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Deux traits et une crise

Author: NiolaWrites
last update Petsa ng paglalathala: 2026-08-17 18:44:19

Point de vue d’Aurelia

Je sais que quelque chose ne va pas le moment où je commence à pleurer à cause du pain.

Pas n’importe quel pain. Du pain à l’ail. Celui qui est parfaitement grillé, doré sur les bords, croustillant à l’extérieur et assez moelleux pour fondre dès qu’il touche la langue. Ce genre de pain.

Et pourtant je le fixe comme si c’était la chose la plus dégoûtante sur terre. Ça fait deux mois après cette nuit. Jolene et moi avions décidé que le sac ne valait pas le coup d’y retourner. Même s’il contenait littéralement mon identité et mon gloss préféré.

« Il y a trop de beurre », dis-je calmement, ma voix tremblant d’une façon totalement inhabituelle chez moi.

De l’autre côté de la table, Jolene cligne lentement des yeux, comme si elle essayait de traiter une langue étrangère. « … Tu as commandé du beurre en plus. »

« Je sais », reniflé-je. « Et maintenant je le regrette. »

Elle continue de me fixer, attendant clairement la phrase « je plaisante » qui ne vient jamais.

« Tu ne comprends pas », ajouté-je. « C’est triste. »

« Aurelia », dit-elle prudemment en se penchant en arrière, « c’est du pain. »

Je la regarde, profondément offensée.

« Exactement. »

Ça semble être la goutte de trop pour sa patience, parce qu’elle expire brusquement et se redresse, ses yeux se plissant tandis qu’elle m’étudie correctement pour la première fois.

« Ok », dit-elle lentement. « On doit parler. »

« De quoi ? » demandai-je immédiatement.

« De pourquoi tu agis comme un dragon mentalement dérangé depuis une semaine. »

Je ricane. « Je ne l’ai pas fait. »

« Tu as pleuré parce que ton thé était trop chaud. »

« Il l’était. »

« Et ensuite tu as pleuré parce qu’il a refroidi. »

« C’était un problème différent. »

Elle me pointe du doigt. « Tu as été émotionnelle, dramatique et irrationnelle. »

« J’ai toujours été dramatique », rétorqué-je.

« Pas comme ça », dit-elle, plus calmement maintenant.

J’ouvre la bouche pour argumenter, mais rien ne sort, parce que quand j’y pense… elle n’a pas entièrement tort. Ces derniers jours ont été bizarres.

La nourriture a un goût différent, plus fort d’une certaine façon, les odeurs persistent plus longtemps qu’elles ne devraient, et mon corps se sent… différent. Même les nausées ont été imprévisibles, apparaissant à des moments aléatoires et disparaissant aussi soudainement.

« Je suis probablement juste stressée », dis-je faiblement.

« Par quoi ? » demande-t-elle instantanément.

« La vie. »

« Ce n’est pas précis. »

« La vie n’est pas précise », murmuré-je.

Elle expire, puis se penche légèrement en avant.

« Aurelia », dit-elle lentement, « la dernière fois que tu… »

Elle s’arrête en plein milieu de la phrase, et mon estomac se resserre.

« … Quoi ? » demandai-je prudemment.

« La dernière fois que tu as eu tes règles ? »

Tout en moi se fige.

« Je n’aime pas cette question. »

« Réponds. »

Je laisse échapper un petit rire. « C’est une question très personnelle. »

Elle ne cligne pas des yeux.

« Réponds. »

Je bouge inconfortablement. « Je ne suis pas ces choses. »

« Tu le fais. »

« Je le faisais. »

« La dernière fois ? »

Je fais un geste de la main dismissif, essayant de balayer ça. « C’est probablement juste en retard. »

« À quel point en retard ? » Demande-t-elle avec de l’inquiétude écrite sur tout le visage.

« … Définis en retard. »

« Aurelia. » Elle claque.

« C’est bon », dis-je rapidement, même si quelque chose dans ma poitrine se resserre.

« Ce n’est pas bon. »

« C’est probablement le stress. »

« Ce n’est pas le stress. »

« Ou peut-être que je suis en train de mourir », ajouté-je faiblement.

« Tu as couché avec lui », dit-elle clairement.

« C’était une seule fois », argumenté-je.

« C’est tout ce qu’il faut. »

Je laisse échapper un rire essoufflé et incrédule. « Ouais, mourir a l’air d’être la meilleure option. »

Avant qu’elle puisse répondre, je repousse ma chaise et me lève brusquement, le mouvement un peu trop rapide.

« Ok », dis-je en forçant de la stabilité dans ma voix.

« On ne panique pas. »

« Je panique déjà », répond-elle en se levant aussi.

« Eh bien, arrête. »

« Toi arrête. »

« Je suis calme. » Je dis avec un sourire constipé sur le visage.

« Tu n’es pas calme. »

« Je suis calme à l’intérieur », insisté-je, même si mon cœur commence à s’emballer.

« Tu as l’air d’être sur le point de t’évanouir. »

« Je ne suis pas sur le point de… »

La pièce bascule légèrement, les bords de ma vision devenant flous au point que je m’agrippe à la table pour l’équilibre.

« … Ok », murmuré-je.

« Peut-être un peu. »

Jolene est déjà en mouvement.

« Ça suffit », dit-elle fermement.

