LOGINCHAPITRE 4 — SOUS LES COMBLES
Je n'ai pas pu rester dans ma chambre.
Après le dîner, je me suis enfermée, le papier froissé dans ma main. Ne me regarde plus comme ça. Comment osait-il ? C'était lui qui me provoquait, qui me dévorait des yeux, qui frôlait mon genou sous la table. Et moi, j'étais censée détourner le regard ?
La colère bouillonnait en moi, mêlée à autre chose : une excitation trouble que je refusais d'accepter.
La maison était silencieuse, le couloir plongé dans l'obscurité. Tout le monde semblait dormir. Mais je savais que Lucian rôdait quelque part. Peut-être m'observait-il déjà.
Tant pis. J'avais besoin de marcher, de comprendre cet endroit, de trouver une issue.
Au lieu de redescendre, je me dirigeai vers l'escalier étroit que j'avais repéré le matin même. Il menait aux étages supérieurs, vers les combles. J'avais vu une porte, là-haut, toujours fermée. La curiosité me rongeait.
Je gravis les marches de bois, le cœur battant à chaque craquement. L'air devenait plus froid, plus lourd, chargé d'une odeur de poussière et de vieux papier. Au sommet, un couloir sombre s'étendait, éclairé par une seule ampoule nue qui pendait du plafond.
Au bout, une porte massive, en bois sombre, avec une serrure ancienne. Je m'approchai à pas de loup. À ma grande surprise, la clé était sur la serrure, comme si quelqu'un l'avait laissée exprès.
J'hésitai. La raison me criait de redescendre, de ne pas ouvrir. Mais l'instinct, cette force obscure qui m'attirait vers les ténèbres, fut plus fort.
Je tournai la clé. Le pêne cliqueta. J'entrai.
La pièce était petite, mansardée, encombrée de meubles couverts de draps blancs. Des cartons s'empilaient contre les murs, des livres moisissaient dans des caisses. Une lucarne laissait entrer un mince filet de lune.
Mais ce n'était pas une simple réserve.
Au centre de la pièce, un vieux fauteuil de cuir faisait face à un mur couvert de photographies. Des dizaines. Des photos de moi.
Je m'approchai, le souffle court. C'étaient des clichés volés, pris à mon insu. Moi, dans la rue. Moi, devant mon studio. Moi, à la bibliothèque. Moi, souriant à Lucas.
Et sur une table, des objets personnels : mon ancien carnet de dessin, une écharpe que j'avais perdue des années auparavant, une mèche de cheveux attachée par un ruban.
Une pièce dédiée à moi. Une pièce qui n'aurait jamais dû exister.
Je reculai, heurtant une étagère. Un bruit de verre brisé retentit dans le silence.
« Je me demandais quand tu la trouverais. »
La voix de Lucian, derrière moi.
Je me retournai brusquement. Il se tenait dans l'embrasure de la porte, les bras croisés, le visage à demi plongé dans l'ombre. La lumière de la lucarne sculptait ses traits durs, sa mâchoire serrée, ses yeux gris qui luisaient comme deux lames.
Il n'avait pas l'air surpris. Il n'avait pas l'air en colère. Il avait l'air… satisfait.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demandai-je, la voix tremblante.
« Ça, Staline, c'est la preuve que tu n'aurais jamais dû venir ici. »
Il fit un pas en avant. Je reculai jusqu'à buter contre la table.
« Depuis combien de temps tu m'espionnes ? »
« Depuis que tu as croisé ma route pour la première fois. Bien avant de savoir que tu serais ma famille. »
Il parlait d'une voix calme, trop calme, comme s'il décrivait une évidence.
« Tu es malade. »
Il sourit. Ce sourire qui ne promettait rien de bon.
« Peut-être. Mais toi, tu es là, au milieu de mes secrets, et tu ne t'enfuis pas. Tu trembles, tu as peur, mais tu restes. Pourquoi ? »
Je ne répondis pas. Parce que je n'avais pas de réponse.
Il s'avança encore, réduisant l'espace entre nous. Je sentis son parfum, cette odeur de cuir et de tabac qui me faisait tourner la tête.
« Parce que toi aussi, tu veux savoir. Parce que tu es attirée par ce que tu devrais fuir. Parce que, Staline, tu es déjà à moi. »
Sa main se leva, effleura ma joue, descendit lentement le long de mon cou. Je frissonnai, incapable de bouger.
« Tu as trouvé la pièce. Tu as trouvé la clé. Tu as ouvert la porte. Tu es venue de toi-même. »
Ses doigts se refermèrent doucement sur ma nuque, sans pression, juste pour me retenir.
« Maintenant, assume les conséquences. »
Il se pencha, et ses lèvres effleurèrent les miennes, à peine, comme un murmure de damnation.
Et moi, je ne le repoussai pas.
