MasukNicolas n’arrivait pas à croire ce qu’il venait d’entendre. C’était comme s’il rêvait, un rêve qui semblait ne jamais vouloir finir.
— Dis-moi que c’est une blague, Kaïra.
— Malheureusement, non. Je n’ai jamais eu le choix, Nicolas.
— Le choix ? On a toujours le choix. Je déteste cette façon de penser des gens qui disent que la vie ne nous en laisse pas, s’énerva-t-il.
— Pour moi, c’est différent. Je suis née dans l’organisation.
— Comment ça, née dans l’organisation ?
— Mon père et ma mère y travaillaient. Ils sont tombés amoureux et je suis née dans ce milieu. Je n’ai jamais connu l’amour, ni ressenti la moindre émotion pour quelqu’un. À cinq ans, j’ai commencé les entraînements. On nous apprenait que l’homme est un animal envers qui on ne doit avoir ni compassion ni attachement. Tuer, c’était mon univers. J’ai eu ma première mission à dix ans.
— Bon sang, dans quoi je me suis embarqué ? s’agita Nicolas en essayant de se contenir. Pourquoi te traquent-ils ?
— Je représente une menace. Ils ont peur que je révèle des secrets ou que je fasse quelque chose qui puisse atteindre le gouvernement.
— As-tu des choses compromettantes ?
— Oui. Quand on a passé sa vie à tuer, à manipuler, on garde forcément des preuves.
— Alors qu’attends-tu pour les utiliser contre eux ?
— C’est impossible.
— Pourquoi ?
— Ils nous tueront. Je refuse de vous exposer.
— Tu l’as déjà fait. Quand je pense que j’ai passé six ans à tes côtés, ça me donne envie de vomir. Je parie que même cette vie est un mensonge. Ton amour pour moi tout ça n’était qu’une couverture.
Kaïra baissa la tête un instant avant de le regarder à nouveau.
— Non. Te rencontrer a changé ma vision du monde. Je n’ai jamais ressenti d’amour, même pour mes parents. La seule chose qui me procurait du plaisir, c’était de tuer. Jusqu’au jour où je t’ai rencontré. Ce n’était pas prévu. Mais c’est arrivé. Crois-moi ou non, c’est à cause de toi que j’ai tourné le dos à l’organisation. Je voulais une nouvelle vie. Une vie normale.
— Dis-moi, combien de personnes as-tu tuées ?
— Je ne saurais pas le dire.
— Tu vois ? Tu ne connais même pas le nombre de vies que tu as arrachées, et tu me parles de normalité ? Tu crois pouvoir effacer ça ?
— Je ne peux pas effacer mes fautes. Mais je peux détruire l’organisation.
— Tu te rends compte de ce que tu dis ?
— S’ils ont décidé de me traquer, ils ne me laisseront pas en vie. Alors je vais leur montrer que je suis réellement un danger pour eux.
— J’en ai marre. Donne-moi mon fils, on s’en va tous les deux.
— Tu ne peux pas partir, Nicolas.
— Pourquoi ? Tu vas m’en empêcher maintenant ?
— Ils vous tueront à la moindre occasion.
— J’irai voir la police. Eux m’aideront.
— La police ? Je te parle d’une organisation liée au gouvernement. Ils sont dans la police, dans les ministères, aux frontières, partout. Aller voir la police, c’est se jeter dans la gueule du loup.
Nicolas ne savait plus où se mettre. Tantôt il s’adossait au mur, tantôt il s’agrippait à une chaise.
— Chéri, écoute. Je suis sincèrement désolée pour tout ça. Mais fais-moi confiance, je t’en supplie.
— Te faire confiance ? Pour toi, c’est quoi la confiance ? Mentir pendant des années ?
— Je pensais que cette vie était derrière moi. Je croyais ne plus jamais être mêlée à l’organisation.
— Certains passés ne s’enterrent pas, et tu le sais. Dis-moi est-ce seulement ton vrai nom, ou encore une couverture ?
— À vrai dire, j’ai plusieurs prénoms.
