LOGINLa cantine bourdonnait d’activités. Les élèves riaient, discutaient à voix haute et se précipitaient vers les distributeurs de nourriture. Au milieu du vacarme, Liam et Noah étaient assis à leur table habituelle, un peu à l’écart, savourant leur déjeuner en échangeant des réflexions sur la matinée de cours.
— Les exercices de maths sont beaucoup trop simples, soupira Noah en piquant distraitement son morceau de pain avec sa fourchette.
— Peut-être qu’on devrait demander un programme avancé, proposa Liam.
Noah haussa un sourcil en tournant la tête vers son frère.
— Toi, tu veux juste plus de défis.
Liam esquissa un sourire, mais son amusement s’effaça rapidement lorsqu’il vit deux silhouettes familières approcher.
Jules et Victor Dubois.
Les jumeaux Dubois étaient leur parfaite opposition. Là où Liam et Noah excellaient en classe, Jules et Victor se complaisaient dans la provocation. Ils les enviaient ouvertement, non seulement pour leurs résultats scolaires, mais aussi pour leur aisance naturelle et leur popularité.
— Tiens, tiens, les petits génies, lança Jules avec un sourire moqueur en s’appuyant contre leur table. Toujours en train de bouffer en réfléchissant à des formules magiques ?
Victor ricana à côté, croisant les bras.
Liam leva à peine les yeux de son assiette, mais Noah, lui, sentit déjà la colère monter. Il n’aimait pas qu’on vienne les chercher.
— On est en train de manger, déclara Liam d’un ton calme. Vous voulez quelque chose ?
— Oui, répondit Victor avec une fausse douceur. Vous dire que peu importe à quel point vous êtes intelligents, il vous manquera toujours quelque chose…
Il marqua une pause, s’assurant que son regard perfide croise bien celui de Noah avant d’ajouter :
— Un père.
Le temps sembla s’arrêter.
Noah sentit son cœur rater un battement. Sa mâchoire se crispa, et il posa lentement sa fourchette.
Liam, lui, se redressa immédiatement, tendu.
— Ignore-les, murmura-t-il.
Mais Noah ne pouvait pas.
Il sentit une vague brûlante de colère l’envahir, son sang battre à ses tempes. Il n’entendait plus que les mots de Victor résonner dans son crâne.
Noah, furieux, bondit de sa chaise et se jeta sur Jules avec une rage incontrôlée. Il le plaqua violemment au sol sous les cris surpris des autres élèves.
— Retire. Ce. Que. Tu. As. Dit, gronda-t-il entre ses dents serrées.
La cantine entière se figea.
Jules, paniqué, tenta de se dégager, mais Noah était trop fort.
Victor voulut intervenir, mais Liam se leva à son tour, le regard glacé.
— Touche mon frère, et je t’assure que tu le regretteras, avertit-il d’une voix tranchante.
Victor hésita. Liam ne montrait pas souvent de violence, mais il savait se faire respecter.
Pendant ce temps, Noah maintenait toujours Jules au sol, ses poings tremblant de colère.
— Noah ! cria une voix féminine.
Il tourna brusquement la tête et aperçut une surveillante se diriger vers eux d’un pas rapide, l’air furieux.
Sentant qu’il allait avoir des ennuis, Liam s’accroupit rapidement à côté de son frère et posa une main sur son épaule.
— Lâche-le, Noah. Ce n’est pas comme ça qu’on leur prouvera qu’ils ont tort.
Les poings de Noah tremblèrent encore un instant, puis il relâcha enfin Jules, qui se redressa en crachant de la poussière.
— Petit con… grogna Jules en s’essuyant la lèvre.
La surveillante arriva à leur hauteur et croisa les bras.
— Que se passe-t-il ici ?
Liam prit la parole avant que les Dubois ne puissent s’exprimer.
— Ils nous ont provoqués. Ils se moquent de nous depuis des semaines.
La surveillante fronça les sourcils et se tourna vers Jules et Victor.
— Est-ce vrai ?
Jules détourna les yeux, tandis que Victor croisa les bras, boudeur.
— Ce n’est pas une raison pour se battre, trancha la surveillante en regardant Noah.
Noah ouvrit la bouche pour protester, mais Liam lui pressa le bras pour lui faire signe de se taire.
