تسجيل الدخول(Point de vue d'Imelda)---Tout commença par une nuit sans sommeil.Imelda était allongée dans la chambre bleue, les yeux fixés sur le plafond. La ville scintillait derrière la fenêtre, silencieuse et lointaine. Elle avait essayé de lire, mais les mots dansaient devant ses yeux sans trouver de prise. Elle avait essayé de dormir, mais son esprit tournait en boucle, ressassant des souvenirs qu'elle aurait préféré oublier.C'est alors que l'idée lui vint. Pas comme une révélation éclatante. Plutôt comme une évidence tranquille, une chose qui avait toujours été là et qu'elle n'avait jamais regardée en face.Elle avait passé des années à lire les mots des autres. Des années à évaluer des manuscrits, à rédiger des fiches de lecture, à juger ce qui méritait d'être publié et ce qui ne le méritait pas. Elle avait tenu un journal intime depuis l'adolescence – ce même journal que Celeste avait volé, photographié, souillé. Mais ce journal, elle l'avait écrit pour elle-même, dans le secret de sa
(Point de vue d'Imelda)---Le temps passa. Combien de jours exactement, Imelda n'aurait su le dire. Les semaines se fondaient les unes dans les autres, indistinctes, rythmées par les seuls repères qui lui restaient : les plateaux de Rosa, les bruits de pas dans le couloir, la lumière qui changeait derrière la fenêtre.Elle ne pleurait plus. Elle ne souffrait plus. Elle existait, simplement, comme on existe dans un couloir vide, un espace de transition entre deux portes fermées. Elle mangeait quand Rosa le lui demandait. Elle dormait quand son corps l'exigeait. Elle répondait aux questions par des monosyllabes, des hochements de tête, des silences.Ce n'était pas de la résistance passive. Ce n'était même pas de la survie consciente. C'était un état de flottaison, un entre-deux cotonneux où plus rien ne pouvait l'atteindre parce qu'elle n'était plus vraiment là pour être atteinte.Celeste continuait son jeu. Les sourires sucrés devant Jordan. Les piques à voix basse quand il avait le d
(Point de vue de Jordan)---Deux jours après sa conversation avec Rosa, Jordan n'avait toujours pas adressé la parole à Celeste. Non par évitement calculé – il était passé maître dans l'art de la confrontation – mais parce qu'il ne savait pas quoi lui dire.Lui reprocher d'avoir frappé Imelda ? C'était ce qu'il faisait lui-même, d'une manière différente, depuis des mois. Lui reprocher d'avoir publié le journal intime ? Il avait fait pire. Il l'avait épousée pour la détruire. Il l'avait prise brutalement le soir de leurs noces. Il l'avait ignorée, humiliée, brisée. De quel droit condamnerait-il Celeste pour avoir simplement... continué le travail ?Et pourtant, chaque fois qu'il croisait Imelda dans un couloir, chaque fois qu'il voyait ce poignet nu et ce regard vide, quelque chose se tordait en lui. De la colère. Du regret. De la honte. Des émotions qu'il avait passé sa vie à réprimer et qui revenaient maintenant, obstinées, refusant de se laisser enterrer.Elle avait changé de chamb
(Point de vue de Jordan)---Jordan Taylor n'était pas homme à laisser des questions sans réponses.Le lendemain de son retour, il convoqua les employés un par un dans son bureau. C'était une méthode qu'il connaissait bien : isoler, interroger, comparer les versions. Il l'avait fait des dizaines de fois avec des concurrents, des partenaires, des subordonnés. Il n'avait jamais pensé devoir le faire dans sa propre maison.Le chauffeur fut le premier. Un homme massif, d'une quarantaine d'années, qui travaillait pour la famille Taylor depuis plus de dix ans. Il se tenait debout devant le bureau, les mains croisées, le regard fuyant.« Que s'est-il passé pendant mon absence ? » demanda Jordan sans préambule.« Rien de particulier, monsieur. »« Le visage de ma femme porte des marques. »Le chauffeur ne répondit pas. Ses mâchoires se crispèrent imperceptiblement.« Je vais te poser une question simple, » reprit Jordan d'une voix glaciale. « Qui l'a frappée ? »« Je ne sais pas, monsieur. »
(Point de vue de Jordan)---Jordan Taylor rentra le dixième jour, tard dans la soirée.Le voyage d'affaires avait été productif. Les contrats étaient signés, les alliances consolidées, les indicateurs au vert. Il aurait dû être satisfait. Il l'était, techniquement. Mais pendant tout le trajet du retour, une sourde inquiétude lui avait noué l'estomac sans qu'il sache pourquoi.Il ne s'était pas demandé comment elle allait. Il ne se posait jamais ce genre de questions. Elle était un pion, un instrument, une variable dans l'équation de sa vengeance. On ne s'inquiétait pas pour un pion.Pourtant, quand la voiture s'arrêta devant le penthouse, il sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.Il monta directement. Il faisait nuit. Le salon était éteint, la cuisine silencieuse. Rosa avait terminé son service. Madame Delacroix était dans ses quartiers. Seule une lampe était restée allumée dans le couloir menant aux chambres.Il posa sa valise, se servit un whisky, et s'apprêtait à gagner
(Point de vue d'Imelda)---Les jours qui suivirent furent un brouillard blanc.Imelda ne parlait plus. Elle répondait par monosyllabes quand on s'adressait à elle, hochait la tête, secouait la tête, exécutait les gestes mécaniques de la survie. Rosa continuait d'apporter ses plateaux. Madame Delacroix continuait de lui jeter des regards glacés. Les autres employés passaient autour d'elle comme on contourne un meuble encombrant, sans la voir, sans lui parler.Celeste, elle, continuait son jeu. Les piques au petit-déjeuner. Les sourires mielleux devant témoins. Les remarques à voix basse quand personne n'écoutait. Mais Imelda ne réagissait plus. Elle avait dépassé la colère. Elle avait dépassé la tristesse. Elle flottait dans un entre-deux cotonneux, une zone grise où plus rien ne pouvait l'atteindre.Elle touchait son bracelet en cuir machinalement, comme on respire. La perle sombre était usée par des années de ce geste. Elle ne savait plus ce qu'elle y cherchait. Son père ? Une prote







