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CHAPITRE 4 — LA CÉRÉMONIE FROIDE

Auteur: Dledition
last update Date de publication: 2026-10-30 23:19:56

— Clara

Je trouve la bague de ma mère dans les affaires de mon père. Je la reconnais avant même de la prendre. Mes doigts s'arrêtent au-dessus, une hésitation si brève que personne ne devrait pouvoir la voir, et pourtant je la sens se prolonger en moi, je sais déjà ce que je touche, je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à le faire tout de suite. Puis je la prends. Elle tient dans ma paume avec une facilité qui me serre la gorge. C'est ridicule, cette facilité, les choses devraient peser davantage quand elles restent après les gens. Je referme les doigts. Mon père me regarde.

— Pourquoi elle est là ?

Son regard quitte le mien. Je le vois détourner la tête, je vois surtout le moment qui précède, ce petit arrêt pendant lequel il pourrait me répondre et choisit autre chose. Je connais ses silences autoritaires, ceux qui attendent que je me lasse. Celui-ci ne leur ressemble pas.

— C'est la bague de maman.

Il ne me contredit pas. Je voudrais qu'il dise quelque chose de simple, qu'il me donne une phrase assez ordinaire pour que je cesse de regarder son visage comme si une explication allait finir par s'y lire.

— Regarde-moi.

Il ne le fait pas immédiatement. Je serre la bague un peu plus fort.

— Tu sais, détourner les yeux ne me rend pas moins présente.

Ses lèvres bougent sans produire de réponse. Je déteste avoir envie d'insister au moment où je devrais penser à la cérémonie, je déteste surtout ne pas comprendre pourquoi ces deux choses se retrouvent ensemble dans ma tête, le mariage qui m'attend, la bague dans ma main, mon père qui regarde ailleurs. Je ne trouve pas de lien. Je ne trouve pas non plus de raison de me sentir tranquille. Je garde la bague. Pour l'instant, c'est la seule réponse que je peux obtenir sans supplier. Le mariage civil arrive sans me laisser le temps d'apprivoiser le mot mariage. Je porte une robe simple. J'en sens le tissu contre ma peau chaque fois que je bouge, il n'y a rien à y ajuster qui puisse m'occuper longtemps, rien derrière quoi disparaître, je reste entièrement visible avec mes épaules raides et mon menton trop haut. Ethan porte un costume noir. Bien sûr. Il a l'air de savoir exactement où poser ses mains, où diriger son regard, comment attendre sans laisser l'attente prendre quoi que ce soit en lui. Je voudrais lui dire que c'est agaçant. Je ne le fais pas encore. La cérémonie avance. Je suis là, je réponds quand vient mon tour, ma voix m'appartient, j'y tiens, elle ne se casse pas, elle ne demande pas pardon. Je ne cherche pas le regard de mon père. Celui d'Ethan suffit déjà à me manquer d'une façon que je refuse de nommer. Il est près de moi et pourtant je ne me sens pas regardée. Vue, peut-être, comme on voit qu'une chose est à sa place, que rien ne retarde le déroulement prévu. Je voudrais autre chose. Non, pas de la tendresse, je ne suis pas assez sotte pour attendre de la tendresse de cet homme. Une reconnaissance, simplement, la preuve qu'il sait que je suis une personne debout à côté de lui, pas le dernier élément d'une affaire qui se règle. Je tourne légèrement la tête. Il reste impassible. Lorsque tout se termine, il n'y a pas de baiser. Je ne sais pas pourquoi je remarque autant ce qui n'arrive pas. Je ne le désire pas, je ne demande rien, et cette absence trouve tout de même un endroit précis où s'installer sous mes côtes. Me voilà mariée sans qu'aucun geste ne vienne déranger sa froideur. C'est peut-être cohérent. Cela ne m'empêche pas d'avoir envie de le secouer.

— Tu ne m'as même pas regardée.

Il tourne enfin les yeux vers moi.

— Je t'ai vue.

Sa réponse est immédiate, calme, presque exacte. Presque. Je sens ma mâchoire se tendre.

— Ce n'est pas la même chose.

Il ne détourne pas le regard cette fois. Je voudrais qu'il comprenne sans que je doive expliquer, parce que l'expliquer me donne déjà le sentiment de réclamer quelque chose, et je ne veux pas commencer ce mariage en tendant les mains.

— Tu attends quoi, Clara ?

Mon prénom dans sa bouche me prend de court, pas assez pour que je le lui montre.

— Rien que tu ne sois capable de me refuser avec beaucoup de politesse.

— Je ne fais pas semblant.

— Tu sembles très fier de cette qualité.

— Tu préfères une comédie ?

— Je préfère ne pas devoir t'expliquer la différence entre regarder quelqu'un et constater sa présence.

Il reste silencieux. Je sens la bague de ma mère contre mes doigts. Je pense au regard de mon père qui fuit, à celui de mon mari qui ne cède rien, et je me tiens entre les deux avec cette robe simple qui ne protège de rien. Je redresse les épaules. S'il ne sait pas me regarder, je ne vais certainement pas apprendre à disparaître pour lui faciliter le mariage.

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