LOGINChapitre 34 : La réussite malgré toutSolèneLe tableau d'affichage est placé dans le hall de la faculté, à côté des escaliers. Une feuille blanche punaisée sur un panneau de liège, avec une liste de noms et de notes. Chaque semestre, c'est le même rituel : les étudiants se pressent devant ce bout de papier, cherchant fébrilement leur matricule, poussant des cris de joie ou de désespoir selon le résultat. Aujourd'hui, c'est mon tour.Je suis arrivée tôt, avant la foule, avant les bousculades, avant les commentaires. Les bébés sont chez la voisine, Margot est en cours, je suis seule devant cette feuille blanche qui va décider de mon avenir. Mon cœur bat si fort que je l'entends pulser dans mes oreilles, mes mains sont moites, ma gorge est sèche. C'est ridicule, je le sais. Ce n'est qu'un examen. Ce n'est qu'une note. Mais cet examen, c'est le premier depuis mon retour. C'est la preuve que je peux encore réussir, que je ne suis pas brisée, que ma vie n'est pas finie.Je parcours la list
Chapitre 33 : Les nuits blanchesSolèneMinuit. La ville dort, ou du moins elle fait semblant. Par la fenêtre de la kitchenette, j'entends encore les échos lointains d'une guitare dans un bar d'Alfama, le rire ivre d'un touriste égaré, le miaulement d'un chat de gouttière qui défend son territoire. Mais dans l'appartement, tout est silencieux. Gabriel et Raphaël dorment dans leurs berceaux, épuisés par une journée de pleurs, de tétées, de couches sales. Margot est rentrée chez elle depuis longtemps. Je suis seule avec mes livres, mes notes, mes surligneurs usés jusqu'à la moelle.Le programme de troisième année est impitoyable. J'ai manqué un semestre entier, et les professeurs n'ont pas ralenti la cadence pour m'attendre. L'art gothique portugais, le maniérisme italien, les primitifs flamands, l'architecture baroque : autant de matières que je dois assimiler en quelques semaines si je veux réussir mes examens de rattrapage en septembre. Chaque soir, quand les bébés s'endorment enfin,
Chapitre 32 : Le retour aux étudesSolèneUn an. Cela fait un an que j'ai mis ma vie entre parenthèses. Un an que j'ai quitté les amphithéâtres, les bibliothèques, les salles de cours. Un an que je n'ai pas ouvert un livre d'histoire de l'art, que je n'ai pas rédigé une dissertation, que je n'ai pas passé un examen. Une éternité, à l'échelle d'une vie d'étudiante. Un gouffre qu'il va falloir franchir, un retard qu'il va falloir rattraper.Ce matin, pourtant, je suis debout devant le bâtiment de la faculté, le cœur battant, les mains moites. J'ai enfilé ma plus belle robe, celle que Margot m'a offerte pour mon anniversaire, une robe bleu nuit qui masque tant bien que mal les traces que la grossesse a laissées sur mon corps. J'ai coiffé mes cheveux, mis un peu de mascara, essayé de retrouver l'apparence de l'étudiante que j'étais avant. Mais je sais que je ne suis plus la même. Quelque chose en moi a changé, irrémédiablement. La maternité m'a transformée, m'a durcie, m'a vieillie.Gabri
Chapitre 31 : Le serment de vengeanceSolèneL'enterrement a lieu trois jours plus tard, par une matinée grise et pluvieuse qui semble porter le deuil de Lisbonne tout entière. Le ciel est bas, lourd de nuages noirs qui crèvent au-dessus du cimetière en une bruine fine et glacée, de celle qui transperce les vêtements et s'insinue jusqu'aux os. Les tombes de marbre blanc luisent sous la pluie, les cyprès se balancent dans le vent, et les couronnes de fleurs déposées sur les sépultures voisines dégoulinent d'une eau mêlée de pollen.Nous ne sommes que quatre autour du cercueil. Le prêtre, un vieil homme voûté qui ne connaissait pas ma tante mais qui officie par routine, marmonnant des prières que le vent emporte. Margot, vêtue d'un manteau noir emprunté à sa mère, les yeux rouges, le visage défait. Moi, serrant contre ma poitrine Gabriel et Raphaël emmitouflés dans des couvertures épaisses pour les protéger du froid. Et le fossoyeur, qui attend en retrait, appuyé sur sa pelle, le visage
Chapitre 30 : La promesse sur le lit de mortSolèneTante Clara ferme les yeux un instant, rassemble ses forces, puis elle commence à parler d'une voix faible, entrecoupée, que je dois tendre l'oreille pour entendre.— Le médaillon de ta mère, Solène. Je t'ai dit qu'il contenait un secret. Mais je ne t'ai pas tout dit. Je ne pouvais pas tout dire. Ta mère m'avait fait jurer de garder le silence jusqu'à ce que tu sois prête.— Prête à quoi ?— À découvrir la vérité sur ton père. Sur tes origines. Sur qui tu es vraiment.Je sens mon sang se glacer dans mes veines. Mon père. Cet homme dont je ne sais rien, dont ma mère n'a jamais prononcé le nom, dont l'absence a creusé un vide dans ma vie que rien n'a jamais pu combler. Mon père, ce fantôme, ce mystère, cette ombre qui plane sur mon existence depuis toujours.— Mon père, murmuré-je. Tu sais qui était mon père ?— Oui. Et ta mère aussi le savait. Mais elle ne voulait pas que tu grandisses dans l'ombre de cet homme. Elle voulait te protég
Chapitre 29 : La maladie de ClaraSolèneLe téléphone sonne au milieu de la nuit. Ce son strident, brutal, qui déchire le silence et vous arrache au sommeil avec la violence d'une alarme incendie, je ne le connais que trop bien. Chaque fois qu'il retentit à cette heure, c'est pour annoncer une mauvaise nouvelle. Toujours. Sans exception.Je me lève péniblement du matelas, les jambes encore engourdies par le sommeil, le dos courbaturé par les heures passées à bercer Raphaël qui refuse de dormir plus de deux heures d'affilée. Mes pieds nus rencontrent le carrelage glacé, mes doigts tâtonnent dans l'obscurité jusqu'à trouver le combiné.— Allô ?— Mademoiselle Moreau ? C'est l'hôpital São José. Votre tante, Clara Moreau, a été transférée en soins intensifs cette nuit. Son état s'est brusquement aggravé. Il faudrait venir au plus vite.Les mots frappent mon cerveau comme des coups de marteau. Soins intensifs. État aggravé. Venir au plus vite. Je bredouille un remerciement, raccroche, rest







