La fragilité d’Evestine ne ressemblait pas à celle des autres.Elle n’arrivait pas en pleurs faciles, en phrases brisées, en aveux désordonnés. Elle se glissait plutôt dans un silence trop long, dans une main qu’on retire un peu plus vite qu’il ne faudrait, dans un regard qui se vide soudain d’une partie de sa lumière sans que le visage, lui, ne trahisse encore quoi que ce soit.Ce samedi-là, elle avait proposé à Gabriel de venir chez elle.Pas pour un dîner.Pas pour une soirée entière.Seulement pour un thé en fin d’après-midi, après une promenade écourtée par la pluie.Le geste était simple en apparence. Il avait pourtant un poids réel. Jusqu’ici, ils s’étaient vus dehors, dans des cafés, des musées, des rues de Paris où l’air circule encore assez pour qu’une femme puisse protéger sa respiration si elle sent monter en elle quelque chose de trop dense. L’inviter chez elle, c’était autre chose. C’était laisser entrer un homme dans l’espace même où elle avait
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