LOGINLe dernier signalement datait de la veille. Un homme correspondant à la description de Marchetti avait été aperçu dans un village de Seine-et-Marne, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Il était descendu dans une auberge isolée, sous un faux nom, et avait payé pour trois nuits d’avance.— C’est là qu’on va le cueillir, dit Amir.— On prévient Mercier ? demanda Rebecca.— Pas tout de suite. Si on envoie les gendarmes, il va les repérer à un kilomètre et prendre la fuite. Il faut d’abord qu’on le coince. Ensuite, on appelle la cavalerie.— Et comment tu comptes le coincer ? demanda Steiner. C’est un ancien des forces spéciales. Il est armé, il est entraîné, il est dangereux.— Je sais. Mais j’ai un avantage : il ne sait pas que je suis sur sa piste.Amir se prépara minutieusement. Il passa la soirée à étudier les plans de l’auberge, à repérer les issues, à calculer les temps de trajet. Il vérifia son arme – un pistolet semi-automatique que Steiner lui avait procuré – et la glissa
— Il faut prévenir Mercier, dit Éléonore. Qu’il lance un mandat d’arrêt contre lui.— C’est déjà fait. Mais Marchetti est un professionnel. Il ne se laissera pas prendre facilement. Il a quitté Manosque avant qu’on puisse l’intercepter, et il a disparu dans la nature.— Alors qu’est-ce qu’on fait ? On attend qu’il réapparaisse ?— Non, répondit Amir. On le cherche. Et pendant qu’on le cherche, on coupe les vivres à Jacques. On identifie tous ses contacts, tous ses complices, tous ses hommes de main. Et on les neutralise, un par un.Les jours suivants furent une véritable traque. Amir, aidé de Rebecca et de Steiner, déploya un réseau de surveillance autour de la prison de la Santé. Chaque visiteur était photographié, chaque appel était intercepté – dans les limites de la légalité, ou presque. Peu à peu, le réseau de Jacques se dévoilait. Il était plus étendu qu’ils ne l’avaient imaginé. Des hommes d’affaires véreux, des politiciens déchus, des anciens collaborateurs qui espéraient enco
Amir hocha la tête.— Rebecca a raison. On ne peut plus continuer à fuir. Il faut qu’on l’arrête définitivement.— Mais comment ? demanda Éléonore. Il est déjà en prison.— Pas pour cette tentative d’intimidation. Pas pour la tentative d’assassinat. Si on peut prouver qu’il est derrière tout ça, il sera condamné à perpétuité. Sans possibilité de remise de peine. Sans espoir de sortir un jour.— Et on fait comment pour le prouver ?— On retourne à Paris, répondit Rebecca. On donne ce message à Mercier. On fait analyser l’écriture, le papier, l’encre. On retrouve le messager. Et on remonte jusqu’à Jacques.Éléonore regarda le message froissé dans sa main. Les mots de Jacques dansaient devant ses yeux comme des serpents venimeux. Vous ne serez jamais en sécurité. Il avait raison, d’une certaine manière. Elle ne serait peut-être jamais complètement en sécurité. Mais elle pouvait se battre. Elle pouvait refuser de se laisser intimider. Elle pouvait gagner.— D’accord, dit-elle. On rentre à
Le quatrième jour, Éléonore découvrit la lavande. Pas les champs endormis qu’elle avait vus en arrivant, mais un petit carré, protégé du vent par un muret de pierre, que le propriétaire avait planté près de la maison. Les plants étaient taillés, prêts pour le printemps, mais quelques tiges séchées dépassaient encore, et elle en cueillit un brin qu’elle glissa dans la poche de sa veste.— Ma mère adorait la lavande, dit-elle à Amir qui l’avait rejointe. Elle en mettait partout. Dans les armoires, dans les sachets de tisane, dans l’eau du bain. Quand j’étais petite, je croyais que c’était son odeur naturelle. Comme si elle était née avec ce parfum.— Tu penses souvent à elle ?— Tous les jours. Surtout depuis que tout ça a commencé. Je me demande ce qu’elle aurait fait, à ma place. Si elle serait fière de moi.— Elle serait fière. Aucun doute.Elle hocha la tête, les yeux brillants, et glissa sa main dans la sienne. Ils restèrent ainsi un long moment, à regarder la vallée qui s’assombri
Il se tourna vers Amir.— J’ai besoin de savoir qui d’autre est impliqué. Votre amie Rebecca Morel, votre belle-sœur Isaora, le commandant Mercier. Tous ceux qui pourraient être des cibles potentielles ou des vecteurs d’information.— Rebecca est au courant, répondit Amir. Isaora est cachée dans un lieu secret, même moi je ne sais pas où. Mercier est notre contact dans la police.— Bien. Je vais coordonner avec eux. En attendant, madame Servin, je vous demanderai de suivre quelques consignes simples. Ne pas sortir sans me prévenir. Ne pas emprunter deux fois le même itinéraire. Ne pas répondre aux sollicitations des journalistes. Et surtout, ne pas rester seule dans une pièce avec une fenêtre ouverte.— Vous croyez vraiment qu’un sniper pourrait me viser depuis les toits ?— Je crois qu’il faut envisager toutes les possibilités, madame. C’est mon métier.Éléonore hocha la tête, impressionnée malgré elle. Cet homme était méthodique, professionnel, et terriblement rassurant. Peut-être q
Il s’interrompit, incapable de terminer sa phrase. Éléonore posa une main sur la sienne.— Je vais bien. Je suis vivante.— Aujourd’hui, oui. Mais demain ?Elle ne répondit pas. Elle savait qu’il avait raison, d’une certaine manière. La menace était réelle, et elle ne disparaîtrait pas tant que Jacques aurait les moyens de nuire. Mais elle ne pouvait pas vivre éternellement enfermée entre quatre murs, à sursauter au moindre bruit, à craindre chaque voiture qui passait dans la rue. Ce n’était pas une vie. C’était une prison.— J’ai engagé quelqu’un, dit soudain Amir.— Comment ça, engagé quelqu’un ?— Un garde du corps. Un ancien des forces spéciales, reconverti dans la protection rapprochée. Il s’appelle Steiner. Il commencera demain matin.Éléonore le regarda, interloquée.— Tu as engagé un garde du corps sans m’en parler ?— Je ne voulais pas t’inquiéter. Mais après ce qui s’est passé l’autre jour, je ne peux plus prendre de risques.— Je n’ai pas besoin d’un garde du corps, Amir. J







