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CHAPITRE 7 – Rebecca arrive

Author: L'encre
last update publish date: 2026-07-22 16:11:36

Alors elle ne pleura pas. Elle respira. Elle compta ses inspirations, une par une, jusqu’à ce que le feu dans sa poitrine se transforme en braise, puis en cendre, puis en quelque chose de froid et de dur qu’elle ne connaissait pas encore.

Quand elle rouvrit les yeux, son reflet dans la vitre lui parut différent. Moins pâle. Moins fragile. Plus dur.

Elle ne savait pas si c’était une bonne chose.

La sonnette de l’entrée retentit.

Éléonore sursauta si violemment qu’elle faillit renverser la lampe posée près de la fenêtre. Elle se retourna, le cœur battant. La sonnette retentit une deuxième fois, puis une troisième, insistante, presque agressive. Quelqu’un appuyait sur le bouton sans discontinuer, comme si la personne derrière la porte savait qu’elle était là et refusait de s’en aller avant d’avoir obtenu une réponse.

Elle traversa le salon, les jambes encore flageolantes, et jeta un coup d’œil par le judas.

Rebecca.

C’était Rebecca.

Éléonore poussa un long soupir, un mélange de soulagement et d’appréhension, et ouvrit la porte. Rebecca entra sans attendre qu’on l’y invite, comme elle le faisait toujours, avec cette énergie débordante qui remplissait n’importe quelle pièce en quelques secondes. Elle portait un trench-coat beige sur une robe noire, ses cheveux bruns détachés en cascade sur ses épaules, et tenait à la main un sac en papier qui dégageait une odeur de nourriture chinoise.

« J’étais dans le quartier. Je t’ai envoyé trois messages, tu n’as pas répondu. J’ai pensé que tu étais morte, ou pire, que tu travaillais. Alors j’ai pris des nems et des raviolis vapeur au cas où. »

Elle posa le sac sur la table basse, à côté du téléphone retourné, et commença à retirer son trench en parlant sans s’arrêter.

« Tu sais ce que j’ai vu en bas ? Une voiture noire garée devant l’immeuble avec un type au volant qui avait l’air de s’ennuyer ferme. Un garde du corps, un journaliste, un amant ? Non, ne dis rien, je plaisante. Enfin, à moitié. Tu ne réponds jamais à ton téléphone, c’est infernal. Tu pourrais au moins mettre un message automatique. "Je suis occupée, rappelez plus tard." Ou "Je suis morte, laissez un message après le bip." »

Elle suspendit son geste en voyant le visage d’Éléonore.

Rebecca avait ce talent rare, presque dérangeant, de lire les gens en une fraction de seconde. Elle ne s’en vantait jamais, ne le revendiquait pas comme une compétence, mais Éléonore l’avait vue à l’œuvre des dizaines de fois : un regard, un silence, une crispation imperceptible des mâchoires, et elle savait. Elle savait toujours.

Cette fois, elle ne dit rien pendant un long moment. Elle posa son trench sur le dossier du canapé, s’approcha d’Éléonore, et la regarda droit dans les yeux. Ses yeux à elle, ces yeux noisette pailletés d’or qui avaient vu trop de choses et ne s’en cachaient pas, parcoururent le visage de son amie avec une intensité presque douloureuse.

« Qui est morte ? »

La question tomba, simple, directe, sans précaution. Ce n’était pas de la brutalité. C’était de l’honnêteté. Rebecca ne savait pas tourner autour du pot, ne voulait pas apprendre, et considérait que les amitiés véritables se passaient de politesses inutiles.

Éléonore ne répondit pas tout de suite. Elle ne savait pas quoi dire. Personne n’était mort, en réalité. Pas physiquement. Mais quelque chose était mort en elle ce soir, quelque chose qu’elle n’arrivait pas à nommer et qu’elle ne retrouverait peut-être jamais. La confiance. L’innocence. La croyance naïve que les gens qu’on aime ne vous trahissent pas. Était-ce cela, la mort dont parlait Rebecca ? Ou voyait-elle simplement le cadavre de la femme qu’Éléonore avait été jusqu’à ce soir, allongé sur le tapis du salon à côté du téléphone retourné ?

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