LOGINLa quatrième nuit, Lila savait que quelque chose allait basculer.
Elle le sentait dans l’air depuis qu’elle avait posé le pied dans le hall de marbre de Cross Empire. Une tension différente. Plus lourde. Plus chargée. Comme si le bâtiment entier retenait son souffle.
Elle avait choisi ses vêtements avec une intention claire. Une robe noire simple, mais plus près du corps que les précédentes. Le tissu glissait sur sa peau comme une caresse. Le décolleté était discret, juste assez pour révéler la naissance de sa poitrine quand elle se penchait. Ses cheveux étaient détachés ce soir-là, tombant en ondes souples sur ses épaules. Elle savait que Damien Cross préférait le contrôle. Elle savait aussi que le désordre calculé pouvait le déstabiliser.
À dix-neuf heures quarante, les derniers employés avaient disparu. Lila resta. Elle ne fit même plus semblant de travailler. Elle s’assit à son bureau, les jambes croisées, et attendit. Son cœur battait trop fort. Ses paumes étaient légèrement humides. Mais son esprit, lui, restait froid et précis.
Elle n’était pas venue ici pour tomber amoureuse.
Elle était venue pour détruire.
Et pourtant…
À vingt heures dix, elle se leva. Elle prit un dossier — un prétexte, encore un — et marcha vers la porte de son bureau. Elle frappa.
Entrez.
Sa voix était plus basse que d’habitude. Plus rauque.
Lila poussa la porte et entra.
Damien était debout près de la baie vitrée, dos à elle, un verre de whisky à la main. La ville étincelait derrière lui comme un océan de lumières froides. Il ne se retourna pas tout de suite.
Vous êtes prévisible, Mademoiselle Quinn, dit-il sans la regarder.
Et vous êtes toujours là, répondit-elle.
Il se retourna enfin.
Le regard qu’il lui lança la cloua sur place. Il n’y avait plus la distance professionnelle d’avant. Plus la froideur calculée. Il y avait autre chose. Quelque chose de plus sombre. Plus affamé.
Approchez, ordonna-t-il.
Elle obéit.
Chaque pas résonnait dans le silence de la pièce. Quand elle s’arrêta devant lui, il n’y avait plus qu’un souffle entre leurs corps. Damien posa son verre sur le rebord de la fenêtre sans quitter Lila des yeux. Puis, lentement, très lentement, il leva une main et toucha une mèche de ses cheveux. Il la fit glisser entre ses doigts, comme s’il testait la texture.
Vous jouez avec le feu, murmura-t-il.
Peut-être que j’aime me brûler.
Son regard s’assombrit. Sans prévenir, il passa un bras autour de sa taille et l’attira contre lui. Le contact fut brutal et parfait à la fois. Lila sentit la chaleur de son corps à travers les couches de tissu. Son cœur s’emballa. Elle posa instinctivement les mains sur sa poitrine, sentant les muscles durs sous la chemise.
Damien pencha la tête. Son front toucha presque le sien.
Dites-moi d’arrêter, souffla-t-il.
Lila ne dit rien.
Elle releva le menton.
Et cette fois, ce fut elle qui ferma la distance.
Leurs lèvres se rencontrèrent.
Ce n’était pas un baiser doux. Ce n’était pas un baiser hésitant. C’était un choc. Une collision. Damien répondit immédiatement, une main glissant dans ses cheveux pour l’attirer plus près, l’autre serrant sa taille avec une force qui frôlait la douleur. Lila gémit contre sa bouche. Le son sembla le briser davantage. Il l’embrassa plus profondément, plus affamé, sa langue trouvant la sienne avec une urgence qui lui coupa le souffle.
Lila s’accrocha à lui. Ses doigts s’enfoncèrent dans le tissu de sa chemise. Elle sentait son contrôle s’effriter. Elle sentait le sien s’effriter aussi. Tout le plan, toute la vengeance, toute la froideur qu’elle avait construite depuis des mois semblaient fondre sous la chaleur de sa bouche.
Damien la poussa en arrière jusqu’à ce que ses hanches rencontrent le bord du bureau. Il la souleva légèrement et l’assit dessus, s’installant entre ses jambes sans rompre le baiser. Ses mains glissèrent le long de ses cuisses, remontant la jupe d’un geste impatient. Lila jeta la tête en arrière quand sa bouche quitta la sienne pour descendre le long de sa mâchoire, puis de son cou. Il mordilla la peau sensible juste sous son oreille. Elle trembla violemment.
