MasukCamila ReyesLa lumière qui entre par les brèches du plafond n’est plus celle des projecteurs d’hélicoptères. C’est une lueur pâle, laiteuse. L’aube.Elle se fraye un chemin à travers la poussière en suspension, dessinant des colonnes tremblantes dans l’air épais. Elle caresse les visages des soldats épuisés, assis le dos contre le mur, leurs armes posées à côté d’eux comme des jouets abandonnés. Elle éclaire les formes recouvertes de draps, alignées avec une précision funèbre le long du couloir. Elle touche enfin le sol près de mes pieds, un carré de pâleur sur le béton souillé.Je suis assise sur une caisse de munitions vide, adossée à la paroi extérieure de la chambre forte. Mes enfants dorment. Vraiment dorment. Dans un coin améngré par les médecins militaires, sur des couchettes de campement, sous l’effet de sédatifs doux et nécessaires. Leurs petites poitrines se soulèvent et s’abaissent en rythme. Leurs visages, enfin détendus, sont lavés de la sueur et de la terreur de la nuit
L'Agent VaughanLa réponse vient par radio, dans l'oreillette d'El Infierno, une voix hurlante, paniquée, que nous entendons tous.— Patron ! Des hélicos ! Des militaires ! Au moins quatre ! Ils ont neutralisé les véhicules ! Ils débarquent partout ! Ils… AÏE !La transmission se coupe dans un grésillement.Le grondement des rotors est maintenant partout, écrasant, faisant trembler les murs, faisant danser la poussière sur les corps. Des voix amplifiées, autoritaires, tonnent de l'extérieur.— Ici l'armée ! Vous êtes encerclés ! Déposez immédiatement vos armes et sortez les mains sur la tête ! Toute résistance sera neutralisée !El Infierno se tourne vers moi. Son visage est un masque de fureur pure, primitive. Ce n'est plus le stratège. C'est la bête acculée.— VOUS ! hurle-t-il, son arme pointée sur mon visage cette fois. VOUS LES AVEZ APPELLÉS !— Non, dis-je, la voix étranglée. Pas moi.Mes yeux vont à la porte blindée. À l'interphone.Camila.C'était le plan. Le vrai plan. Pas te
L'Agent VaughanL'air, à l'intérieur du bunker, n'est plus respirable. Il est épais de fumée âcre, de poussière de béton pulvérisé, de l'odeur métallique du sang et de la cordite. Les lumières d'urgence clignotent, jetant des spasmes rouges sur les murs éventrés, les corps tombés, les éclaboussures sombres qui ne sont plus du gravats. La symphonie des alarmes s'est réduite à un seul cri électronique strident, obstiné, l'EG de la mort.Cela fait six minutes.Six minutes depuis que la porte principale a cédé, transformant notre forteresse en piège. Six minutes depuis qu'El Infierno est entré, avec ses démons.Nous ne nous battons plus pour gagner. Nous nous battons pour chaque seconde. Pour chaque mètre de couloir. Pour faire monter le prix du sang si haut qu'il en sera ruiné, même dans la victoire.Mes oreilles bourdonnent, pleines du crépitement des armes automatiques, des cris, du crissement des bottes sur le verre brisé. J'ai une entaille au front, le sang chaud et poisseux coule da
El InfiernoLe sang me monte aux tempes, un bourdonnement sourd, chaud. Elle ose. Elle ose me narguer. Me parler de perte. Moi.« Tu vois ces murs ? Ils ne sont pas là pour te tenir à distance. Ils sont là pour te montrer les limites de ton monde. »Les limites de mon MONDE ? Un rire rauque m’échappe, étranglé par la fureur. Rojas tourne un instant la tête, son regard vide masquant une inquiétude animale. Je saisis le mégaphone, mes doigts s’enfonçant dans le plastique.— Camila ! Tu sors ces enfants maintenant ! Tu sors, et je te promets une mort rapide ! Tout le monde à l’intérieur mourra lentement ! Tu entends ? Lentement !Je hurle. Je déverse toute ma rage dans l’appareil. Je veux que ma voix écrase la sienne, qu’elle pénètre le béton et lui glace l’âme. Je veux qu’elle se souvienne. Qu’elle revienne à elle. À la femme tremblante qui ramassait les éclats de verre.Et sa réponse vient. Calme. Tranquille. Un scalpel.« Tu parles encore de mort. Tu ne comprends donc pas ? Tu m’as dé
Camila ReyesUn rugissement, inhumain, emplit les haut-parleurs adverses. Puis des ordres hurlés. Les moteurs rugissent à nouveau.— Ils chargent ! crie la technicienne.Sur les écrans, les points rouges accélèrent droit vers nous.Vaughan se jette sur les commandes.— Contention maximale ! Tous les boucliers ! Préparez les dispositifs non-létaux !Le bunker tremble.Un premier impact. Métal contre béton renforcé. Un gémissement profond parcourt la colonne vertébrale du monde, du plancher jusqu’à mes dents. La lumière vacille. Une alarme stridente se déclenche quelque part.Puis un deuxième. Plus violent.Le troisième impact n’est pas un choc. C’est une explosion.La porte principale, la plus épaisse, encaisse le souffle. L’écran qui la montre se couvre de poussière et de feu. Les lumières s’éteignent, plongeant la salle dans un rougeoiement d’urgence.Dans cette lueur d’enfer, je me tiens droite. Les cris, les ordres, le crépitement des systèmes qui luttent, tout cela devient un fond
Camila ReyesLe présent est un fil tendu. Il vibre entre le silence du bunker et la tempête qui s’assemble au-dehors. Je le sens. Dans l’air filtré. Dans la façon dont la lumière des néons ne tremble plus, mais se durcit. Je suis éveillée. Mes enfants dorment, mais mon sang veille.Je suis devant le hublot de la salle de contrôle. Derrière la vitre teintée, Vaughan et son équipe sont des ombres nerveuses qui se déplacent dans la lumière bleutée des écrans. Des mots claquent, étouffés par la paroi : mouvements, périphérie, signatures thermiques multiples. Ils pensent que je n’entends pas. Mais je vois. Je lis sur leurs dos courbés, sur leurs mains qui tapent trop vite.Eleanor approche. Son pas est feutré, mais son énergie est un nuage électrique.— Camila.Je ne détourne pas le regard du hublot.— Ils sont là, n’est-ce pas ?Un silence. Puis sa voix, basse, professionnelle, mais avec une faille, une minuscule fissure.— Nos drones ont détecté une concentration d’activité à deux kilomè







