LOGINChapitre 43 — Le dîner à quatreLyraL'après-midi est passé dans une tension insupportable. Vittoria a disparu dans sa chambre, prétextant une migraine. Damiano s'est enfermé dans son bureau, plongé dans les dossiers du domaine. Et moi, je me suis réfugiée dans la bibliothèque, incapable de rester en place, incapable de penser à autre chose qu'à ce baiser sur la joue, à ce regard triomphant, à cette guerre silencieuse qui vient de commencer.Rosa m'a apporté une infusion, m'a caressé l'épaule, m'a dit de me reposer. Mais le repos est un luxe que je ne peux pas me permettre. Chaque minute qui passe rapproche Vittoria de son but. Chaque minute, elle tisse sa toile, et moi, je reste là, impuissante, à regarder le piège se refermer.Le soir venu, Rosa a dressé la table dans la grande salle à manger. Quatre couverts. Damiano, moi, Vittoria, et un invité que je ne connais pas. Un producteur de vin de Montepulciano, un homme d'une cinquantaine d'années, jovial et bavard, qui semble ravi de d
Chapitre 42 — Le baiser sur la joueLyraLe petit-déjeuner est un supplice. Chaque geste, chaque regard, chaque mot prononcé autour de cette table me transperce comme une aiguille. Vittoria est assise face à moi, rayonnante, parfaitement à l'aise, comme si elle avait toujours été là, comme si cette maison était la sienne, comme si je n'étais qu'une invitée de passage dans sa vie. Elle parle avec aisance, de tout et de rien, de Milan, de la mode, de ses voyages. Elle rit, elle sourit, elle pose sa main sur le bras de Damiano avec une familiarité qui me donne envie de hurler.Damiano est silencieux. Il boit son café, mange à peine, répond par monosyllabes aux questions de Vittoria. Mais je le vois. Je vois son trouble, son malaise, cette tension dans sa mâchoire qui ne le quitte pas. Il est déstabilisé. Elle le déstabilise. Et cela me brise le cœur.— Vous avez un domaine magnifique, dit Vittoria en se tournant vers moi. Je me souviens de la première fois que je suis venue ici. J'avais
Chapitre 41 — Celle qu'on n'attendait plusDamianoJe ne dors pas. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Je suis resté dans mon bureau, assis dans le fauteuil de mon père, un verre de whisky à la main, les yeux fixés sur les ombres qui dansent sur les murs. La maison est silencieuse, mais ce silence est trompeur. Il est habité par des présences, des souvenirs, des fantômes. Et parmi ces fantômes, il y a Vittoria.Elle est là, quelque part, dans une chambre d'amis au bout du couloir. Elle dort, ou elle fait semblant. Elle est revenue, et avec elle, tout un passé que je croyais enterré. Des années de silence, de douleur, de colère. Des années à essayer d'oublier son visage, son parfum, sa voix. Et voilà qu'elle réapparaît, belle, sûre d'elle, comme si le temps n'avait pas passé.Je me lève. Je vais à la fenêtre. Les vignes s'étendent sous la lune, immenses, silencieuses, indifférentes à mes tourments. Cette terre, ces ceps, ces cyprès, tout cela est ma vie. Ma seule certitude. Le seul hér
Chapitre 40 — La voiture qui arriveLyraLe soir est tombé doucement sur le domaine, apportant avec lui cette fraîcheur légère qui annonce la fin de l'été. J'ai passé l'après-midi dans la bibliothèque, enfermée dans le silence des livres, incapable de me concentrer sur autre chose que le poids de mon secret. Les mots dansaient devant mes yeux sans que je les comprenne, et j'ai fini par refermer le volume, renonçant à cette évasion impossible.Je suis dans ma chambre maintenant, assise devant le miroir, brossant mes cheveux blonds avec des gestes lents, mécaniques. Le visage qui me regarde est pâle, marqué par la fatigue et l'angoisse. Les cernes sous mes yeux sont plus profonds qu'avant, mes pommettes saillent, mes lèvres sont sèches. Je ne me ressemble plus. Je ne ressemble plus à personne. Je suis une femme entre deux mondes, entre deux identités, entre deux destins.La fenêtre est entrouverte. Les rideaux dansent doucement sous la brise du soir. Les odeurs du jardin montent jusqu'à
Chapitre 39 — Le secret dans le cœurLyraJe n'ai pas dit un mot à Damiano depuis que j'ai découvert la vérité. Pas un vrai mot, en tout cas. Les banalités, les sourires, les conversations polies, tout cela continue, mécanique, presque automatique. Mais à l'intérieur, je suis ailleurs. Je suis dans une bulle de silence où résonne en boucle cette certitude qui change tout : je porte un enfant. Son enfant. Notre enfant. Et lui ne le sait pas.Le dîner s'achève dans un silence lourd. Damiano me regarde, ses yeux noirs pleins d'interrogations. Il a remarqué que quelque chose ne va pas. Il l'a remarqué depuis des jours, peut-être depuis l'appel de mon père, depuis ce matin où il m'a trouvée assise sur le banc de pierre, les yeux perdus dans le vide. Il m'observe, patient, inquiet, et je sens son regard peser sur moi comme une main posée sur mon épaule.— Serena, dit-il doucement.Je sursaute. Le prénom m'arrache à mes pensées, me rappelle que je ne suis pas moi. Je lève les yeux. Damiano s
Chapitre 38 — Le test de grossesseLyraLe soleil est à peine levé quand je me glisse hors de la villa, un foulard noué autour de la tête, les épaules voûtées, le cœur battant. L'air est frais, chargé de rosée, et les vignes s'étendent devant moi, silencieuses, enveloppées dans un voile de brume matinale. Je marche vite, trop vite, comme si je pouvais échapper à ce qui m'habite, à cette peur qui me ronge depuis des jours, à cette certitude qui grandit en moi comme une ombre.Je n'ai pas dormi. Pas une seule nuit complète depuis l'appel de mon père. Chaque fois que je ferme les yeux, j'entends sa voix, dure, impitoyable, qui me répète que je ne suis rien, que je dois rentrer, que ma place est dans l'ombre. Et puis il y a cette autre peur, plus profonde, plus intime, q







