Aurora La serre est un autre monde. Au couvent, il y avait un jardin clos, carrée de buis, planté de roses trémières et de lavande. Je n'y entrais jamais seule. Sœur Maria m'y accompagnait, ou l'une des anciennes, et nous y cueillions des herbes pour la cuisine, ou des fleurs pour l'autel de la Vierge. C'était un jardin de travail et de prière. La beauté n'y était pas interdite, mais elle était toujours ordonnée, toujours utile, toujours tournée vers Dieu. Ici, la serre est une jungle. Madame Fiore m'y envoie deux fois par semaine, avec une paire de cisailles, un arrosoir, et l'instruction stricte de ne rien déplacer d'autre que les fleurs mortes. Je dois aérer, arroser, couper les tiges fanées, mais sans toucher aux plantes, sans rien déplacer, sans rien cueillir. La règle est absolue. Madame Fiore a prononcé le mot comme on prononce une prière — assoluto, absolu — et son regar
Last Updated : 2026-07-16 Read more