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Chapitre 124 — Je t'ai cherchée

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-22 08:32:22

Je m'arrête. Je respire. Les mots sont durs à dire, mais je les dis. Parce qu'elle a le droit de savoir. Parce que c'est la seule façon de réparer.

— Ce n'est qu'après mon mariage avec Séléna que les souvenirs ont commencé à remonter. Par bribes. Par éclats. Un visage, une robe bleue, un banc sous un tilleul. Je me souvenais d'une jeune fille qui lisait du Baudelaire. Je me souvenais d'une voix, d'un rire, d'un regard. Mais je n'arrivais pas à mettre un nom sur ce visage. J
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    LyaLe lendemain, il pleut. Une pluie fine, régulière, qui enveloppe la ville d'une brume légère. La mer est grise, le ciel bas, les rues luisantes. La librairie est calme, peu de clients, un temps à rester chez soi, à lire, à boire du thé.Adrien arrive en début d'après-midi, trempé, un parapluie dégoulinant à la main. Il s'excuse, se secoue, laisse des traces sombres sur le plancher. Je lui tends une serviette, il s'essuie le visage, les cheveux, le cou.— Je m'habitue à la pluie bretonne, dit-il.— On ne s'y habitue jamais. On apprend à vivre avec.— C'est une belle façon de voir les choses.— C'est la seule.Il s'installe dans le fauteuil, mais il ne lit pas. Il me regarde ranger les nouveautés, passer un chiffon sur les étagères, trier les cartes postales. Je sens son regard sur moi, chaud, insistant, mais je ne dis rien.Au bout d'un moment, je me tourne vers lui.— J'ai quelque chose à faire, dis-je. Et j'aimerais que tu m'aides.— Bien sûr. Quoi donc ?— Le classeur noir. Les

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    AdrienIl y a des moments qui semblent suspendus, des instants où le monde retient son souffle. Ce matin-là, dans la cuisine de Lya, je vois naître sur ses lèvres l'ébauche d'un sourire. Un sourire timide, fragile, comme une fleur qui s'ouvre après la pluie. Et ce sourire me coupe le souffle.Je viens de lui raconter une anecdote absurde. Je ne sais plus comment elle m'est venue, cette histoire de parapluie retourné par le vent, de goéland voleur de croissant, de course poursuite sur la digue. J'ai parlé sans réfléchir, avec cette maladresse qui me caractérise, et elle m'a écouté, les yeux brillants, la tête légèrement penchée. Et puis, au moment où je m'y attendais le moins, elle a souri.Ce n'est pas un grand sourire. Ce n'est pas un éclat de rire. C'est un mouvement à peine perceptible des lèvres, un frémissement au coin de la bouche, une lumière qui s'allume dans ses yeux. Mais c'est assez pour que mon cœur s'arrête, pour que ma voix se brise, pour que je reste là, bouche bée, com

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    Lya Un matin de mars, le premier vrai matin de printemps, j'arrive à la librairie plus tôt que d'habitude. Le ciel est clair, d'un bleu pâle lavé par le vent, et la mer scintille comme une plaque de mica. L'air est doux, encore frais, mais il porte une promesse de chaleur, une odeur de terre mouillée et de bourgeons. J'ouvre la porte, j'allume les lumières, je monte le chauffage. La boutique sort de sa torpeur nocturne, les livres semblent s'étirer dans les rayonnages, la poussière danse dans les rais de lumière. Je prépare la caisse, range les cartes postales, vérifie les nouveautés. Et j'attends. Adrien arrive vers dix heures. Il est vêtu d'un pull gris clair, d'une veste de toile beige, d'un jean sombre. Il a les cheveux en bataille, le visage reposé, les yeux plus clairs que d'habitude. Il entre avec cette démarche souple que je lui connaissais autrefois, cette façon de poser les pieds comme s'il marchait sur un fil invisible. — Bonjour, dit-il. — Bonjour. — Il fait beau.

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