LOGINNathanielLa nouvelle est arrivée ce matin, apportée par un gardien bavard qui commentait le journal à haute voix dans le couloir. Un mariage. Le mariage Harrington. La date est fixée, les bans sont publiés, tout le gratin de Londres se prépare à célébrer l'union du puissant James Harrington et de sa ravissante fiancée Amelia.Mon frère et ma bien-aimée. Main dans la main. Devant l'autel. Devant Dieu.Le journal s'est froissé dans mes mains, et ma vision s'est brouillée de rouge. Un voile écarlate, pulsatile, qui bat au rythme de mon cœur. La rage est montée comme une lave, brûlante, dévastatrice, ravageant tout sur son passage. J'ai hurlé. Hurlé à m'en déchirer la gorge, à m'en briser les cordes vocales. J'ai cogné les murs de ma cellule à coups de poing, &agra
AmeliaLe manoir Harrington est en ébullition. Depuis l'annonce officielle de notre mariage, la vieille demeure est devenue une ruche bourdonnante d'activité, un caravansérail où se croisent traiteurs, fleuristes, couturiers, décorateurs et wedding planners. Chaque pièce résonne de discussions animées, de froissements de tissus, de tintements de porcelaine. La maison, qui avait connu tant d'obscurité ces derniers mois, s'est emplie de lumière et de vie.Gwendoline Harrington est aux anges. La sœur de James, que j'ai d'abord connue distante et un peu intimidante, s'est révélée être une alliée précieuse, une organisatrice hors pair doublée d'une belle-sœur attentionnée. Elle a pris les choses en main avec une efficacité redoutable, déléguant, supervisant, tranchant les dilemmes avec une autorit&e
James Le restaurant est désert. Je l'ai fait privatiser pour la soirée, une folie qui a dû coûter une petite fortune, mais je m'en moque. Aucun prix n'est trop élevé pour ce que je m'apprête à faire. La salle est baignée dans une lumière dorée, des chandelles par dizaines qui tremblent doucement sur les tables nappées de blanc. Un feu crépite dans la cheminée monumentale, et à travers les grandes baies vitrées, on voit la Tamise scintiller sous la lune d'hiver, un ruban d'argent qui serpente dans la nuit londonienne. Amelia est assise en face de moi, resplendissante. Elle porte une robe que j'ai choisie pour elle, une soie bleu nuit qui épouse ses formes et fait ressortir l'émeraude de ses yeux. Ses cheveux sont relevés en un chignon savant d'où s'échappent quelques mèches folles, et à ses oreilles brillent les diamants que je lui ai offerts pour son anniversaire. Elle ne sait pas pourquoi nous sommes ici. Elle croit à un simple dîner, une célébration intime de notre victoire sur l
AmeliaLa neige a cessé de tomber. Le silence qui enveloppe le perron est si profond qu'il en devient oppressant, un vide sonore qui avale tout, même le bruit de mon cœur brisé. Clara est toujours là, à genoux dans la neige fondue, ses sanglots déchirant le silence comme des coups de griffe. Ses doigts sont crispés sur la carte de visite que James lui a donnée, mais elle ne la regarde même pas. Ses yeux sont rivés sur moi, deux puits de désespoir qui implorent une rédemption que je ne peux pas lui accorder.Pas aujourd'hui. Peut-être jamais.— Amelia, je t'en supplie... Sa voix est un filet brisé par les larmes et le froid. Ne me rejette pas. Je n'ai que toi. Tu es ma petite sœur. Je t'ai élevée, protégée, aimée...— Protégée ? Le mot m'échappe comme un éclat de verre. Tu appelles ça me protéger ? Me livrer à un fou qui voulait me séquestrer, me forcer à l'aimer, me tuer si je refusais ?— Il m'a menacée ! Il m'a dit qu'il tuerait papa ! Qu'il me tuerait moi ! Je n'avais pas le choix
Il se tourne vers moi, et je vois dans ses yeux une colère froide qui n'est pas dirigée contre moi, mais une colère quand même. Une détermination inébranlable.— Je sais que c'est ta sœur. Et c'est précisément pour ça que je ne veux plus d'elle dans notre vie. Le lien du sang devrait être sacré. C'est le seul rempart contre la sauvagerie du monde. Mais elle a brisé ce lien. Elle l'a piétiné. Elle t'a sacrifiée pour sauver sa peau. C'est la trahison ultime, celle qui détruit la notion même de famille.— Tu ne peux pas lui pardonner, murmuré-je.— Non. Je ne peux pas. Pas maintenant. Peut-être jamais.Clara s'effondre sur les dalles du perron, à genoux dans la neige fondue. Ses sanglots redoublent, un bruit déchirant qui me vrille le cœur. Chaque fibre de mon
AmeliaLa neige tombe sur le domaine, un voile blanc et silencieux qui adoucit les contours du monde. Les pelouses sont un tapis immaculé, les arbres des squelettes givrés, la vieille demeure une forteresse de conte de fées endormie sous l'hiver. Le paysage est d'une beauté à couper le souffle, une carte postale vivante. Et pourtant, je ne peux pas en profiter.Clara est revenue.Elle est là, dans le hall d'entrée, debout, grelottante, misérable. Elle n'est pas entrée. Elle n'a pas osé. C'est Mme Henshaw qui est venue me chercher, le visage crispé, la voix neutre. Une visiteuse, Madame. Une jeune femme qui insiste pour vous voir.Je suis venue par curiosité, par inquiétude aussi. Et je l'ai trouvée sur le perron, transie de froid, les cheveux collés par la neige fondue, le visage dévasté par les larmes et le ma
JamesLa lumière est blanche.Pas celle du soleil, non. Celle des néons. Celle des hôpitaux. Celle qui ne réchauffe jamais rien.J'ouvre les yeux.Mon crâne explose.Vraiment. J'ai l'impression que quelqu'un a enfoncé un pieu dans mon front et qu'il est toujours là, planté, solide, à pulser au ryth
AméliaD’un pas infime, presque imperceptible.Mais je le vois.— Tu prétends haïr ton frère, poursuis-je, la voix qui monte, mais tu as passé ta vie à le jalouser, à l’étudier, à vouloir être lui. Tu dis qu’il était le prince et toi l’ombre , mais les ombres ne tuent pas leur modèle. Les ombres di
AméliaIl a l’air de quelqu’un qui a répété cette scène mille fois dans sa tête. Qui a savouré chaque mot, chaque révélation, comme un vin précieux qu’il aurait gardé des années en cave.— L’accident… murmuré-je. Le jet…Je ne peux pas finir ma phrase.Il ne répond pas.Il n’en a pas besoin.Son si
AméliaSa peau, sous mon nez. Sa joue, où mes lèvres rencontrent le frottement rêche d’une barbe de plusieurs jours. Son cou, à la jonction de l’épaule, cette place que j’aimais tant. Ses lèvres , je cherche ses lèvres comme si ma vie en dépendait, comme si en les touchant je pouvais ressusciter to