« On va chercher un test. »

« Non. » Je dis en secouant la tête.

« Oui. » Elle dit en hochant la sienne.

« Non. » Je dis en secouant la mienne plus violemment.

« Oui. » Elle dit en hochant la sienne plus violemment que la mienne.

« Je refuse. »

« Tu n’as pas le choix. »

« C’est illégal. » Je dis avec incrédulité.

« Bouge. »

Au moment où on rentre à la maison, je suis debout dans la salle de bain en train de fixer le test de grossesse comme s’il s’agissait d’une arme chargée.

« C’est ridicule », murmuré-je.

Derrière moi, Jolene s’appuie contre le cadre de la porte, les bras croisés.

« Tu temporises. »

« Je réfléchis. »

« Tu réfléchis depuis dix minutes. »

« Ça demande beaucoup de réflexion. »

« Ça demande que tu pisses sur le bâtonnet. »

« Ne le dis pas comme ça. » Je dis en fermant les yeux.

« C’est ce que c’est. »

Je soupire. « C’est comme ça que ça se termine. »

« Tu n’es pas en train de mourir. »

« Ma liberté l’est. » Je dis dramatiquement.

« Vas-y. »

Je la pointe du doigt. « Si c’est négatif, je te poursuis pour détresse émotionnelle. »

« Vas-y. »

« Si c’est positif, je te poursuis pour tout. »

« Aurelia. » Elle claque.

« Ok, j’y vais. » Je dis en snatchant le test et en entrant dans la salle de bain comme si j’allais à la guerre, sauf que je suis non préparée et déjà en train de perdre.

Trois minutes. C’est tout ce qu’il faut. Trois minutes pour que tout change. Je fais les cent pas, je surpense et je regrette chaque décision qui m’a menée ici. Le test est posé sur le lavabo, calme et paisible comme s’il n’était pas sur le point de ruiner ou de réécrire toute ma vie.

« … Peut-être qu’il est cassé », murmuré-je.

De l’extérieur, Jolene répond immédiatement. « Il ne l’est pas. »

« Tu ne le sais pas. »

« Je le sais. »

« Tu n’es pas une scientifique. » Je dis d’un ton évident.

« Toi non plus. » Elle dit du même ton.

« Exactement. »

Le silence s’installe.

« Tu regardes ? » demande-t-elle.

« Non. » Je dis rapidement.

« Regarde. » Elle claque.

« Je ne veux pas. » Je dis d’un ton « duh ».

« Regarde. »

« Je ne suis pas émotionnellement préparée. » Je dis en faisant la moue.

« Aurelia. » Elle claque en levant les bras au ciel.

J’inspire lentement, puis expire, me forçant à me tourner… Je regarde. Au début, mon cerveau ne le traite pas, juste des traits, des formes. Rien d’important. Et puis, ça clique.

Deux traits, pas un. Deux. Je cligne des yeux, une fois, deux fois.

« … C’est nouveau », dis-je faiblement.

Jolene ne répond pas. Je ne la regarde pas, parce que si je le fais, ça devient réel.

« … Peut-être que je l’ai mal fait », dis-je rapidement.

« Tu ne l’as pas fait. »

« Peut-être qu’il est périmé. »

« Il ne l’est pas. »

« Peut-être… » dis-je en commençant à faire les cent pas.

« Tu es enceinte. » Elle me coupe.

Les mots atterrissent lourdement, s’installant dans l’espace entre nous avec une finalité que je ne peux ignorer.

Je laisse échapper un petit rire incrédule. « Ok… ok, c’est drôle. »

« Ce n’est pas drôle. »

« Non, ça l’est », insisté-je en secouant la tête.

« Parce que ce n’est pas possible. »

« Tu as couché avec lui. »

« Une fois. »

« C’est suffisant. »

« Non », dis-je, ma voix se resserrant.

« Non, ça n’a aucun sens. »

« Si. »

« Non. »

Et comme ça. Je ne ris plus.

« Je ne le connais même pas », dis-je calmement.

L’expression de Jolene s’adoucit.

« Je sais. »

« Je ne connais même pas son nom », continué-je, ma voix maintenant instable.

Silence.

« Je ne sais pas où il vit. »

Plus de silence.

« Je ne sais rien », murmuré-je, ma poitrine se resserrant alors que le poids de tout s’écrase sur moi d’un coup. Mes mains commencent à trembler.

« Ça ne peut pas être en train d’arriver. » Mais ça l’est, ça l’a déjà fait, et il n’y a aucun moyen de l’annuler. Je m’affaisse au bord de la baignoire, mon regard verrouillé sur le test, sur ces deux petits traits qui portent d’une façon ou d’une autre plus de poids que tout ce à quoi j’ai déjà fait face.

« … Qu’est-ce que je vais faire ? » demandai-je calmement.

Jolene s’agenouille devant moi, sa voix plus douce maintenant.

« On va s’en sortir. »

« On ? » répété-je.

« Oui », dit-elle fermement.

« Tu n’es pas seule. »

J’avale difficilement, parce que ça aide. Juste un peu. Mais pas assez pour calmer la tempête dans ma tête.

Je laisse échapper un souffle tremblant, fixant le test.

« … Eh bien », dis-je faiblement, « au moins je ne suis pas en train de mourir. »

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