CHAPITRE 18 — LA NUIT DE VÉRITÉLa chambre de Lucian était différente de ce que j'imaginais.Elle était vaste, mais pas froide. Les murs étaient couverts de bibliothèques remplies de livres anciens, de bibelots discrets, de photos encadrées. Un grand lit à baldaquin trônait au centre, drapé de lin clair, et une lampe de chevet diffusait une lumière douce, presque intime.Je restai debout près de la porte, mal à l'aise, tandis qu'il préparait un fauteuil près de la fenêtre.« Tu dormiras dans le lit. Moi, je veille ici. »Je le regardai, incrédule. « Tu ne vas pas dormir ? »« Pas cette nuit. »Il s'assit dans le fauteuil, les bras croisés, le regard fixé sur la porte. Il était tendu, vigilant, comme un garde en faction.Je m'approchai du lit, m'assis au bord, les mains serrées sur mes genoux. Le silence s'installa, troublé seulement par le tic-tac d'une horloge lointaine.Au bout d'un long moment, je demandai doucement : « Lucian, pourquoi tu me protèges ? »Il ne répondit pas immédia
CHAPITRE 17 — LE PIÈGELucian revint après une heure qui me parut une éternité.Je n'avais pas bougé du lit, les bras serrés autour de mes genoux, le regard rivé sur ce trou minuscule dans le cadre du miroir. Chaque minute qui passait me semblait une violation supplémentaire. La caméra était là, invisible, patiente, et elle avait enregistré mes nuits, mes pleurs, mes silences.Quand la porte s'ouvrit, je sursautai. Lucian entra, le visage fermé, les mâchoires crispées. Il tenait un petit appareil électronique à la main, un détecteur de signaux, et son regard balaya la pièce comme s'il cherchait d'autres menaces.« Alors ? » demandai-je, la voix rauque.Il s'approcha du miroir, passa le détecteur devant le cadre. L'appareil émit un bip faible, irrégulier.« C'est une caméra sans fil, bas de gamme. Alimentée par pile. Elle émet sur une fréquence courte, trop faible pour être captée à distance. Celui qui l'a installée devait se trouver à proximité pour récupérer les enregistrements. »Il
CHAPITRE 16 — DEUX PRISONNIERSLa nuit suivante, je ne trouvai pas le sommeil.Allongée dans mon lit, les yeux rivés au plafond, je repensais aux messages reçus par Lucian. Des menaces d'une précision chirurgicale, qui évoquaient des secrets que je ne connaissais même pas. Quelqu'un savait tout. Quelqu'un nous surveillait depuis le début.Lucian avait raison : nous étions deux prisonniers. Mais prisonniers de quoi ? De cette maison, de cette famille, ou de notre propre attirance ? Peut-être des trois.Un bruit discret me fit sursauter. Un frottement, à peine audible, provenant du mur derrière ma tête.Je me redressai, le cœur battant. Le silence retomba. J'attendis, les sens en alerte, mais rien ne vint. Un simple craquement du bois, sans doute. Cette maison était vivante, pleine de murmures et de fantômes.Je me recouchai, tentant de calmer ma respiration. Mais une sensation étrange m'envahissait, comme si j'étais observée. Une présence invisible, tapie dans les ombres, épiait chacun
CHAPITRE 15 — LA TRAHISON APPARENTEJe ne le croyais pas.Comment aurais-je pu ? Le téléphone de Lucian avait sonné. Le numéro inscrit sur l'enveloppe correspondait au sien. Il pouvait nier tant qu'il voulait, la preuve était là, froide et implacable. Et pourtant, une part de moi refusait d'accepter cette vérité. Pas parce que je lui faisais confiance, mais parce que sa négation semblait trop sincère.« Tu mens. » murmurai-je, la voix brisée par la colère et l'épuisement.Lucian s'approcha, et je reculai jusqu'à heurter le mur. Il posa une main à plat près de ma tête, l'autre sur ma hanche, m'enfermant sans me toucher vraiment. Son visage était à quelques centimètres du mien, et je voyais ses yeux gris brûler d'une fureur contenue.« Réfléchis, Staline. Pourquoi t'aurais-je envoyé ces lettres ? Pour te faire fuir ? Pour te pousser à me quitter ? » Sa voix était basse, rauque, mais il y avait une logique implacable dans ses paroles. « Je veux que tu restes. Je t'ai enfermée, je t'ai em
CHAPITRE 14 — LE TÉLÉPHONEJe n’ai pas pu bouger.Le téléphone de Lucian vibrait toujours sur le lit, mon numéro clignotant sur l’écran comme une accusation. La lumière froide de l’appareil éclairait les draps sombres, et je restais là, dans l’embrasure de la porte, à regarder cette preuve qui me coupait les jambes.Lucian. C’était lui. Il m’avait envoyé ces lettres. Il m’avait menacée, salie, poussée à partir. Pourquoi ? Pour me manipuler ? Pour me tester ? Pour me faire courir vers lui en me faisant croire qu’un ennemi nous traquait ?La colère monta en moi, si violente qu’elle fit trembler mes mains. Je m’avançai dans la chambre, attrapai le téléphone, l’écran s’éteignit. Je le rallumai. Le numéro s’affichait encore, preuve accablante. Puis je composai à nouveau le numéro de la lettre, et le téléphone de Lucian se mit à sonner, sa sonnerie éclatant dans le silence comme un glas.Je raccrochai. Le silence retomba, plus lourd.Je regardai autour de moi. La chambre était vide, mais to
CHAPITRE 13 — LE CHANTAGELa deuxième lettre arriva quarante-huit heures plus tard.Je l’ai trouvée glissée sous l’assiette de mon petit-déjeuner, comme une condamnation servie avec le café. Une enveloppe blanche, identique à la première, posée là par une main invisible. Personne n’avait rien vu, personne n’avait rien entendu. Le manoir était pourtant rempli de domestiques, de va-et-vient, de portes qui grincent. Et pourtant, quelqu’un avait réussi à déposer cette chose sans être remarqué.Mes doigts tremblaient en l’ouvrant. Le papier était le même, l’écriture identique, nerveuse, tracée avec une colère froide.Staline,Tu n’as pas encore quitté le manoir. Tu crois que je plaisante ? Que mes menaces sont vides ? Détrompe-toi. Chaque jour que tu passes ici est un jour de plus où tu t’enfonces dans la honte. Lucian ne te sauvera pas. Il est la cause de ta perte, et tu le sais très bien. Mais tu restes, parce que tu es faible, parce que tu aimes ce poison qu’il distille dans tes veines.







