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CHAPITRE 27 : « J'AI ATTENDU QUE TU TE RÉVEILLES »

Author: Déesse
last update publish date: 2026-07-02 08:10:27

Lya

La soirée jeux de société. C'est une tradition, une institution, un rituel sacré dans le cercle. Depuis le lycée, m'a-t-on raconté cent fois, ils se réunissent une fois par mois pour jouer aux cartes, au Trivial Pursuit, au Scrabble. Ils rient, ils se chamaillent, ils trichent, ils s'invectivent. C'est leur moment, leur bulle, leur intimité collective.

Je n'en fais pas partie. Je n'en ai jamais fait partie. Même avant l'accident, même avant le mariage, même qua
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    Lya Le matin du 22 janvier, je me lève avant l'aube. La mer est invisible, noyée dans un brouillard épais qui monte du port et glisse dans les rues comme de la fumée. Je fais du café, je le bois debout dans la cuisine, les deux mains serrées autour de la tasse pour y puiser de la chaleur. Je suis calme. Étrangement calme. Comme si les semaines de travail acharné, les nuits sans sommeil, les larmes ravalées, avaient fini par épuiser toutes mes émotions, ne laissant qu'une coquille vide et déterminée. Je m'assieds à mon bureau. J'allume la lampe. Je sors quatre feuilles de papier à lettres, mes plus belles, un papier crème à la fibre longue, acheté chez un papetier de la ville il y a des années et jamais utilisé. Je sors mon stylo-plume, celui que mon père m'a offert pour mes dix-huit ans. Je le remplis d'encre noire. Et j'écris. La première lettre est pour ma mère. Elle est courte, presque administrative. Je la remercie de

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    Je les glisse dans des pochettes plastiques, une par une. Je les numérote, je les date, je les annote. Je crée un index. Un index alphabétique, avec des entrées comme "Menaces", "Manipulation", "Chantage", "Coma simulé", "Adrien", "Lya". Pour que n'importe qui, en ouvrant ce classeur, puisse trouver immédiatement ce qu'il cherche. Quatrième section : LES MENACES. La chemise grise que Séléna a déposée sur mon comptoir, avec les faux documents fabriqués pour détruire Adrien. Les relevés bancaires truqués. Les captures d'écran falsifiées. Les lettres anonymes. J'ajoute une attestation de Maître Kroeg, l'avocate que j'ai engagée il y a une semaine, une femme à la cinquantaine sévère, au tailleur gris, au regard d'acier. Elle a examiné les documents et a rédigé une note certifiant qu'il s'agit de "faux grossiers susceptibles de poursuites pénales pour tentative de chantage et de dénonciation calomnieuse". Cinquième section : TÉMOIGNAGES. Ma m

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    J'ouvre la boîte. Elle est pleine d'enveloppes froissées, de feuilles pliées, de mots griffonnés à la hâte. Je reconnais l'écriture ronde de Séléna, son encre violette, ses paraphes exagérés. Je prends une lettre au hasard. Je lis :"Maman, aujourd'hui Adrien est resté deux heures. Il a tenu ma main. Il a parlé de Lya. Il a parlé de leur dispute. Il est malheureux. Je suis contente. Je reste immobile, je respire à peine, et je savoure sa souffrance comme un fruit mûr. Bientôt, il sera à moi. Bientôt, Lya ne sera plus rien."Je repose la lettre. Ma main tremble, mais ma voix est calme quand je parle.— Tu les as gardées.— Oui. Comme une preuve. Au cas où, un jour, quelqu'un voudrait savoir la vérité. Au cas où, un jour, j'aurais le courage de la dire.Je referme la boîte. Je la range dans mon sac, avec les autres dossiers. Je me lève. Ma mère reste debout près du vaisselier, les bras ballants, le visage creusé par la honte et le

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    LyaLa maison de famille est silencieuse sous le ciel bas de janvier. Les volets sont fermés dans les chambres à l'étage, le jardin est nu, le gravier de l'allée crisse sous mes semelles comme un reproche. Le vent de mer s'est levé, il agite les branches noires du tilleul, il siffle sous la porte du garage, il fait grincer une girouette rouillée quelque part sur le toit. Je m'arrête devant la porte d'entrée. Je n'ai pas la clé. Je n'habite plus ici depuis des années. Mais je sais que ma mère est là. Elle est toujours là.Je sonne. Le carillon résonne dans la maison vide, un son grêle et démodé qui me rappelle mon enfance, les retours de l'école, les goûters dans la cuisine, les cris étouffés de mes parents dans le salon. Une époque où je ne savais rien. Une époque où je croyais que les familles étaient des refuges.Ma mère ouvre la porte. Elle porte une robe d'intérieur à fleurs, un gilet de laine beige, des pantoufles élimées. Ses cheveux gris sont attachés en un chignon lâche. Elle

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    Il referme le dossier. Il croise ses mains sur la couverture. Il me regarde avec une gravité qui me serre la gorge.— Votre sœur simulait, mademoiselle. Elle simulait une grande partie de son coma. Pas tout. Elle était sans doute inconsciente au début. Mais à un moment, elle s'est réveillée. Et elle a choisi de rester immobile. Elle a choisi de se taire. Elle a choisi de continuer à jouer la morte.— Pourquoi ?— Je ne le sais pas avec certitude. Mais je peux le deviner. Elle avait besoin d'être au centre de tout. Elle avait besoin qu'on s'occupe d'elle. Elle avait besoin de retenir l'attention d'un homme qui, visiblement, ne l'aimait plus. Elle a trouvé un moyen. Un moyen extrême, mais efficace.Kervella se tait. Il attend ma réaction. Mais je ne réagis pas. Je suis là pour entendre, pas pour m'effondrer.— Quand j'ai compris, poursuit-il, j'ai fait ce que tout médecin aurait dû faire. J'ai rédigé un rapport. J'y ai consigné mes observations, mes doutes, mes conclusions. J'ai conclu

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    LyaLe train s'ébranle dans un soupir hydraulique. La gare de la petite ville s'éloigne derrière la vitre, puis c'est le port, les mâts nus qui se balancent dans le gris de janvier, la digue balayée par les embruns. Je regarde le paysage se diluer sans le voir. Mes mains sont posées sur le sac en tissu que j'ai calé contre mes cuisses. À l'intérieur, il y a mon carnet rouge, une copie du dossier Vidal, une bouteille d'eau, et une trousse avec deux stylos. Rien d'autre. Je voyage léger. Je voyage déterminée.Depuis deux semaines, depuis que j'ai découvert la transaction cachée dans les cartons de l'arrière-boutique, une idée ne m'a pas quittée. L'idée que le faux coma de Séléna n'était pas une folie isolée, un caprice de femme jalouse. C'était une construction. Une architecture de mensonges qui, pour tenir, avait eu besoin de complices. L'amant marié qui avait acheté le silence de ma mère. Maître Vidal qui avait négocié l'accord. Et, au centre de cette toile, un homme dont je ne savais

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