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CHAPITRE 103 — Dmitri Revient

Author: N.Emma
last update publish date: 2026-10-04 17:33:01

POV Alima,

La bibliothèque de la faculté sent la poussière chaude et le papier humide. Dehors, octobre a rabattu sur Moscou un ciel de plomb, et la pluie fine dessine des traînées grises sur les hautes fenêtres. Les radiateurs cognent contre les murs, ils chauffent trop fort ou pas du tout, et j'ai gardé mon manteau sur les épaules, la laine encore froide contre ma nuque.

Je suis installée à la table du fond, celle que Sonia appelle ma table de condamnée, parce qu'elle donne sur un mur nu et
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    POV NikolaiLe soir du six janvier, dans les maisons où l'on a gardé les vieilles coutumes, on ne mange pas avant la première étoile.Ma mère l'observait. Elle posait sur la table douze plats maigres, sans viande ni laitage, une assiette de koutia au centre, du blé cuit, du miel, du pavot, des noix, et nous restions debout devant la fenêtre, mon père et moi, le nez contre la vitre, à guetter un point de lumière dans le ciel de la rue Ostojenka. Je n'y avais pas repensé depuis trente ans. Ce matin, en rentrant d'une réunion où l'on m'avait parlé pendant deux heures de la liquidation d'une société de sécurité privée, j'ai trouvé dans la cuisine ma femme en train de laver du blé dans une passoire, en chaussettes de laine, un tablier noué de travers, et j'ai su, sans qu'elle ait rien dit, quel soir nous étions.Le monde, depuis deux mois, a pris de nouvelles formes.Fiodor Bariatinski a été enterré le douze décembre, au cimetière de Peredelkino, par un prêtre qui n'a pas voulu dire s'il p

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    POV AlimaJ'ouvre l'enveloppe à minuit, assise sur le bord de notre lit, avec Nikolai à côté de moi.Nous n'avons rien dit. Nous sommes montés après le départ des invités, nous avons éteint le plafonnier, allumé la lampe de chevet, sorti l'enveloppe du coffre. Elle est là, entre mes mains, d'un papier crème épais, scellée de cire rouge, portant en lettres penchées : Famille Vetrov. Pour la Gardienne seule. Je la retourne. Je regarde le faucon, la clef, imprimés dans la cire.— Je peux sortir, dit Nikolai.— Reste.— C'est écrit : pour la Gardienne seule.— Je sais ce qui est écrit. Je te dis de rester.Il reste. Il s'assoit un peu plus près, sa main contre mon dos, sans rien dire.Je rompts le sceau. La cire craque, d'un petit bruit sec. Je tire l'enveloppe en deux parties. À l'intérieur, trois choses.Un acte, d'abord. Deux feuilles de papier timbré, enduites d'un cachet de notaire, rédigées en lettres serrées, que je parcours d'un coup d'œil. Acte de restitution. La maison sise rue

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