— On ne veut pas d’ennuis, madame, assura-t-il d’un ton maîtrisé.
La surveillante les observa un moment, puis soupira.
— Très bien. Mais si je vous reprends en train de vous battre, ça sera une retenue. Est-ce clair ?
Les quatre garçons acquiescèrent, chacun lançant des regards noirs à l’autre camp.
Une fois la surveillante partie, Liam attrapa le poignet de Noah et l’entraîna hors de la cantine.
— Pourquoi tu as fait ça ? demanda-t-il à voix basse.
Noah serra les poings.
— Tu as entendu ce qu’il a dit ? Ils se moquent toujours de nous parce qu’on n’a pas de père !
Liam soupira.
— On n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit à ces idiots.
Noah secoua la tête, les mâchoires serrées.
— J’en ai marre de ça, Liam. Marre qu’on nous traite comme des moins que rien parce qu’on n’a pas de père.
Liam posa une main sur son épaule.
— Maman est tout ce dont on a besoin.
Noah soupira, toujours tendu.
Mais au fond de lui, il savait que ce n’était pas si simple.
Le soleil commençait à décliner à l’horizon, baignant l’école d’une lueur orangée. Devant le grand portail en fer forgé, Sofia scrutait la foule d’élèves qui sortaient, un léger sourire aux lèvres comme chaque jour.
Mais ce soir-là, quelque chose clochait.
Liam et Noah n’étaient pas là.
Son cœur se serra immédiatement. Elle savait que ses fils n’étaient pas du genre à traîner après les cours. Ils étaient toujours parmi les premiers à la rejoindre.
Elle attendit quelques minutes de plus, espérant les voir surgir d’un instant à l’autre. Mais la foule d’enfants se clairsemait, et l’angoisse monta en elle.
Le front plissé d’inquiétude, elle prit une grande inspiration et pénétra dans l’enceinte de l’école. Elle marcha d’un pas rapide à travers les couloirs silencieux, croisant quelques enseignants qui terminaient leur journée.
Une seule idée en tête : où étaient ses fils ?
Son instinct de mère lui soufflait qu’il s’était passé quelque chose.
Elias était là, assis au volant, les yeux fixés sur la maison. Elle lâcha le tissu comme s’il lui avait brûlé les doigts.— Non, ce n’est pas possible. Pas lui. Pas encore.— Tu le connais donc ? insista Camille, observant la réaction de son amie. Sophia, qui est cet homme ?Sophia se mura dans le silence, les bras serrés autour d’elle, regardant dans le vide. Camille posa une main douce sur son bras.— Hé, Sophia, parle-moi. Qu’est-ce qui se passe ? Dis-moi, ma belle.La voix pleine de sollicitude de son amie fit céder les dernières digues. Les mots sortirent dans un souffle brisé.— Hier soir… cet homme est venu. Il a frappé à la porte. Et il a déclaré… il a dit qu’il était l’oncle des enfants.— Quoi ? s’exclama Camille, feignant la surprise pour la première fois de la matinée. L’oncle des enfants ? Mais… d’où sort-il ? D’où a-t-il tiré cette information ?— Je ne sais pas, sanglota Sophia, les épaules secouées de sanglots qu’elle retenait depuis la nuit. Mais quand je l’ai regardé
Sofia n'avait jamais rencontré leur père, c’est vrai. Mais en voyant le visage d'Elias, elle vit les traits de ressemblance.— Non, monsieur. Leur père est mort, répéta-t-elle avec une froideur tranchante. Et vous ne serez jamais leur oncle. Vous ne faites même pas partie de la même famille que lui.Elias baissa les mains. Une immense tristesse semblait l’envahir, mais aussi une détermination têtue.— Madame, je crois comprendre. Je comprends votre décision de… de protéger leur histoire, peut-être de leur cacher l’identité de leur père, mais eux, ils le connaissent déjà. Peu importe que mon frère ne les ait pas cherchés, ou qu’il ait tardé. Moi, leur oncle, j’ai besoin d’eux. Ma famille a besoin de savoir qu’ils existent.Il fit un pas de plus, prudent, implorant.— S’il vous plaît. Laissez-moi juste les voir une fois. Les parler, même à travers cette porte. Je vous le promets, je vous le jure sur tout ce qui m’est sacré, je ne vous les prendrai jamais. Ce sont vos enfants, vous les a