Damien…
Le prénom lui échappa avant qu’elle puisse le retenir.
Il s’immobilisa un instant. Puis un rire sombre, presque cruel, vibra contre sa peau.
Encore, ordonna-t-il. Dis mon prénom encore.
Elle le répéta, la voix brisée. Il l’embrassa à nouveau, plus durement cette fois, comme s’il voulait la marquer. Une de ses mains glissa sous le bas de sa robe, caressant la peau nue de sa cuisse. Ses doigts remontèrent plus haut, frôlant la dentelle de sa culotte. Lila archa le dos et un gémissement plus profond lui échappa. La chaleur entre ses jambes était devenue presque douloureuse. Elle sentait l’humidité de son désir, et elle savait qu’il le sentait aussi.
Damien posa son front contre le sien, le souffle court, les yeux noirs.
Tu es déjà si mouillée, murmura-t-il d’une voix rauque. Et je t’ai à peine touchée.
Lila n’arriva pas à répondre. Ses hanches bougèrent d’elles-mêmes contre sa main. Il exerça une légère pression à travers le tissu, juste assez pour lui arracher un autre son. Puis, brusquement, il retira sa main comme s’il s’était brûlé.
Il se redressa, le souffle irrégulier, les lèvres encore humides de la sienne. Sa main tremblait légèrement.
Merde, jura-t-il à voix basse.
Lila resta assise sur le bureau, la jupe relevée, les cuisses légèrement écartées, le cœur battant si fort qu’elle avait l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine. Elle voulait le tirer à nouveau contre elle. Elle voulait qu’il continue. Elle voulait sentir ses doigts glisser sous la dentelle. Elle voulait…
Elle voulait des choses qu’elle n’était vraiment pas censée vouloir.
Damien recula d’un pas, puis d’un autre, et passa une main tremblante dans ses cheveux.
Partez, dit-il d’une voix rauque. Maintenant.
Lila glissa lentement du bureau. Ses jambes tremblaient. Elle rajusta sa robe avec des gestes maladroits, sentant encore la chaleur de ses mains sur sa peau et le fantôme de ses doigts entre ses cuisses. Elle s’approcha de lui une dernière fois, assez près pour sentir son souffle chaud contre sa bouche.
Ce n’est pas terminé, murmura-t-elle.
Damien la regarda comme s’il voulait la dévorer et la chasser en même temps.
Non, répondit-il. Ce n’est que le début. Et la prochaine fois, Lila… je ne m’arrêterai pas.
Le son de son prénom dans sa bouche la fit frissonner de la tête aux pieds.
Elle sortit du bureau sans se retourner.
Dans l’ascenseur, elle s’effondra presque contre la paroi. Ses lèvres brûlaient. Sa peau brûlait. Entre ses cuisses, une chaleur insistante et humide lui rappelait à quel point elle avait perdu le contrôle. Elle glissa une main tremblante sous sa robe et toucha la dentelle trempée. Un frisson violent la parcourut. Elle ferma les yeux et se mordit la lèvre pour ne pas gémir.
Merde. Merde. Merde.
Ce n’était pas le plan.
Elle était censée le séduire. Le faire tomber. Le briser. Elle n’était pas censée fondre sous ses mains. Elle n’était pas censée gémir son prénom. Elle n’était pas censée avoir envie de retourner là-haut, de s’agenouiller devant lui et de le supplier de la finir.
L’ascenseur s’ouvrit. Lila traversa le hall comme une somnambule. Dehors, la nuit était froide, mais sa peau restait brûlante. Elle marcha jusqu’à son appartement dans un état second, le goût de Damien Cross encore collé à sa bouche, le souvenir de ses doigts encore gravé entre ses cuisses.
Une fois rentrée, elle s’appuya contre la porte fermée et ferma les yeux. Sa main glissa à nouveau sous sa robe. Cette fois, elle ne s’arrêta pas. Elle se toucha en pensant à lui, à sa voix, à la façon dont il avait dit son prénom, jusqu’à ce qu’un orgasme silencieux et violent la fasse plier en deux contre la porte.
Quand ce fut fini, elle glissa jusqu’au sol, le souffle court, les joues humides.
Son plan était toujours là. Intact. Dangereux.
