Isadora Le froid, la première minute, est presque une amie. C'est un froid sec de novembre, net, sans vent, qui coupe comme une lame propre. Après la chaleur de la salle, quatre cents corps, les lustres, le champagne, la honte qui montait du sol comme une buée, l'air de la nuit me frappe les bras, les épaules, la nuque, et je le reçois comme on reçoit une gifle méritée : avec gratitude. Ça prouve que je suis vivante. Ça prouve que je suis dehors. Ça prouve que la soirée, l'écran, les quatre cents, le carreau fêlé, tout cela existe encore quelque part derrière moi, dans une maison éclairée, et que moi, je n'y suis plus. La robe grise n'est rien contre ce froid. Le tissu est de la soie fine, et mes bras sont nus depuis les épaules. Mes pieds sont dans des escarpins de gala. Tout ce qui me protège de l'hiver, ce soir, c'est une robe d'apparat et trois objets contre ma peau : le carnet, le stylo, la carte de l'apothicaire.
Last Updated : 2026-09-14 Read more