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Chapitre 2 : Le Défi 2

Author: Déesse
last update publish date: 2025-12-04 05:07:24

Valentina

Je secoue la tête, un minuscule mouvement de déni. Je ne sais pas pourquoi. Je reviens vers lui, posant délicatement le verre cristallin et la bouteille ambrée sur la table. Au moment où je me redresse, sa main jaillit. Un éclair d’argent et de chair pâle. Ses doigts, longs et forts, cerclés d’une lourde bague en argent à la tête de serpent, se referment autour de mon poignet. La pression est de fer, implacable, mais calibrée. Pas assez pour écraser, pour faire mal. Juste assez pour emprisonner, pour signifier que je ne peux partir que s’il le décide. Sa peau est étonnamment chaude, presque brûlante.

— Comment tu t’appelles ? demande-t-il, sans desserrer son étreinte. Ses yeux ne quittent pas les miens.

— Valentina.

— Valentina. Il fait rouler mon nom dans sa bouche comme s’il goûtait un vin rare, un fruit défendu. Un nom d’ange pour une serveuse d’enfer. Le contraste est… intrigant.

— Lâchez-moi.

— Pourquoi ? Il incline la tête, un vague sourire aux lèvres qui ne parvient pas à atteindre ses yeux, restés d’un noir absolu. Tu as peur ?

Je relève le menton, une bravade inutile, puérile face à un prédateur de son calibre.

— Non.

— Tu mens avec tes yeux grands ouverts. Il relâche enfin mon poignet. Ma peau garde l’empreinte parfaite de ses doigts, une marque blanche puis rouge, brûlante, un tatouage éphémère. Je vois la peur. Elle te va bien. Elle met une lueur dans ton regard, un frémissement sur ta peau. Elle te rend plus vivante que toutes les femmes mortes qui traînent ici.

Il se verse un verre de tequila, le contemple. La lueur jaune et dorée du liquide se reflète dans ses pupilles noires, y allumant deux minuscules flammes froides.

— Tu devrais partir, Valentina. Ce lieu est trop petit pour toi. Trop sombre. Il te vole ta lumière.

Ses mots me frappent en plein cœur. C’est ce que je me dis tous les jours, la nuit, en regardant mes mains tachées de graisse et de bière.

— On fait avec ce qu’on a. La vie n’est pas un tableau parfait.

— C’est exactement ce qui tue les gens, ángel. Il lève son verre, l’avale d’un trait sans sourciller, son cou musclé travaillant. L’acceptation. La résignation. C’est le premier pas vers l’oubli.

Il remplit à nouveau son verre, le geste précis, fluide.

— Tu crois qu’il y a de la lumière en toi ? De la vraie clarté ? Sa question tombe comme un couperet.

— Tout le monde a de la lumière et des ombres, je murmure, hypnotisée par son regard.

— Erreur. Il pose le verre, le choc du cristal sur le bois est sec. La plupart des gens ne sont que des zones grisâtres, des crépuscules permanents. Des ombres qui se croient vivantes. La vraie noirceur… et la vraie lumière… sont des territoires extrêmement rares et dangereux.

Il me dévisage, comme pour chercher quelque chose.

— La noirceur, Valentina, ce n’est pas faire le mal par colère ou par bêtise. C’est le comprendre, l’accepter, et le choisir. C’est une force froide et consciente. C’est regarder l’abîme et décider d’y habiter.

Un frisson me parcourt l’échine.

— Et la lumière, alors ?

Il sourit, un vrai sourire cette fois, qui dévoile des dents très blanches. Il n’en est que plus terrifiant.

— La lumière, c’est pire. C’est croire en la pureté au milieu de la boue. C’est refuser de se salir les mains alors que tout le monde vous jette de la terre au visage. C’est une folie douce et têtue. Une flamme qui attire tous les papillons de nuit pour mieux les brûler. Il se penche un peu vers moi. Montre-moi tes mains.

Je les tends, malgré moi. Elles sont pâles, fines, avec une petite tache de peinture bleue sur l’index gauche qui n’a jamais voulu partir.

— Des mains qui voudraient créer, dit-il, sans les toucher. Pas servir. Pas survivre. Tu prétends à la lumière, Valentina, mais tu vis dans l’ombre par lâcheté. Ta clarté, tu l’as enterrée ici, sous les cacahuètes et la bière tiède.

Ses mots sont des lames. Ils coupent plus profond que n’importe quelle insulte.

— Tu ne me connais pas, je souffle, la colère et l’humiliation montant en moi, balayant un instant la peur.

— Je vois l’étincelle. Mais une étincelle qui refuse de devenir flamme n’est qu’un regret. Et les regrets, à la fin, ne sont que de la noirceur qui n’ose pas dire son nom.

Il se renverse contre sa chaise, me toisant.

— Tu veux un conseil, ángel ?

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