Elias gara sa voiture dans le parking souterrain du groupe Lancaster. Il resta quelques secondes immobile derrière son volant, son esprit encore accaparé par l’adresse que le chauffeur de taxi lui avait confiée. Son cœur battait plus fort qu’à l’accoutumée. Il devait absolument garder la tête froide, ne pas se laisser emporter. Inspirant profondément, il sortit de la voiture, prit son attaché-case et se dirigea vers l’ascenseur.Dès qu’il franchit les portes du hall principal, les employés s’inclinèrent légèrement à son passage. Certains chuchotaient, d’autres détournaient le regard, mais Elias n’y prêta pas attention. Il voulait rejoindre son bureau au plus vite.À peine avait-il déposé sa veste sur le dossier de sa chaise que la voix précipitée de sa secrétaire le fit sursauter :— Monsieur Elias, vous avez été absent à la réunion de ce matin. Votre frère était… très sérieux. Il serait préférable d’aller le voir avant de reprendre vos dossiers.Elias serra brièvement les mâchoires,
Le soir, après une longue journée de travail, Elias rentra enfin chez lui. Sa maison, vaste et élégamment meublée, baignait dans un silence lourd, presque oppressant. Il posa sa veste sur le dossier d’une chaise, puis il retira sa montre, qu’il fit glisser de son poignet avant de la déposer machinalement sur la table basse. Il monta lentement dans sa chambre. Elias s’assit sur le bord du lit, le dos courbé, les coudes appuyés sur ses genoux. Ses mains se frottaient nerveusement l’une contre l’autre. Ses pensées, lourdes, tournaient en boucle autour des paroles irresponsables de son frère.Comment peut-il rester si froid face à ses propres enfants ? pensa-t-il en serrant la mâchoire au point de sentir ses dents grincer. Comment peut-il ignorer une telle vérité ?Ses yeux se posèrent sur son téléphone, posé à côté de lui. Il le prit et composa rapidement un numéro.La sonnerie résonna trois fois. Une voix familière répondit, teintée de malice :— Elias ? Tu te rappelles enfin de moi a
Les deux jumeaux tirèrent Sophia à travers les allées jusqu’au rayon des vêtements pour femmes, leurs petits pas pressés résonnant sur le sol carrelé.— Waouh ! Maman, regarde toutes ces belles robes ! s’exclama Liam, les yeux brillants. Elles sont magnifiques !— Oui, maman, elles sont super ! renchérit Noah, incapable de contenir son enthousiasme.Les deux enfants parlaient si fort et avec tant d’entrain que plusieurs clientes se tournèrent vers eux, un sourire amusé aux lèvres. Sophia secoua doucement la tête, amusée, et les laissa l’entraîner.Elle s’arrêta devant une robe exposée sur un mannequin. Le tissu était d’une douceur exquise et la couleur lui allait parfaitement. Ses doigts effleurèrent la matière, admirant la coupe élégante et le tombé impeccable. Mais lorsqu’elle en regarda le prix, son sourire se figea légèrement. La robe était très chère. Sophia savait qu’elle pouvait se le permettre, mais elle hésitait à dépenser une telle somme juste pour une seule pièce, alors que
Après plusieurs minutes à chercher dans le parc, Elias était complètement épuisé. Il ne pouvait s’empêcher de jeter un dernier regard à travers les balançoires et les toboggans, espérant apercevoir les enfants de son frère. Le cœur battant à tout rompre, il se sentait à la fois frustré et inquiet : et si ce n’était pas eux ? Et si les indices s’étaient trompés ?Il retourna à sa voiture et trouva son chauffeur debout, les mains sur les hanches, l’air inquiet.— Monsieur, tout va bien ? demanda-t-il, un brin hésitant.Elias ne répondit pas. Il sortit son téléphone qui donnait de sa poche. L’écran affichait le nom d’Adrien. Son cœur se serra. « Bien sûr, il va me harceler maintenant », pensa-t-il. Il décrocha.— Par où es-tu passé ? s’entendit-il dire, la voix d’Adrien calme mais légèrement irritée. Tu sais que tu es déjà en retard pour la réunion ?— Ma voiture… a eu un petit souci, j'arrive… balbutia Elias, le souffle encore court et les mains tremblantes.Il raccrocha et monta dans l







