LOGINCHAPITRE 5 — LE PREMIER BAISER
Le contact de ses lèvres n'était qu'une promesse, un souffle.
Mais il suffit.
Lucian releva la tête, ses yeux gris plantés dans les miens. La lune découpait son visage en ombres dures, et je vis, pour la première fois, une faille dans son masque : une faim qui n'avait rien de calculé.
« Tu ne recules pas. » murmura-t-il.
Je n'aurais pas pu si je l'avais voulu. Mon corps était cloué par une force plus ancienne que la peur, plus violente que la raison. Cette pièce, ces photos, ce secret morbide, tout aurait dû me faire fuir. Mais je restais là, poitrine soulevée, lèvres entrouvertes, à attendre.
Il posa une main à plat sur le mur derrière moi, m'enfermant dans sa chaleur. L'autre main remonta le long de ma gorge, s'arrêta sous mon menton, inclina mon visage vers lui.
« Tu veux que je t'embrasse, Staline. »
Ce n'était pas une question.
« Non. » soufflai-je, sans conviction.
Il sourit, lentement, et ce sourire me déshabilla.
« Menteuse. »
Puis il m'embrassa.
Ce n'était pas un baiser timide, ni un baiser volé. C'était une prise de possession. Ses lèvres écrasèrent les miennes avec une brutalité qui me coupa le souffle, et sa langue força le passage, goûta, exigea. Je gémis malgré moi, mes mains agrippant sa chemise, déchirée entre le repousser et l'attirer.
Il était partout : sa main dans mes cheveux, son torse contre ma poitrine, son genou glissant entre mes cuisses. Le mur froid dans mon dos contrastait avec la fournaise de son corps. Il m'embrassait comme on se noie, comme si j'étais l'air qui lui manquait.
Et moi, je répondais.
Ce fut la chose la plus terrifiante. Pas lui, pas cette violence, mais mon propre abandon. Je m'accrochai à lui, je mordis sa lèvre inférieure, je goûtai le cuivre et le tabac. Il grogna, un son rauque qui vibra dans ma poitrine, et ses doigts se resserrèrent sur ma nuque.
Il arracha sa bouche à la mienne pour descendre le long de ma gorge. Ses dents frôlèrent ma peau, sa langue traça un chemin brûlant jusqu'à la naissance de mon épaule. Je renversai la tête, incapable de retenir un gémissement.
« Tu ne sais pas ce que tu fais de moi. » dit-il, la voix cassée contre ma clavicule.
Mes jambes tremblaient. Mon corps n'était plus qu'un brasier. Chaque point de contact entre nous envoyait des décharges électriques dans mes veines. Il remonta jusqu'à mon oreille, mordilla le lobe, souffla :
« Je pourrais te prendre ici, maintenant, sur ce sol poussiéreux, et tu me supplierais. »
L'humiliation aurait dû me faire réagir. Au lieu de cela, un frisson de désir me traversa. Je le détestai. Je me détestai.
« Arrête. » haletai-je sans le penser.
Il s'écarta, à peine, juste assez pour que je voie ses yeux : dilatés, noirs de désir, mais traversés d'une lueur cruelle.
« Non. »
Il prit mon poignet et le plaqua au-dessus de ma tête, m'immobilisant. Sa main libre glissa le long de ma hanche, remonta sous mon pull, toucha la peau nue de mon ventre. Je tressaillis, le souffle coupé.
« Maintenant que je t'ai goûtée, je ne peux plus m'arrêter. »
Il m'embrassa de nouveau, plus lentement, plus profondément, comme s'il apprenait chaque recoin de ma bouche. Ses doigts caressaient ma taille, descendaient, remontaient, laissant des traces de feu.
Puis il s'arracha, haletant. Il posa son front contre le mien, les yeux fermés, la respiration rauque.
« Voilà ce que tu es pour moi. Une obsession. Une malédiction. »
Il rouvrit les yeux, et je vis la tempête derrière l'acier.
« Maintenant, tu sais pourquoi tu dois avoir peur de moi. »
Sans un mot de plus, il recula, me laissant contre le mur, tremblante, les lèvres gonflées, le corps en feu. Il ramassa quelque chose sur la table — une photo de moi —, la glissa dans sa poche.
Puis il sortit, me laissant seule dans cette pièce de cauchemar.
Le silence retomba, lourd comme un tombeau. Je m'effondrai contre le mur, les jambes coupées, incapable de comprendre ce qui venait de se passer.
J'aurais dû avoir peur.
Mais tout ce que je sentais, c'était le manque de sa bouche.