— Ce n’est pas possible…
Soudain, un point rouge apparut en plein milieu du torse de Nicolas. Kaïra posa Brayan au sol et se jeta sur lui. Elle venait à peine de le pousser qu’un tir fracassa le mur derrière eux.
— C’était quoi ça ? demanda-t-il.
— Tu n’as rien ?
— Non, ça va, répondit-il en respirant avec fracas.
— On part. Maintenant.
Kaïra prit son fils et ils sortirent tous de la chambre en courant. Des tirs retentissaient derrière eux.
Arrivés au salon, elle donna Brayan à Nicolas, attrapa un sac et le remplit d’armes. Au moment de partir, le téléphone de l’un des hommes abattus se mit à sonner. Elle se retourna, fouilla le corps et récupéra l’appareil.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— C’est l’organisation. Je dois répondre. Mais en route, allons-y.
Elle glissa le téléphone dans sa poche. Ils coururent vers la voiture. Trop tard : les pneus étaient déjà crevés.
— Baisse-toi, Nicolas !
Il se baissa aussitôt pendant que les balles sifflaient au-dessus de lui. Il se réfugia derrière la voiture. Kaïra changea d’arme et se tourna vers lui.
— Je vais créer une diversion. Cours jusqu’à la maison du voisin. Je viendrai vous chercher dès que j’aurai fini.
Nicolas hocha la tête. Kaïra sortit de sa cachette et ouvrit le feu. Profitant du chaos, Nicolas se réfugia chez le voisin.
Dehors, les tirs éclataient, les vitres se brisaient, le verre volait en éclats. Le duel dura une dizaine de minutes avant que Kaïra ne parvienne à tous les abattre.
Elle monta ensuite dans la voiture des hommes de l’organisation, relia quelques fils jusqu’à faire démarrer le moteur. Elle roula à toute vitesse et se gara devant la maison du voisin. Elle descendit en courant.
— Chéri, je suis là !
Nicolas sortit avec Brayan.
— Tu as réussi à…
— Allons-y. J’ai pris leur voiture. Je nous en trouverai une autre plus loin.
Nicolas ne discuta pas. Il s’installa à l’arrière avec Brayan. Kaïra démarra.
— Où allons-nous ? demanda Nicolas.
— Je vais vous mettre à l’abri, toi et Brayan.
— Comment ?
— Je te dirai plus tard. Pour l’instant, je dois vous protéger. C’est tout ce qui compte.
Le téléphone qu’elle avait pris sonna de nouveau. Cette fois, elle décrocha.
— Allô. Vous l’avez eue ? demanda une voix autoritaire.
— Bonsoir, Vincenzo.
— Olivia tu es toujours en vie ?
— À ton avis ? Tu crois que me tuer serait si facile ?
— Je savais que tu étais coriace. Tu as été la plus brillante de l’organisation, peut-être parce que ton père en était le chef.
— Je me fiche de ça. Qu’est-ce que vous voulez ?
— Tu le sais. Te récupérer. Soit tu reviens avec nous, soit tu es une femme morte.
— Allez vous faire foutre.
Elle raccrocha et jeta le téléphone.
— Tu t’appelles Olivia ? demanda Nicolas, incrédule.
— Oui. C’est mon vrai nom.
Elle se concentra sur la route. Arrivée à un feu rouge, deux voitures s’arrêtèrent à leurs côtés, l’une à droite, l’autre à gauche. Elle jeta un coup d’œil à droite et comprit aussitôt.
Elle se tourna vers Nicolas.
Dès que le feu passa au vert, elle écrasa l’accélérateur. Le démarrage fut si brutal que Nicolas cogna la tête contre le siège avant. Heureusement, Brayan était bien attaché.
Kaïra restait concentrée, guettant d’où viendraient les tirs. Les hommes à gauche baissèrent leurs vitres et sortirent leurs armes.
— Accroche-toi, ça va secouer, prévint-elle.
Elle dévia brusquement et percuta la voiture de gauche. Nicolas s’agrippait de toutes ses forces.
— Tu peux prendre le volant ? demanda-t-il, paniqué.
— Je ne peux pas, je n’y arriverai pas !
