit de Leo est un cabinet vétuste coincé entre un débit de boissons et un pressing, dans un quartier qui sent le chou aigre et la désolation. La plaque du médecin est à moitié décrochée.— Attendez ici, grommèle Leo en coupant le moteur. Je vais le préparer.Il sort, disparaît par une porte dérobée à côté du cabinet. Anastasie se tourne alors complètement sur son siège, son bras gli
MayaL’air de la nuit industrielle me frappe le visage, chargé de fumées et de froid. Il ne nettoie rien. Il ne lave pas l’image de Sobieski ligoté sur cette table, ni l’odeur de métal froid et de peur. Ça colle à la peau. Comme la poussière du conduit.Je marche à côté de Kaï. Son silence est une entité physique, un mur bas entre nous. Il avance d’un pas raide, la main pressée contre son flanc. Chaque respiration est un peu trop courte, un peu trop maîtrisée. La douleur est son passager clandestin, et elle parle pour lui.Mes propres mains sont froides. Je les frotte l’une contre l’autre, mais la froideur vient de l’intérieur. De la gemme. Elle n’est pas agitée. Elle est calme. Une sphère de certitude absolue et glacée au creux de mon être. Elle a approuvé. Elle a observé, et elle a approuvé.Je jette un regard vers le profil de Kaï. Son masque est de retour. Lisse. Impassible. Mais je l’ai vu se fissurer. J’ai vu la flamme sombre dans ses yeux, cette colère qui consumait tout, même
MayaKaï ne répond pas. Il avance vers lui, lentement, sans hâte. Sa démarche est celle d'un prédateur qui sait sa proie coincée. La peur, maintenant, est palpable sur le visage de Sobieski. Il voit ce que je vois : dans les yeux de Kaï, il n'y a plus de place pour la négociation. Il n'y a que le verdict.— Tu étais au courant pour la cargaison d'armes la semaine dernière ? demande Kaï, sa voix toujours basse, presque conversationnelle. Celle qui devait aller aux insurgés de la Zone 7 ?— Quoi ? Non ! Je… je ne fais pas dans les armes !— Tu mens. Elle a été interceptée. Détournée. Des enfants sont morts dans un bombardement, avec ces mêmes armes.— Ce n'est pas moi ! C'est…— C'est toi. Parce que tu as laissé faire. Parce que tu as fermé les yeux pour une poignée de crédits de plus.Kaï est maintenant à un mètre de lui. Sobieski tire son arme , un pistolet court, bon marché. Sa main tremble. — Recule ! Je te jure, je tire !Kaï ne s'arrête pas. — Tu vois ces gens sur les tables, So







