Il savait que le temps de l’innocence était compté. Mais pour l’heure, Élise et Gabriel dormaient dans les bras l’un de l’autre, bercés par la pluie, ignorants de tout. Leurs noms n’étaient que des noms. Leurs pères n’étaient que des absents. La cabane était un refuge, et le monde, au-dehors, pouvait bien attendre. Il attendrait. Il avait tout son temps. *** Ils avaient passé la nuit dans la cabane. C’était la première fois. Ni l’un ni l’autre ne l’avait prémédité. La pluie qui n’en finissait pas, la fatigue accumulée, la chaleur de la couverture, le corps d’Élise blotti contre celui de Gabriel, la lampe qui s’était éteinte faute de pétrole, et le sommeil qui était venu les prendre par surprise, sans prévenir, comme un voleur bienveillant. Ils s’étaient réveillés à l’aube, engourdis par le froid et l’humidité, mais heureux. Heureux comme on ne l’est qu’à vingt ans, quand on découvre que l’amour ne s’use pas pendant la nuit, qu’il est encore là au matin, intact, plus fort même
Last Updated : 2026-07-10 Read more