Elle n’avait pas d’autre choix que d’anticiper. Chaque fois qu’ils tentaient de tirer, elle heurtait leur voiture pour les déséquilibrer.
Le juge eut un moment de doute. Le stress qu'il venait de subir le hantait encore, et à cela s'ajoutait ce que Kaïra lui avait confié sur l'organisation. Il se leva et croisa les mains, comme s'il allait y trouver son courage.— Pourquoi ne pas appeler la police tout de suite pour leur parler de ça ?— C'est dangereux. Du moment où votre concurrent a essayé de passer par là, vous devriez comprendre que ce n'est pas une petite organisation, cela appartient au gouvernement.— Tous ces meurtres, c'était donc eux ?— Oui, c'est ça. Vous devez m'aider.Il hésita encore et encore.— Je vous en supplie, vous me devez au moins cela.— Laissez-moi réfléchir.— L'heure n'est pas à la réflexion, monsieur. S'ils apprennent qu'elle vous a raté, ils enverront d'autres personnes pour vous tuer.— À vrai dire, je n'ai pas le choix ?— Vous avez le choix : mourir ou les faire périr. Et pour cela, vous aurez besoin de moi, comme moi j'ai besoin de vous.Il n'avait plus le choix. S'il voulait vraiment r
À travers les petites ouvertures des rideaux, elles pouvaient voir la jeune demoiselle discuter avec le juge sur le canapé. Les deux tenaient un verre rempli de vin.— Je vais entrer. Assure mes arrières, dit Kaïra. Si j'ai besoin de ton aide, je te ferai signe. Je vais essayer de voir s’il y a une entrée derrière.— D’accord.Kaïra se leva, traversa la cour et se rendit à l’arrière de la maison. Là-bas, elle trouva une porte. Elle essaya de l’ouvrir, mais c’était fermé. Elle sortit quelques outils de sa poche et les inséra dans la serrure. Elle tourna plusieurs fois jusqu’à ce que la porte s’ouvre.Elle entra à l’intérieur et referma la porte derrière elle.Elle marcha sur la pointe des pieds jusqu’au séjour où se trouvaient les deux.À peine avait-elle franchi le seuil que la jeune demoiselle passa à l’action. Elle commença à caresser le juge, qui se plongea aussitôt dans son monde. Les yeux fermés, il l’encourageait sans le vouloir à aller plus loin.— Ça suffit ! cria Kaïra.Les d
Le juge se tut un instant avant de trancher.— Voici ce que nous allons faire. Pour le moment, je suis en train de travailler sur un dossier. Si vous avez gardé le certificat de mariage, vous allez le déposer chez ma secrétaire. Je jetterai un coup d’œil là-dessus et je vous rappellerai demain soir pour vous dire comment nous allons procéder.— Merci monsieur, dit-elle en caressant la main du juge.Elle se leva lentement, s’approcha de lui, lui caressa légèrement la tête, puis glissa sa main dans son pantalon et saisit son sexe. Le juge, qui ne comprenait rien à ce qui se passait, l’arrêta aussitôt.— Qu’est-ce que vous faites ? demanda-t-il. Ici, c’est mon bureau.— Je le sais, murmura-t-elle d’une voix envoûtante. C’est ma façon de vous remercier, monsieur.— Vous pouvez laisser tomber. Je n’aime pas cette façon de remercier.— Laissez-vous aller, vous allez aimer.Elle passa sa langue derrière l’oreille du juge. Celui-ci devint comme un enfant : il avait oublié la notion du temps.
