LOGINLouise n'a pas pleuré. Elle a regardé ce visage ridé avec ses grands yeux bleus, sérieux, intenses. Comme si elle comprenait. Comme si elle disait au revoir à sa façon.
Puis on est sortis de la chambre. On a appelé le médecin. Les formalités ont commencé. Le constat de décès, signé d'une main impersonnelle. Les papiers, les coups de fil, les démarches. Toute cette méca
Il est revenu vers moi. J'ai pris sa main. Ses doigts étaient glacés, mais ils se sont réchauffés au contact des miens. On est restés là, côte à côte, pendant que le cercueil descendait lentement dans la terre. Le bruit des cordes qui se déroulent, le grincement du mécanisme. Puis le bruit sourd, profond, définitif du bois qui touche le fond.Les pelletées de terre ont commencé à tomber. Un bruit mat, régulier, presque apaisant. La terre qui retourne à la terre. La vie qui retourne à la vie.Louise s'est réveillée. Elle a pleuré un peu, un petit cri plaintif. Je l'ai bercée contre moi. Elle s'est calmée. Elle a regardé le ciel. Les nuages qui passaient, lents, majestueux, indifférents à nos peines humaines. Les oiseaux qui volaient, libres, insouciants. Le vent qui faisait danse
Louise n'a pas pleuré. Elle a regardé ce visage ridé avec ses grands yeux bleus, sérieux, intenses. Comme si elle comprenait. Comme si elle disait au revoir à sa façon.Puis on est sortis de la chambre. On a appelé le médecin. Les formalités ont commencé. Le constat de décès, signé d'une main impersonnelle. Les papiers, les coups de fil, les démarches. Toute cette mécanique absurde qui entoure la mort, cette bureaucratie du chagrin qui vous empêche de pleurer vraiment parce qu'il faut remplir des formulaires, prévenir les uns et les autres, organiser la suite.Mais au milieu de tout ça, il y avait nous. Rabis, Louise et moi. Une famille. Soudée par l'épreuve. Unie par l'amour. Forte de tout ce qu'on avait traversé ensemble. Les guerres, les trahisons, les mensonges. Et maintenant, la mort.L'enterrement a
Elle pose sa tête sur mon épaule. Je l'entoure de mes bras. Louise est entre nous, petite chose chaude et vivante qui dort paisiblement.— Tu as entendu ce qu'il a dit ? je demande.— Chaque mot.— Il a dit que j'étais meilleur que lui.— Parce que c'est vrai.— Je ne sais pas si c'est vrai. Mais je vais essayer de l'être. Pour elle. Pour toi.Angèle se hisse sur la pointe des pieds et m'embrasse. Un baiser doux, tendre, plein de promesses et de larmes.— Tu l'es déjà, murmure-t-elle contre mes lèvres. Tu l'as toujours été.On redescend l'escalier. La maison est silencieuse. Le tic-tac de l'horloge résonne dans le hall. Le vent fait trembler les vitres. Dehors, le jour décline. La lumière devient dorée, presque irréelle.On s'installe dans le salon. On allume un feu dans
Sa voix se brise. Il ferme les yeux un instant. Quand il les rouvre, ils sont pleins de larmes.— Mais toi, ma petite Louise, tu peux faire mieux. Tu seras heureuse. Je ferai en sorte que le monde soit meilleur pour toi. Je ne sais pas comment. Je n'ai plus beaucoup de temps. Quelques jours. Peut-être quelques heures. Mais tout ce que j'ai, tout ce que j'ai construit, tout ce que j'ai amassé pendant soixante-dix ans de combat. C'est pour toi maintenant. Pour que tu aies le choix. Pour que tu ne sois jamais prisonnière comme je l'ai été. Pour que tu puisses être qui tu veux, aimer qui tu veux, vivre comme tu veux.Il lève les yeux vers moi. Ses yeux sont brillants, noyés de larmes, mais ils sont pleins d'une lumière que je ne leur ai jamais vue. Une lumière de paix, de sérénité, d'amour.— Rabis. Mon fils. Prends soin d'elle. Prends soin d'Angè
RABISIl est assis dans son lit.Pour la première fois depuis des semaines, depuis que la maladie l'a cloué dans cette chambre qui sent la mort et les médicaments, il s'est fait beau. Une chemise propre, blanche, repassée, qui flotte sur son corps amaigri. Un gilet bleu marine, son préféré, celui qu'il portait pour les grandes occasions. Il s'est même rasé, ou du moins, il a essayé. Ses mains tremblaient trop pour tenir le rasoir sans se couper. C'est moi qui ai fini le travail. Lui, les yeux fermés, la tête renversée, confiant. Moi, la lame sur sa peau grise, retenant mon souffle, priant pour ne pas le blesser, pour ne pas ajouter une douleur à toutes celles qu'il endure déjà.La mousse à raser sentait le santal. Son odeur. L'odeur de mon enfance. L'odeur qui emplissait la salle de bains quand il se préparait pour aller trava
On entre. La maison est silencieuse. Nos pas résonnent sur le marbre du hall. On monte l'escalier. Lentement. Chaque marche est une éternité.La porte de la chambre est entrouverte. Je la pousse doucement.Néron est là. Assis dans son lit, calé par des oreillers. Il porte une chemise propre, un gilet bleu marine. Il s'est rasé, ou du moins, il a essayé. Sa peau est grise, ses yeux sont enfoncés, mais il a fait un effort. Pour elle. Pour Louise.Il tourne la tête vers nous. Ses yeux s'illuminent quand il voit le siège-auto.— Elle est là, dit-il d'une voix faible mais pleine d'une émotion intense.— Elle est là, répond Rabis.Il s'approche du lit. Il défait les sangles du siège. Il prend Louise dans ses bras. Elle se réveille, ouvre ses grands yeux bleus, regarde autour d'elle sans comprendre.— Papa, dit Rabis. Voici Louise. Ta petite-fille.Néron tend les bras. Ses bras tremblent. Ils tremblent tellement que j'ai
NéronLe refus de Rabis reste suspendu dans l'air du bureau, une particule toxique que je ne peux ni absorber ni expulser. Les murs en verre ne reflètent plus que mon propre visage, pâli par la lumière froide des écrans boursiers. Pour la première fois, ce reflet me semble étranger. Un stratège san
AngèleLa routine est devenue une seconde peau, une armure que j’enfile chaque matin. Je suis le modèle de l’employée dévouée, l’architecte repentie et brillante. Néron observe, analyse, et je sens son regard satisfait peser sur moi comme un soleil mort. Il croit avoir gagné. Il croit avoir canalis
AngèleLes jours qui suivent ma visite à Rabis se déroulent dans un silence de cathédrale. Néron ne mentionne plus l'incident, mais sa présence est devenue plus lourde, plus intrusive. Il me surveille non plus comme un projet, mais comme un risque. Un investissement volatil.Je travaille. Je code.
AngèleLa voiture quitte l’autoroute pour s’engager sur une route sinueuse, noyée dans les arbres. Nous avons quitté la ville, son bruit, ses lumières. Nous entrons dans le domaine privé de Néron. Son territoire absolu.Je regarde par la vitre, mon reflet fantomatique se superpose à la forêt obscur







