Les premiers jours de rééducation avaient imposé leur propre cadence à la maison des Segarra. Le matin appartenait à Karl Weber, à sa méthode rigoureuse, à ses consignes dépouillées de toute pitié inutile. L’après-midi retombait en une fatigue dense, parfois presque hostile, qui couchait Stéphane dans un silence où même l’orgueil n’avait plus la force de protester. Et le soir, chacun réapprenait à habiter cette maison transformée par la convalescence : les pas ralentis dans le couloir, les portes refermées avec précaution, les repas pris à heures fixes parce que Théronie l’exigeait, la lumière tamisée plus tôt qu’avant, comme si tout le monde avait accepté de vivre au rythme d’un corps blessé. Ce soir-là, pourtant, quelque chose dévia. La journée avait été plus dure que les précédentes. Karl Weber l’avait su dès les premières minutes, sans qu’il soit nécessaire que Stéphane le formule. La tension dans sa mâchoire, sa manière de retenir le souffle avant certains mouvements, ce reta
Last Updated : 2026-08-12 Read more