Vincenzo se leva de son siège.— C’est là le problème. Elle sait déjà que c’est toi qui veux assurer la mission. Changer de personne serait une très bonne idée.— Et qui comptes-tu mettre sur la tâche ?— J’ai une recrue compétente pour ça. Elle s’appelle Alexiane. Elle va s’occuper de lui. Elle le fera très bien.— Puisque tu insistes, je n’ai pas le choix que d’accepter.— Merci. Tout à l’heure, Alexiane passera te voir. Tu lui diras ce que tu as prévu de faire, histoire de voir si cela l’arrange.— C’est compris. On fera comme ça.Luc sortit et Julie entra.— Julie, tu sais que normalement je devrais te tuer ? demanda Vincenzo en reprenant sa place.— Oui, je le sais, répondit-elle en baissant la tête.Elle tremblait.— Calme-toi. Je ne te ferai rien de grave. Néanmoins, j’aimerais te confier une mission.— Si cela peut me faire me racheter, je le ferai.— Tu es la meilleure hackeuse. Peux-tu essayer de traquer Olivia ? Je sais que tu le fais déjà, mais j’aimerais que tu redoubles
Vincenzo serra les poings.— Depuis quand la famille passe avant l’organisation ? Hein, Nicodème ?— Tu n’as aucune idée de ce qu’est la famille.— Peut-être que j’ignore ce que c’est, mais jamais je ne trahirai l’organisation. Puisque c'est ma seule famille. Tu as dit qu’elle allait s’en prendre à ta famille. J’espère qu’elles sont toutes deux en vie ?— Tu le fais exprès en me posant cette question ? Tu sais très bien que les deux sont mortes, calcinées.— Qu’est-ce que tu lui as donné ?— Je lui ai donné tout, tout ce qu’elle voulait.Vincenzo n’attendit pas une seconde de plus. Il sortit son arme et la braqua sur Nicodème.— En faisant cela, j’espère que tu connaissais la sentence qui allait en découler ?— Oui, je le savais.— C’est toi qui m’as appris ce que je sais. Tu as été mon maître, Nicodème. Je t’ai toujours respecté. Alors pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi avoir trahi l’organisation ? Hein ? Pourquoi l’avoir fait pour elle ?— Je l’ai fait pour ma famille. Je n’avais pas
Kaïra serra Ornelle très fort.— Merci beaucoup. Merci infiniment, Ornelle.Ornelle se mit à pleurer à son tour. Les souvenirs étaient remontés de son côté aussi.Les deux restèrent ainsi pendant une trentaine de minutes avant de se détacher l’une de l’autre.— Il faut que je consulte les dossiers que Nicodème m’a donnés.— Je pense que tu devrais te reposer.— Je n’aurai de repos que quand cette histoire finira.Kaïra se leva, saisit le PC et s’assit sur le lit. Elle l’alluma, entra dans les fichiers des nouvelles missions et commença à parcourir le contenu.— Tu devrais lire ceci, fit-elle en tendant le PC à Ornelle.— Fais-moi voir.Ornelle prit le PC et parcourut rapidement le contenu.— Un juge qui demande que son concurrent soit assassiné avant les élections ? s’étonna Ornelle.— Continue de fouiller.— Et c’est Nicolas qui est sur le coup ? Bon sang. C’est quoi ce merdier ?— On doit faire quelque chose, Ornelle. Pour faire tomber l’organisation, je pense que c’est par là qu’on
Sur ces mots, Kaïra déposa les affaires et se rendit sous la douche. Après quelques minutes, elle en sortit, enfila la tenue trouvée, prit le sac d’argent et attrapa aussi celui contenant les pistolets. Nicolas, lui, se contentait de s’occuper de Brayan qui s’était endormi.— Maintenant, allons-nou
Ces cinq hommes étaient hors du commun, pires qu’une armée entière. Ils avaient subi des entraînements durs, intenses, des tortures, traités comme des animaux. Même Olivia les connaissait parfaitement. La dernière fois qu’elle s’était attaquée à l’un d’eux, elle avait failli y laisser la vie. Même
Profitant d’une ouverture, elle sortit son arme et tira sur la voiture de droite. La balle creva le pneu avant. Le véhicule perdit le contrôle et alla s’écraser contre un poteau.Il ne restait plus que ceux de gauche. Les tirs continuaient. Nicolas détacha Brayan et l’allongea au sol, se protégeant
ITALIEIl sonnait exactement neuf heures lorsqu’une voiture noire s’arrêta devant un supermarché. Son occupante, une jeune femme belle et élégante dans la quarantaine, observa son visage dans le rétroviseur central.Elle ajusta sa coiffure, passa du rouge à lèvres, puis ouvrit la portière.D’un pas