LOGINJe suis déjà installée devant mon écran quand la journée commence vraiment.
Le bureau est encore calme, baigné par une lumière pâle qui traverse les grandes vitres. Le cliquetis des claviers est discret, presque rassurant. J’aime ces moments-là. Avant que la pression ne retombe sur les épaules de chacun. Avant que les décisions tombent sans prévenir. Sur mon écran s’affiche le projet sur lequel je travaille depuis plusieurs jours : l’ouverture d’une nouvelle succursale dans une autre ville. Étude de marché. Implantation stratégique. Budget prévisionnel. Partenaires locaux. C’est ambitieux. Complexe. Exactement le genre de défi que j’aime. Je me plonge dans les chiffres, les comparatifs, les projections. Mon esprit se focalise, s’ordonne. Quand je travaille, le reste disparaît. Les dettes. La fatigue. Les souvenirs. Tout s’efface derrière la logique et l’anticipation. « Tu es déjà à fond, dis donc. » La voix de Léna me sort de mes calculs. Je lève les yeux et souris malgré moi. Elle est assise juste devant moi, son bureau tourné dans le même sens, séparé du mien par une simple cloison basse. Elle se retourne légèrement sur sa chaise, un café à la main. « Quelqu’un doit bien sauver cette boîte », je réponds avec un sourire en coin. Elle lève les yeux au ciel. « Toujours aussi dramatique. Mais… » Elle se penche pour regarder mon écran. « Attends, c’est le projet de la nouvelle succursale ? » Je hoche la tête. « Oui. Si on veut s’implanter dans cette ville, il faut être stratégique. Le marché est déjà saturé, mais il y a une vraie opportunité si on cible le bon quartier. » Léna me regarde quelques secondes, admirative. « Franchement, Serena… tu es douée. » Je hausse les épaules. « Je fais juste ce qu’il faut. » Ce n’est pas de la modestie. C’est de la nécessité. Je n’ai jamais eu le luxe de faire les choses à moitié. ⸻ Le bureau se remplit peu à peu. Les conversations se font plus nombreuses, plus tendues aussi. Depuis l’annonce du rachat, tout le monde est sur ses gardes. On ne sait pas ce qui va changer. Qui restera. Qui partira. « Tu as entendu les rumeurs ? » murmure Léna en se rapprochant légèrement. Je soupire. « Lesquelles ? » « Black Corp veut tout restructurer. Nouvelles méthodes, nouvelles exigences… et surtout, une direction beaucoup plus stricte. » Je serre les dents sans m’en rendre compte. « On n’a pas vraiment le choix. » Elle me regarde avec douceur. « Toi plus que personne, hein… » Je détourne légèrement le regard. Elle sait. Elle sait toujours. Elle n’insiste pas. Léna a ce talent rare : comprendre sans forcer. « En tout cas », reprend-elle, « si quelqu’un peut tirer son épingle du jeu ici, c’est toi. » Je souris faiblement. « J’espère. » Parce que je n’ai pas de plan B. ⸻ Je retourne à mon écran, ajuste un tableau, modifie une estimation budgétaire. Chaque décision compte. Si ce projet aboutit, il pourrait prouver ma valeur. Me rendre indispensable. Et aujourd’hui, être indispensable, c’est survivre. Je note une idée dans la marge : partenariat local, optimisation des coûts logistiques. Ça pourrait fonctionner. Très bien même. « Tu devrais proposer ça », dit Léna en suivant mon raisonnement. « Je vais le faire », je réponds sans hésiter. Je sens une forme de fierté silencieuse. Pas de l’arrogance. Juste la certitude que je suis à ma place ici. Que je mérite ce poste. Que je ne suis pas qu’une employée parmi d’autres. ⸻ Un léger changement d’atmosphère traverse soudain l’open space. Les voix baissent. Les mouvements ralentissent. Comme si l’air lui-même se tendait. Je ne lève pas encore les yeux, mais je le sens. Quelque chose a changé. « Ça y est… » murmure Léna. « Quoi ? » Elle inspire lentement. « Ils sont là. Les gens de Black Corp. » Mon cœur rate un battement. Je reste concentrée sur mon écran, mais mes épaules se raidissent. Ce rachat n’est plus une abstraction. Il devient réel. Présent. Imminent. Je ne sais pas encore à quoi il ressemble. Je ne sais pas encore quel genre d’homme dirige cette entreprise. Je sais seulement une chose : quoi qu’il arrive, je tiendrai. Parce que j’ai déjà survécu à pireJe reste là, silencieuse, fascinée malgré moi. Mon souffle se coupe. Il relève la tête et nos regards se croisent. Ses yeux bleus s’adoucissent légèrement.— Tu es réveillée, dit-il simplement.— Oui… je… je croyais que tu étais parti, murmurai-je, la voix faible.Il s’approche, sa présence imposante me réchauffe. Son corps encore chaud diffuse une énergie presque électrique.— Je ne pars pas comme ça, bébé, me dit-il, un petit sourire qui fait battre mon cœur un peu plus vite.Le surnom m’électrise et me fait rougir. Je sens mes joues brûler, et pourtant, une chaleur rassurante m’envahit.— Tu as bien dormi ? demande-t-il, sa voix basse et posée.— Oui… très bien, souffle-je, incapable de décrocher mes yeux des siens.Il pose une main douce sur ma joue, un geste tendre et protecteur. Je me surprends à fermer les yeux et à apprécier le contact, comme si tout ce qui avait eu lieu hier soir me rattrapait maintenant, avec la sécurité de sa présence.Mon esprit bouillonne de questions, de
