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CHAPITRE 3 — LA SIGNATURE

Auteur: Dledition
last update Date de publication: 2026-10-30 23:19:22

— Clara

Le contrat est devant moi. Je peux encore laisser mes mains où elles sont, ne rien toucher, ne pas donner à tout cela la netteté d'une signature. Je regarde mon nom. Il a l'air moins personnel sur ces pages, quelqu'un l'imprime et soudain il semble pouvoir servir à autre chose qu'à me désigner, à m'engager, à me déplacer, à me faire entrer dans une vie que je ne choisis pas vraiment. Ethan ne me presse pas. Je préférerais presque qu'il le fasse. Je saurais quoi lui répondre, je pourrais lui demander s'il a peur que je reprenne mes jambes et mon prénom avant qu'il ait le temps de les ranger dans son contrat. Mais il attend, et son attente me laisse seule avec ma main. Elle tremble. À peine, assez pour moi, beaucoup trop pour moi. Je replie les doigts contre ma paume avant de les poser sur la page.

— Il te faut un stylo.

Je relève les yeux.

— Merci, je pensais signer avec toute la chaleur de mon enthousiasme.

Il me tend le sien. Un geste simple, sans commentaire, et je me retrouve plus agacée que s'il se moquait ouvertement. Je prends le stylo. Le contact me donne quelque chose de précis à sentir, un poids, une surface lisse, un objet assez petit pour que mes doigts puissent se refermer dessus sans que cela ressemble à une tentative désespérée de se tenir. Je le fais tourner une fois. Pas deux. Je ne veux pas qu'il remarque. Ethan baisse brièvement les yeux vers ma main. Évidemment.

— Tu peux encore arrêter de me regarder.

— Tu peux signer.

— Tu vois, nous avons chacun des ambitions.

Il ne répond pas. Je fixe l'endroit où mon nom doit apparaître. Ma signature, je la connais, je n'ai pas besoin de réfléchir pour la tracer, et pourtant ma main hésite au moment de commencer, une résistance minuscule du corps, rien qu'un arrêt, mais j'en ai conscience jusque dans mes épaules. Je serre moins le stylo. Je respire par le nez. Puis j'écris. Je veille à ce que le mouvement reste net, je ne veux pas laisser sur cette page la moindre trace de mon tremblement. Mon nom se termine. Je continue à regarder. Voilà donc le bruit que fait une décision pareille, presque rien, un frottement si discret que ma respiration le recouvre.

— C'est fait.

Je ne sais pas si je lui annonce ou si je me le répète.

— Oui.

Il pourrait au moins avoir la décence de paraître satisfait. Mais non, toujours ce visage sur lequel je ne trouve aucun endroit où poser ma colère. Je garde le stylo entre mes doigts. Le champagne est là. Je prends une gorgée, trop vite, les bulles me piquent la langue, je sens ma gorge se contracter et j'avale malgré tout, parce que tousser maintenant me paraît une humiliation absolument inutile. Ethan me regarde. Je repose le verre.

— Ce champagne doit coûter plus que mon loyer.

— C'est le but.

Je tourne la tête vers lui.

— Tu es toujours aussi détestable ?

— Seulement avec les gens qui m'insultent.

— Tu appelles ça une insulte ?

— Tu préfères un autre mot ?

— Je préfère que tu n'aies pas l'air de trouver cette conversation fastidieuse.

— Alors change de conversation.

Je ris du nez. Je ne veux pas rire, même de cette façon sèche, même contre lui, je ne veux rien lui offrir qui puisse ressembler à une facilité entre nous. Je regarde encore le contrat. Il ne change pas parce que je le regarde, mon nom y reste, parfaitement reconnaissable, je trouve presque offensant qu'il ressemble autant à celui que j'écris ailleurs.

— Tu sais ce qui est merveilleux avec toi ?

— Tu vas me le dire.

— Tu économises à tout le monde le risque de te trouver charmant.

— Cela semble te rassurer.

Je serre les lèvres. Ce qui me rassurerait, c'est de retrouver mes doigts avant leur tremblement, mon nom avant ces pages, mon père avant sa supplication. Je ne dis rien de tout cela. Je prends une autre gorgée, plus petite. Le stylo repose encore dans ma main. Je devrais le poser, le lui rendre, achever le geste proprement, mais je n'en ai pas envie. Il me l'offre pour signer, je le garde après. Cette minuscule décision ne répare rien, elle ne change pas ce que je viens de faire, elle m'appartient tout de même. Je referme mes doigts dessus. Le regard d'Ethan descend vers ma main. Puis remonte jusqu'à mon visage. Il remarque. Je soutiens ses yeux avec une expression qui lui déconseille de réclamer quoi que ce soit. Il ne réclame rien. Je garde le stylo, ma signature reste devant nous, et je refuse de lui montrer laquelle des deux choses me coûte le plus à tenir.

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