Il y avait des humiliations qui blessent par ce qu’elles retirent.Et puis il y avait celles, plus rares, plus cruelles, qui blessent par ce qu’elles montrent.La veille au soir, dans ce restaurant de Bruxelles, Canus n’avait pas seulement vu Gabriel répondre avec calme, précision et retenue. Il n’avait pas seulement entendu un autre homme nommer, sans théâtralité, le manque de courage qu’il avait lui-même maquillé trop longtemps sous des mots plus élégants.Non.Ce qu’il avait vraiment vu, et qui lui restait depuis comme une douleur fixe derrière la poitrine, c’était autre chose :Gabriel arrivait proprement.Dans le monde d’Evestine.Dans ses jours.Dans son espace intérieur.Dans son avenir, peut-être.Et plus Canus essayait de chasser cette idée, plus elle revenait avec une netteté implacable.Le matin suivant, il se leva tôt dans son hôtel bruxellois sans avoir vraiment dormi. Le ciel, derrière les rideaux, portait cette lumière grise et exacte des lendemains de vérité. Il resta
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