CHAPITRE 29 — LA GUERRE COMMENCEJe retrouvai Lucian dans le bureau de son père.Il m’avait envoyé un message quelques minutes après la scène du salon : « Attends-moi dans ma chambre. Ne bouge pas. » Mais je n’avais pas obéi. J’avais suivi la silhouette furieuse qui traversait le hall, et je m’étais glissée derrière lui jusqu’à la porte du bureau, restant dans l’ombre du couloir.La pièce était vaste, tapissée de boiseries sombres, avec une immense bibliothèque qui couvrait tout un mur. Armand était assis derrière son bureau en acajou, un verre de whisky à la main. Il n’avait pas l’air surpris de voir Lucian entrer sans frapper.« Ferme la porte, » dit-il calmement.Lucian la claqua derrière lui avec une violence qui fit trembler les murs. Je reculai d’un pas, le cœur battant.« Tu as signé un contrat avec Victor Hale sans même en parler à Staline, » attaqua Lucian, la voix vibrante de rage. « Tu savais très bien ce que cela signifiait. Tu l’as condamnée à un enfer. »Armand but une g
CHAPITRE 28 — LA VENTEJe n’ai pas dormi.Après que Lucian m’eut ramenée à ma chambre, après ses promesses murmurées dans l’obscurité, après le baiser brûlant qu’il déposa sur mon front avant de s’éclipser, je restai allongée sur mon lit, les yeux grands ouverts, à fixer le plafond. Les heures s’égrenèrent, lentes, impitoyables. Dans ma tête tournaient en boucle les mots de mon beau-père : une proposition de mariage, pour toi, Staline.Je me sentais vendue. Livrée à un inconnu comme une pièce de bétail, sans qu’on m’ait seulement demandé mon avis. Ma mère m’avait élevée dans l’idée que le mariage était un choix, pas une contrainte. Si elle me voyait aujourd’hui, enfermée dans ce manoir de marbre et de secrets, elle pleurerait de rage.Au matin, je n’eus même pas la force de descendre. Je restai sous la couette, les genoux repliés contre la poitrine, écoutant les bruits étouffés de la maison qui s’éveillait. Des pas dans le couloir, des portes qui claquent, des chuchotements. Puis, ver
CHAPITRE 27 — LE MARIAGE FAMILIALLe salon entier semblait retenir son souffle.Lucian se tenait dans l'embrasure de la porte, le visage blême de rage contenue, les poings serrés le long du corps. Son regard allait de son père à moi, comme s'il cherchait une issue à ce piège qui venait de se refermer sur nous.« Tu ne peux pas faire ça, » dit-il d'une voix sourde, menaçante.Mon beau-père, Armand Delacroix, ne cilla pas. Il se cala dans son fauteuil, croisa les jambes, et planta ses yeux froids dans ceux de son fils.« Je peux, et je vais le faire. Staline n'est pas ta sœur par le sang, mais elle porte notre nom depuis que sa mère m'a épousé. Elle a des devoirs envers cette famille, comme nous tous. »« Elle n'a rien à voir avec tes dettes ! » explosa Lucian en faisant un pas dans la pièce. « Tu ne vas pas la vendre comme une marchandise pour sauver tes affaires pourries. »Armand haussa un sourcil, un sourire mauvais aux lèvres. « Tu parles de dettes, mon fils. Mais c'est toi qui as
CHAPITRE 26 — LE RETOURLe jour se levait à peine lorsque nous reprîmes la route.Lucian conduisait en silence, les yeux rivés sur la route, le visage marqué par la fatigue et la douleur. Son épaule blessée semblait le faire souffrir, mais il ne s'en plaignait pas. Il se contentait de serrer les dents, les doigts crispés sur le volant.« On ne peut pas rentrer ensemble, dit-il finalement. Quelqu'un pourrait nous voir. »Je hochai la tête. « Je sais. Dépose-moi à l'arrêt de bus près de la grille, je finirai à pied. »Il me jeta un regard en coin. « Tu crois que je vais te laisser marcher seule après ce qui s'est passé ? »« Je crois que tu n'as pas le choix. Si on veut éviter les soupçons, il faut qu'on arrive séparément. »Il grogna, mais ne protesta pas davantage. Il se gara un peu plus loin, à l'abri d'un bosquet, et se tourna vers moi. Ses yeux étaient sombres, inquiets.« Staline, si quelqu'un te pose des questions, tu ne sais rien. Tu as passé la nuit dans ta chambre. Compris ? »
CHAPITRE 25 — LA LIBERTÉLa portière ouverte laissait entrer le froid de la nuit, mais je ne frissonnai pas. J'étais ailleurs, suspendue entre deux mondes : celui de la raison qui me criait de fuir, et celui de mon cœur qui me clouait sur place.Lucian n'avait pas bougé. Il fixait le pare-brise, les mains posées sur ses cuisses, le visage impassible. Pourtant, je percevais la tension qui irradiait de tout son être, cette retenue douloureuse, comme s'il luttait contre lui-même pour ne pas refermer la portière et m'enfermer à jamais dans sa cage.Je fis un pas. Un seul.Mon pied toucha le sol gravillonneux, et le bruit me sembla démesuré dans le silence. Je m'extirpai lentement de la voiture, le souffle court, le cœur battant à un rythme insoutenable. L'air glacé me gifla le visage, me ramenant brutalement à la réalité.J'étais dehors. Libre.La route s'étendait devant moi, sombre et déserte, bordée d'arbres décharnés dont les branches griffaient le ciel. Je fis un pas, puis un autre. C
CHAPITRE 24 — LA CONFESSIONLes mots de Lucian claquèrent dans l'habitacle comme un coup de fouet.Je restai figée, le souffle coupé, le regard plongé dans le sien. La pénombre de la nuit l'enveloppait, soulignant les contours de son visage tuméfié, la dureté de sa mâchoire, la lueur fiévreuse qui brûlait dans ses yeux.« Tu ne me crois pas ? » demandai-je d'une voix blanche.Il resserra sa main sur ma nuque, juste assez pour m'ancrer à lui, sans me faire mal. « Je crois ce que je vois. Et ce que je vois, c'est une jeune femme qui se ment à elle-même. Qui préfère les belles excuses aux vérités qui dérangent. »Je déglutis, sentant la chaleur de ses doigts se diffuser dans ma nuque. « Et quelle serait cette vérité, selon toi ? »Il se pencha encore, jusqu'à ce que son front touche presque le mien. « Que tu es venue parce que tu m'aimes. Parce que tu ne supportes pas l'idée de me perdre. Parce que je te manque, même quand je suis là. Et parce que, malgré tout ce que je t'ai fait, tu ne







