Je tourne la tête vers la fenêtre. La pluie dessine des rigoles sur la vitre, des chemins d'eau qui se croisent, se séparent, se rejoignent. Comme des vies. Comme des destins.— Je passais mes mercredis après-midi dans sa cuisine. Ma mère ne voulait pas. Elle disait que ce n'était pas une place pour une enfant, que j'allais me brûler, me couper, me faire mal. Mais mon père insistait. Il disait : "Laisse-la venir. Elle a le feu dans les yeux. Ce feu, il faut le nourrir, pas l'éteindre." Alors tous les mercredis, après l'école, je courais jusqu'au restaurant. Je poussais la porte de la cuisine, et il était là, derrière ses fourneaux, immense, puissant, comme un roi dans son royaume. Il m'installait sur un tabouret haut, près du plan de travail. Un vieux tabouret en bois, tout branlant, avec des taches de peinture écaillée. Je l'adorais, ce tabo
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