LOGINLes semaines de tournage continuèrent. L'équipe filma Robert à des séances de dédicaces, où les files s'allongeaient. William en concert avec Broken Echoes, électrique et vivant sur scène. Les deux ensemble au café de Nadia, participant à l'atelier d'écriture.
Ils filmèrent aussi les moments difficiles. Une dispute entre Robert et William rare mais réelle sur l'argent et le futur. Robert en larmes après une critique négative de son livre dans un journal conservateur. William frustréJauneIls peignirent le samedi.Robert avait pourtant prévu de s'y mettre tôt réveil à huit heures, café rapide, bâches au sol avant neuf heures. Mais William avait eu d'autres idées sur ce que *tôt* signifiait un samedi matin, et ils n'ouvrirent les pots de peinture qu'à dix heures et demie, après un petit-déjeuner long et une discussion sur la meilleure façon de commencer par les angles ou par le centre qui n'avait aucune importance réelle mais qu'ils eurent quand même.La petite pièce sur la cour était exactement comme ils l'avaient laissée. Les murs blancs. La fenêtre sur la cour intérieure. Le silence particulier des espaces qui ont attendu.Robert étala les bâches. William ouvrit les pots.La peinture était d'un jaune très doux presque timide, qui hésitait entre le blanc et l'ocre selon la lumière. Ils l'avaient choisie ensemble en mars, dans une quincaillerie du quartier où le vendeur leur avait montré vingt nuances de jaune avec une patience admirable. Ils avaient dit *celui-
Ce qui arrive quand on n'attend plusLe téléphone sonna un mardi matin d'octobre.Robert était à son bureau. Le nouveau manuscrit était ouvert devant lui il en était au troisième chapitre, à ce stade fragile où l'histoire existe assez pour être visible mais pas assez pour être solide, où chaque journée de travail ressemble à marcher sur de la glace fine. Il avait appris à ne pas en parler trop tôt. À laisser les choses pousser dans le silence avant de les exposer à l'air.William était dans la pièce d'à côté le salon, où il travaillait ses compositions depuis le matin, le son étouffé de la guitare acoustique filtrant sous la porte.Le téléphone afficha un numéro que Robert reconnut immédiatement.L'agence Lumière.Il décrocha.« Monsieur Lambert-Mercier ? »« Oui. »« Madame Forestier à l'appareil. » Une pause courte, mais Robert la sentit. « J'aurais besoin que vous et votre mari soyez disponibles pour
Ce qu'on apprend à attendreL'entretien préliminaire eut lieu un jeudi de février.L'agence Lumière était installée dans le onzième arrondissement, dans un immeuble ordinaire qui ne signalait rien de particulier depuis la rue une plaque discrète, une sonnette, un couloir qui sentait le café et le papier. Robert avait imaginé quelque chose de plus officiel, de plus intimidant. Ce lieu modeste le mit étrangement plus à l'aise que n'importe quelle administration qu'il avait connue.Ils arrivèrent dix minutes en avance.William portait une veste qu'il ne mettait presque jamais sobre, ajustée, celle que Robert lui avait dit un jour qu'elle le rendait sérieux sans le rendre quelqu'un d'autre. Il avait les mains dans les poches et regardait le tableau d'affichage dans le couloir avec une attention excessive pour ce qu'il contenait des flyers sur des ateliers parents, des photos d'enfants en colonie d'été, un dessin fait par une petite main maladroite accroché avec un bout de scotch.Robert l
Ce qui pousse dans le silenceJanvier arriva avec ce froid particulier de Paris pas violent, pas spectaculaire, juste persistant. Le genre de froid qui s'installe dans les os et dans les appartements mal chauffés et qui rappelle, chaque matin, qu'il faudrait vraiment changer le joint de la fenêtre du couloir.William était parti en tournée depuis trois semaines.---Robert s'était préparé à l'absence. Il y avait pensé en termes pratiques les courses pour un seul, dormir au centre du lit, les soirées à gérer autrement. Il avait même, secrètement, imaginé que ces semaines lui seraient utiles. Du temps pour écrire, pour avancer le nouveau manuscrit, pour cette forme de solitude productive qu'il avait connue avant William et qu'il pensait pouvoir retrouver facilement.Ce n'était pas tout à fait ça.Ce n'était pas douloureux. C'était juste... différent. L'appartement existait différemment sans William dedans pas vide exactement, trop plein de lui au contraire. Sa guitare dans le coin. Une
Le jourRobert se réveilla à sept heures sans alarme.La lumière de mai entrait par les rideaux mal fermés une lumière franche, généreuse, sans l'hésitation des matins d'hiver. Il resta un moment immobile, les yeux ouverts sur le plafond, à écouter le silence de l'appartement.Puis il se souvint.Pas comme une surprise il savait depuis des semaines, des mois, que ce jour allait arriver. Mais il y a une différence entre savoir et sentir, et ce matin-là, en regardant le plafond de leur chambre, il sentit le poids exact de ce que la journée allait être.Il se leva.---Il prit sa douche longuement, laissant l'eau chaude faire son travail sur les épaules, la nuque, cette tension résiduelle des nuits où l'esprit ne s'éteint jamais complètement. Puis il s'habilla lentement, avec une attention qu'il ne portait pas d'habitude aux gestes ordinaires.Le costume était bleu nuit. Ils l'avaient choisi ensemble, lui et William, dans une boutique du Marais où le vendeur avait eu la bonne idée de le
La veilleLa veille du mariage, William disparut.Pas vraiment pas sans prévenir. Il avait dit à Robert la semaine d'avant, avec cette désinvolture calculée qui signifiait qu'il y avait réfléchi : La nuit avant, je voudrais dormir chez Jonas. Tradition. Porter malheur de se voir. Tout ça.Robert avait levé les yeux de son manuscrit.« On n'est pas superstitieux. »« Je le deviens. »« Depuis quand ? »« Depuis qu'il y a quelque chose à perdre. » William avait dit ça simplement, sans drama. « Je veux que demain tu me voies arriver et que ça compte. Que ce soit un moment. »Robert avait regardé son alliance qu'il portait depuis octobre, qu'il avait cessé de remarquer au doigt et commencé à remarquer dans tout le reste, dans la façon dont elle changeait le poids de certains mots, certains gestes.« D'accord, » avait-il dit.---Donc ce vendredi soir de mai, Robert était seul dans l'appartement de la rue Beaurepaire pour la première fois depuis des mois.Il s'en rendit compte progressive