Mais pour la première fois depuis le début, Lila se demanda si elle serait capable de le mener jusqu’au bout…
Ou si c’était elle qui allait finir complètement brûlée.
La quatrième nuit, Lila savait que quelque chose allait basculer.Elle le sentait dans l’air depuis qu’elle avait posé le pied dans le hall de marbre de Cross Empire. Une tension différente. Plus lourde. Plus chargée. Comme si le bâtiment entier retenait son souffle.Elle avait choisi ses vêtements avec une intention claire. Une robe noire simple, mais plus près du corps que les précédentes. Le tissu glissait sur sa peau comme une caresse. Le décolleté était discret, juste assez pour révéler la naissance de sa poitrine quand elle se penchait. Ses cheveux étaient détachés ce soir-là, tombant en ondes souples sur ses épaules. Elle savait que Damien Cross préférait le contrôle. Elle savait aussi que le désordre calculé pouvait le déstabiliser.À dix-neuf heures quarante, les derniers employés avaient disparu. Lila resta. Elle ne fit même plus semblant de travailler. Elle s’assit à son bureau, les jambes croisées, et attendit. Son cœur battait trop fort. Ses paumes étaient légèrement humi
La troisième nuit, Lila ne prit même plus la peine de feindre.Elle arriva à dix-huit heures quarante, salua poliment les derniers employés qui rangeaient leurs affaires, puis s’installa à son bureau avec une concentration tranquille. Elle savait qu’il était encore là. La lumière sous la porte de Damien Cross ne s’éteignait jamais avant vingt-deux heures. Parfois bien plus tard. Ce soir-là, elle avait choisi une blouse blanche fine, presque transparente sous les lumières froides des plafonniers, et une jupe crayon noire qui s’arrêtait juste au-dessus du genou. Le tissu épousait ses hanches avec une précision calculée. Ses cheveux étaient relevés, laissant sa nuque et le creux de ses clavicules découverts.Rien de vulgaire. Rien qui puisse être reproché. Mais assez pour que le regard s’y attarde une seconde de trop.À vingt heures cinq, elle se leva. Elle prit un dossier qu’elle avait préparé avec soin — un document qu’il n’avait pas demandé, mais qu’il ne pourrait pas ignorer — et
Le lendemain, Lila arriva plus tôt que d’habitude.Pas assez pour attirer l’attention des autres employés, juste assez pour être déjà installée quand les premiers costumes sombres commencèrent à remplir les couloirs de verre. Elle avait choisi ses vêtements avec une précision presque chirurgicale : une robe noire simple, cintrée à la taille, qui épousait sa silhouette sans la crier. Le tissu était doux, mat, élégant. Ses cheveux étaient relevés en un chignon bas, laissant sa nuque découverte. Une fine chaîne d’or reposait contre sa peau. Rien d’excessif. Rien qui puisse être jugé provocant.Mais tout était pensé.Elle savait que Damien Cross remarquait les détails. Elle avait passé trop de nuits à étudier les rares informations disponibles sur lui pour l’ignorer. L’homme détestait le désordre. Il détestait les faiblesses. Et il détestait particulièrement ceux qui tentaient de se faire remarquer trop ouvertement.Alors elle ferait l’inverse.Elle serait parfaite.Discrète.Presque invi
Le bureau de Damien Cross était un territoire interdit.Même les cadres les plus haut placés hésitaient avant d’y pénétrer. Les murs de verre noirs, les lignes épurées, le silence presque religieux qui régnait à l’intérieur… tout était conçu pour rappeler aux visiteurs qu’ils se trouvaient en présence d’un homme qui ne tolérait ni l’erreur, ni la faiblesse, ni la familiarité.Ce soir-là, la voix de Damien résonna dans la pièce comme un verdict.Vous êtes terminé. Je me fiche du nombre d’années que vous avez passées ici. Vous m’avez coûté trois millions. Faites vos cartons avant que la sécurité n’arrive.Il raccrocha sans attendre de réponse. Le téléphone reprit sa place sur le bureau avec un clic sec. Damien se passa une main sur le visage, fatigué, mais pas assez pour laisser paraître la moindre faille. Il se leva, marcha jusqu’à la baie vitrée et contempla la ville qui scintillait à ses pieds. Des milliers de lumières. Des milliers de vies. Aucune ne l’intéressait.Il n’avait jamais