Le rythme s’intensifie, nos corps parfaitement accordés. Chaque souffle, chaque mouvement nous rapproche de notre point culminant. Un frisson puissant traverse tout mon être, mêlant désir et possession. Nous atteignons finalement ce point culminant ensemble, haletants, nos cœurs battant à l’unisson, suspendus dans cette intensité partagée.Point de vue de DamonJe sens la chaleur de son corps contre le mien, son souffle encore rapide, ses muscles tremblants sous mes mains. Son odeur, son goût, tout d’elle m’a consumé, m’a poussé au bord de mes propres limites. Quand nous atteignons ce point culminant, je ne peux pas m’empêcher de la serrer encore plus fort contre moi, comme si la laisser respirer librement serait la perdre.Ses bras s’accrochent à moi, son dos heurte ma poitrine, et je sens mon cœur battre furieusement. Serena… son nom résonne dans ma tête, et je réalise à quel point je me suis laissé emporter par elle, par ce jeu, par cette tens
Damon s’écarte légèrement et, d’un ton neutre mais ferme :— La salle de bain est à l’étage, deuxième porte à gauche au fond du couloir. Tu peux te laver, te rafraîchir.Je hoche la tête, les joues brûlantes, incapable de détacher mon regard de lui. Mes mains sont encore tremblantes après tout ce qui s’est passé.— Merci… murmurai-je, presque inaudible.Je pousse la porte, et l’air chaud et humide de la douche m’accueille. Chaque geste est mécanique, le corps encore secoué par nos précédents moments de tension. Mes pensées s’embrouillent, je revois ses yeux, la pression de ses mains, le souffle contre ma nuque… impossible de chasser ces images.La salle de bain est immense, une vaste douche à l’italienne où l’eau tombe en pluie fine depuis le plafond. La vapeur s’élève, embrume l’air et rend chaque mouvement plus sensuel, chaque geste plus chargé. Je sens Damon entrer derrière moi, et un frisson me parcourt instantanément. Sa présence seu
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent dans un léger ding feutré. Je cligne des yeux. Puis je le vois. — Simba… ? Mon chat est là. Assis au milieu du palier, parfaitement calme, la queue enroulée autour de ses pattes, comme s’il m’attendait. Il relève la tête, me fixe de ses grands yeux, puis se lève tranquillement et miaule. Je reste figée. Mon cœur rate un battement. — Mais… qu’est-ce que…? Je me détache doucement de Damon et fais quelques pas, incrédule. Je m’accroupis devant Simba, mes mains tremblent quand je le touche pour vérifier qu’il est bien réel. Il ronronne immédiatement. — Qu’est-ce qu’il fait ici…? murmuré-je, encore sous le choc. Je me redresse lentement et me tourne vers Damon, complètement perplexe. Il me regarde, immobile, parfaitement maître de lui-même. Mais je vois cette lueur dans ses y
Point de vue de DamonJe n’ai pas cessé d’y penser depuis que nous avons quitté le parking.À elle.À ce qui s’est passé.À ce qui aurait pu ne jamais arriver… et qui pourtant est arrivé. Mon esprit est ailleurs. Pour la première fois depuis longtemps, une pensée parasite s’infiltre, persistante, presque dérangeante.Et si elle regrettait ?L’idée me tend. Pas de colère. Pas de contrôle. Quelque chose de plus inconfortable encore. Je renforce ma prise sur le volant, mes jointures deviennent blanche. Une incertitude que je n’ai pas l’habitude de tolérer.Je garde pourtant le visage fermé, la posture droite. Je ne laisse rien transparaître.L’immeuble apparaît enfin. Le penthouse domine la ville, silencieux, immuable. Un refuge que je contrôle.Je coupe le moteur.Je descends le premier, contourne la voiture et lui tends la main. Lorsqu’elle la prend, ses doigts sont légèrement froids. Ce détail
Je sens encore sa chaleur contre moi alors qu’il se retire légèrement. Ses mains attrapent ma jupe et la font glisser doucement sur mes jambes, puis remontent pour l’ajuster parfaitement. Chaque geste est précis, presque cérémonial, et je frissonne malgré moi. Il attrape ensuite mon chemisier, replace les épaules et referme les boutons un à un avec soin, ses mains effleurant ma peau à chaque mouvement. Je sens son corps contre le mien — encore nu — et chaque frôlement fait remonter un frisson incontrôlable. Sa présence est écrasante, impossible à ignorer. — Reste immobile, murmure-t-il, sa voix basse et profonde. Je le regarde, fascinée et troublée à la fois, tandis qu’il s’assure que tout est en place. Ses yeux bleus plongent dans les miens, brûlants, captivants, et je sens que l’attraction entre nous n’a fait que croître, même après ce que nous venons de partager. Lorsqu’il recule enfin, juste assez pour me laisser respir







