Se connecterLolaJe me lève, marche jusqu’à la fenêtre, regardant le jardin ensoleillé.— Avec toi, Sef, je suis la Lola d’avant. Insouciante, bruyante, un peu désordonnée. Je l’aime, cette fille. Elle fait partie de moi. Mais avec Marc… je suis une autre version. Une version que je ne connaissais pas. Une version plus forte, plus complexe, plus… vraie, d’une certaine manière. Une version qui assume ses désirs les plus profonds, même s’ils sont sombres.Je me retourne pour la regarder.— Je ne veux pas choisir entre les deux. Je veux les garder. Toi, et lui. Ma meilleure amie, et l’homme que j’aime. Peut-être que c’est impossible. Peut-être que je vais tout perdre. Mais aujourd’hui, en ce moment, je le défends. Je le choisis. Avec tout ce que cela implique.Sephora me regarde longuement. Son visage passe par une gamme d’émotions : de la colère, de l’incompréhension, de la tristesse, et finalement, une lassitude résignée. Elle pousse un long soupir.— Tu parles comme une illuminée, tu sais ça ? Co
LolaJe me réveille avec les premiers rayons du soleil filtrant à travers les volets de bois de la petite chambre. Une sensation étrange m’habite. Une clarté. Une paix.Le souvenir de l’appel nocturne me revient, non pas comme un rêve fiévreux, mais comme une réalité solide, un point d’ancrage dans la tempête intérieure de la veille. Sa voix, rauque de sommeil et chargée d’une émotion nue. Tu me manques. Ces trois mots ont opéré en moi une alchimie silencieuse.La culpabilité qui me rongeait hier s’est dissipée. Le déchirement s’est apaisé. Je ne suis plus tiraillée entre deux rives. Je suis sur un pont. Et je sais désormais de quel côté je veux marcher.Le collier repose sur ma clavicule, tiède de la chaleur de mon sommeil. Je le touche du bout des doigts. Ce n’est plus une chaîne. C’est un lien. Un choix, porté à mon cou.L’odeur du café frais et du pain grillé monte du rez-de-chaussée. Je m’habille rapidement, le même jean, un autre pull, et je descends.Sephora est dans la cuisine
LolaLa nuit, dans la petite chambre d’amis de Sephora, est d’un silence absolu. Un silence de campagne qui oppresse, qui alerte. Il n’y a pas le léger ronronnement de la climatisation de l’appartement parisien, ni le souffle régulier de Marc à mes côtés. Juste ce vide sonore, et le tumulte assourdissant dans ma tête.Je me retourne dans le lit étroit, les draps rêche s’enroulant autour de mes jambes. Je les repousse avec irritation. Le gratin et le vin pèsent lourd dans mon estomac, mais c’est autre chose qui me tient éveillée. Une inquiétude profonde, viscérale. Une corde tendue à l’extrême, attachée quelque part à Paris, et qui tire, tire sans relâche.Il n’a pas appelé. Il n’a pas envoyé de message. Rien depuis cette photo énigmatique en gare. Le silence est devenu une présence tangible, étouffante. Est-il furieux ? Indifférent ? A-t-il passé la soirée avec ses parents, subissant leurs questions avec son détachement habituel ? Est-il sorti ? Est-il… seul ?L’image de lui, seul dan
LolaLe dîner est exactement ce qu’elle avait promis : réconfortant, simple, délicieux. Le vin est effectivement « pas dégueu ». On parle. Vraiment. Elle me tire les vers du nez, avec la patience d’une pêcheuse à la ligne.— Alors, ce boulot ? C’est vraiment si passionnant ?— Oui, dis-je, et ce n’est pas un mensonge. C’est intense. Exigeant. Je ne m’ennuie jamais.— Et lui ?La question tombe dans un silence soudain, seulement troublé par le crépitement du bois dans le poêle. Elle me regarde droit dans les yeux, sans hostilité, mais avec une fermeté inébranlable.— Il est… brillant, dis-je, choisissant mes mots avec soin. Il sait exactement ce qu’il veut.— Et toi ? Tu sais ce que tu veux, dans cette histoire ?Je baisse les yeux vers mon verre de vin, le faisant tourner lentement.— C’est compliqué, Sef.— La vie est compliquée. Les relations, normalement, c’est censé être simple. Tu aimes, tu aimes pas. Tu restes, tu pars.— Ce n’est pas une relation normale.— Ça, je m’en suis ren
LolaIl tourne les talons et rentre dans son bureau. Je l’entends marcher, puis plus rien. Je termine de ranger mes affaires, plus lentement que nécessaire. Quand je quitte l’immeuble, je prends la sortie principale. Je ne me cache plus. Je marche sous la fine pluie glacée vers le métro, le collier un poids familier et réconfortant contre ma clavicule. Il ne m’accuse plus. Il me relie.L’appartement est vide, mais son silence n’est plus hostile. Il est habité par son absence à venir. Je me déshabille, laissant la robe anthracite sur le dossier d’une chaise, comme en attente. La douche est chaude, apaisante. Je ne cherche plus à effacer son odeur, seulement à me préparer pour l’autre partie de ma vie.Je m’habille avec soin : le jean usé, le pull bordeaux de Sephora, les baskets. Je me regarde dans le miroir. La femme qui me fait face porte un collier fin et un sourire timide. Elle est un amalgame. Elle est les deux.Je ne laisse pas de mot sur le marbre de la cuisine. Nous nous sommes
LolaLa journée du vendredi est un étau, mais un étau dont les morsures ont été négociées. Le souvenir de la nuit torride flotte encore dans l’air entre nous au petit-déjeuner, palpable, mais il est recouvert d’une couche de pragmatisme.Marc est d’une efficacité glaciale, mais ce n’est plus une punition. C’est la version sobre, professionnelle, de l’homme qui m’a possédée corps et âme quelques heures plus tôt. Les ordres sont brefs, les regards perçants, mais ils ne cherchent plus à punir. Ils vérifient. Ils s’assurent que le cadre tient, même si l’un de ses piliers s’apprête à s’absenter.— Le dossier Lambert est sur ton serveur, dit-il en prenant son café noir, les yeux sur sa tablette. Relis les annexes. Il y a des points de droit à clarifier pour lundi.— Je m’en occupe ce matin.— Bien. La réunion avec la direction Asie est reportée à mardi. Préviens-les avec mes excuses.— Entendu.L’échange est technique, net. Mais sous la surface, il y a autre chose. Une tension différente. H







